CHAPITRE VI. ISl
faciliterait singulièrement le négoce, et une fois implantés là, les blancs ne tarderaient pas y vaincre par de bons procédés Thostilité des tribus riveraines du bas Niger, qui jusqu'à ce jour refusent de 4raiter avec eux.
Dès cet endroit, le Niger s'élargit sensiblement : jusque-là il ne mesure guère que deux cents à deui cent cinquante mètres ; ici , il a plus d'un mille de large, et à mesure qu'on avance, il s'élargit encore. Quant à la force du courant, à l'emboucbure de la Wari elle est d'au moins quatre nœuds.
Tour à tour, je passe devant les villages d'Osodoni, d'QGnemanga, d'Epatami , situés sur la rive gauche; d'Utok, d'Egabo, d'Adiawi, d'Otumpa, établis sur la rive droite. A partir d'Otumpa les bords du fleuve, qui auparavant étaient presque à fleur d'eau et longés, des deux côtés, de vertes plaines ou de bosquets qui se baignent dans les flots, maintenant changent d'aspect : les berges s'élèvent; par-ci, par-là, un quartier de roche apparaît sur la rive, et le courant ne cesse pas d'être très-rapide.
En face de File d'Avgau, je distingue sur la rive gauche une crique passablement étroite , mais qui s'agrandit peu à peu, et conduit à la ville d'Aboh, située à un mille environ dans l'intérieur.
Aboh est le centre le plus actif, le plus commerçant, le plus populeux de la contrée; par malheur, les habitants en sont aussi faux et aussi cupides que
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cruels et ennemis des blancs. Ils sont huit mille à tout le moins et pauvres pour la plupart. Pour se procurer des moyens de subsistance , ils se livrent à d^incessantes razzias qui les ont rendus la terreor de leurs voisins. Vrai peuple de pirates , leur vie s*écoule sur Teau, et toujours ils sont en armes et en courses.
Le pouvoir est électif parmi eux, et chaque vacance du trône est marquée par des luttes acharnées entre les partis qui se le disputent. Le premier soin du vainqueur est de mettre immédiatement à mort tous ses adversaires, à commencer par son principal compétiteur. C'est le contraire de l'Europe où les partis s'en vont , mais où les prétendants restent. Or ces scènes sanglantes engendrent de sourdes représailles, et donnent lieu à de fréquents complots contre la vie du roi, dont souvent on se débarrasse par le poison. Aussi, quel qu'il sort, la triste fin de la plupart de ses prédécesseurs le remplit de défiance, et jamais il ne touche à aucun mets sans Tavoir fait déguster par quelqu'un de son entourage.
Les gens d'Aboh se reconnaissent aisément à leurs tatouages ; les hommes se font aux tempes trois incisions parallèles , qui vont de la ligne de Tœil à la hauteur du lobe de Toreille ; ils s'en font trois autres au-dessus du nez, entre les deux yeux, mais en sens opposé, c'est-à-dire horizontalement. Les femmes se tatouent de même la partie inférieure