‹ Niger et Bénué: voyage dans l'Afrique centraleChapitre 6 sur 145 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

la pagaie en Tair, les noirs qui les monlent profëreDtdes cris inintelligibles. Cet étrange spectacle me rappelle le troisième acte de V Africaine. Mais ce n'est pas d'un combat qu'il s'agit en ce moment, c'est de la mise en pratique d'une petite industrie dont les indigènes de ces parages ont trouvé le secret» et dont voici en deux mots l'origine. Il leur est défendu de se hisser à bord des bâtiments en rade; mais il leur est loisible de se promener en pirogues autour de ces cités flottantes. Un jour, des voyageurs s'aniusèreotà leur lancer quelques pièces de monnaie; par malencontre , il en tomba une dans la mer. Sans lésiter, le noir qui la guettait plongea et la rattrapa avec les dents. Depuis lors , les passagers se divertissent à jeter leur obole à l'eau , où les indigènes se gardent bien de la laisser, car de ce divertissement ils se font, parait-il, une assez grasse prébende.

An reste, ces Africains sont à demi amphibies, et anx jeux aquatiques ils rendraient des points aux marsouins eux-mêmes. J'ajoute que les nombreux requins dont le littoral est infesté dédaignent leur cbair. L'odeur sui generis qui s'en exhale leur répugne-t-elle ? Je l'ignore. Mais le fait est constant. A Dakar même, un soldat français, péchant on jour à la ligne, assis sur un roc et les jambes ballantes, eut le pied emporté par un requin qui vagabondait dans le voisinage, et mourut des suites de sa

mutilation. Plus heureux que lui, les nègres, eux, plongent impunément.

Du pont du navire , on découvre les habitations européennes de Dakar, bâties presque toutes près de la baie. De grands travaux ont rendu la plage accessible en tout temps, et la protègent contre les coups de mer qui , pendant Thivernage , y sont très-dangereux. Une corvette française, le Verdeuil, Y mouille. Des visites s*échangent; les autorités du port viennent à notre navire; on se communique et Ton reçoit des nouvelles d'Europe et de la colonie. J'avise au moyen de transporter mes colis à terre, et enfin, vers cinq heures, j'abandonne V Equateur, après avoir fait mes adieux aux officiers et aux passagers avec qui je m'étais lié d'amitié. Ce n'est pas sans émotion que je les quitte. Pour eux, ils me serrent la main , sans phrases , mais avec de lojigs et afi'ectueux regards qui expriment assez tout ce qu^ils redoutent pour moi.

L'une des premières choses qui frappent la vue au débarcadère de Dakar, c'est un baobab gigantesque dont les rameaux décharnés se projettent au loin. Dans la saison d'été , le baobab perd ses feuilles, mais il les recouvre sous l'aclion des pluies fécondantes de l'hivernage. II donne alors des fruits énormes, les pains de singe, ainsi dénommés parce que la gent simienne s'en délecte. La tradition rapporte qu'en abordant sur la côte d'Afrique , Vasco

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