‹ Niger et Bénué: voyage dans l'Afrique centraleChapitre 53 sur 145 · CHAPITRE VI. m · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. m

Au-dessus de Tile du Mardi, le village d*Ekébri, que Ton aperçoit sur la rive droite du fleuve, est exactement dans les mêmes conditions que les précédents; je constatai que les indigènes de cette région se tatouent très-fort, et qu'au moyen d'une sorte d'ocre rouge ils bariolent leur corps des plus fantastiques arabesques.

A Ekébri succèdent : Ekolé , sur la rive gaucbe ; Kpétama, sur la rive droite et près de la crique Taylor, qui fut explorée par Baikie, mais à laquelle il n'a pas découvert d'issue; les gros villages de Sabogréga et de Gamatii , célèbres par la résistance insensée qu'en 1876 ils opposèrent aux bâtiments de guerre britanniques qui venaient venger les outrages faits par les indigènes à des steamers marchands. Entre autres méfaits , ils avaient capturé le navire que montait un explorateur anglais, M. Cliff, qu'ils retenaient prisonnier , lui et son escorte , et dont ils exigeaient une rançon. La rançon payée , les voyageurs recouvrèrent la liberté; néanmoins la frégate qui les avait délivrés crut devoir, à titre d'exemple, tirer vengeance des coupables. Ceux-ci se défendirent avec une surprenante énergie : montés sur leurs pirogues, ou postés sur la rive, ils répondirent aux agresseurs à coups de flècbes , de javelines, de pierres et de fusil ; un officier et plusieurs soldats anglais furent tués, mais la victoire, bien entendu, resta aux Européens. Découragés

par les pertes qu'ils avaient éprouvées, les indigènes s'enfuirent dans les criques et dans les forêts voisines, abandonnant à Tennemi leurs villages qui devinrent la proie des flammes , mais que bientôt après ils relevèrent de leurs ruines.

Un peu plus avant, le long de la rive droite, s'échelonnent, sur une étendue déplus de deux kilomètres, les villages de Kaîama, dont les habitants sont , eux aussi , très-hostiles aux Européens. Lors du soulèvement, en 1876, des gens deSabogréga et de Gamalii , ils s'allièrent à eux pour combattre les «Anglais, qui, pour les punir, détruisirent de fond en comble leurs repaires.

Kaîama comprend trois groupes distincts : lapartie méridionale, qui est la résidence du roi; le village du centre ou Olobari, et celui du nord, Opotolo. La résidence royale se compose de trois vastes bâtiments dont les murs sont faits de treillis enduits de sable mouillé qui , en se durcissant , a formé une sorte de plâtras ; mais les pluies endommagent vite les constructions de cetteespèce, et pour les garantir, on les couvre de toits de chaume en saillie , sontenus par des troncs de jeunes palmiers.

En passant devant ce palais , grande fut ma surprise d'y voir une porte d'évidente facture européenne, peinte en vert, avec des moulures et un pommeau. Bientôt le mot de ce mystère me fut donné : Tannée précédente, le steamer anglais le

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Sultan ofSokoto avait naufragé à la pointe méri* dionale de Tile Sterling, située un peu au delà des villages de Kaîama; les hommes qui le montaient réussirent à se sauver, mais Tépave fut pillée, et la porte qui orne aujourd'hui le palais en est un débris. Devant le temple fétichiste se tenait le roi, vêtu d*un long boubou blanc, et appuyé sur un gros bambou; plusieurs chefs Tentouraient. Tous me regardèrent d'un œil plein de défiance, sans toutefois témoigner autrement leur hostilité.

L'ile Sterling renferme un petit village, brûlé Tan dernier par un navire de guerre anglais.

Primitivement, les steamers suivaient la rive droite da fleuve; aujourd'hui ils Févitent, parce qu'ils la jugent trop périlleuse, contournent Tîle et longent la rive gauche.

D'Akassa à Pile Sterling , nous sommes assaillis par de grosses mouches brunes ou ii/erdâtres , semblables à des taons : les indigènes les nomment iroos. La piqûre en est très-douloureuse, et telle est la rigidité de leur dard, que, même à travers la toile des vêtements, elles percent la peau, où instantanément il vient une ampoule pleine de venin.

Au-dessus de File Sterling, j'aperçois les cinq villages d'Imblama , situés tous sur la rive droite. L'an passé, trois, ceux du centre, furent bombardés et détruits ; leurs habitants se réfugièrent dans la crique qui se voit à la pointe nord , par delà le

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dernier des cinq, et qui court an pord-ouest , communiquant, selon touie probabilité, avec la rivière Wari.

Plus loin , vis-à-vis des trois villages d'Aghéri , qui, en 1876, furent incendiés par les Anglais, nous laissons à notre droite un large banc de sable, couvert en maints endroits d*une herbe drue : le bâtiment qui me porte y a échoué Tan dernier, et il y est resté neuf semaines dans la plus cruelle position, en attendant qu'une nouvelle crue des eaux le vint délivrer ; les Européens qui le montaient se défendirent avec succès contre les attaques des indigènes, mais le mécanicien mourut de la fièvre.

Voici ensuite Tile Truro, et par 5*» 19^ 30'' latitude nord, sur la rive droite, la large échancrure de la rivière Wari qui, à Touest, arrose un grand village de ce nom situé dans Tintérieur, rejoint le Rio-Benin, et se jette dans la mer à la hauteur du cap Formoso. C'est une des artères les plus importantes de ces contrées, et il se fait sur ses bords un trafic considérable d'huile de palme et d'ivoire. Beecroft et James Pinnock la remontèrent, le premier en 1841, le second en 1872; mais les Européens n'y ont pas encore établi de comptoir. Les traitants noirs y régnent sans conteste, et ils semblent en tirer d'immenses profits. A mon sens, il faudrait de ce côté tenter un grand efibrt, caria contrée qu'arrose la Wari paraît magnifique. Ce gros cours d'eau

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