CHAPITRE VI
a rivière Egbomà, qui a plus de huit cents mètres large, et qui s'en va à Test rejoindre le Nouveaulabar.
Plus loin, nombre de petits villages émergent de i verdure , entourés de leurs traditionnels banajiers; les habitanis nous montrent le poing, en brandissant le bras devant la figure. Je crus d'abord que c'était là un signe d'hostilité, et je m'étonnais de la désinvolture avec laquelle ils en faisaient parade. Erreur. C'est leur manière à eux de saluer, et même c'est ainsi qu'ils expriment leurs sentiments de bienveillance et de respect, tout comme DOQS autres , nous saluons de la main le passage de quelque homme illustre, ou le départ d'un ami à qni nous envoyons un dernier adieu. N'importe, la première fois qu'on est accueilli de la sorte , ce poing fermé produit un singulier e£fet. Je ne tardai pas cependant à m'y habituer, et à mon tour je m'accoutumai à brandir le poing en guise de salut, ce qui ne manquait pas d'éveiller dans les cœurs une subite sympathie pour l'homme blanc qui s'identifiait de la sorte avec les usages locaux.
A la hauteur des villages d'Akra-Utiri, je suis fort étonné à la vue d'animaux qui broutent le long do fleuve : ce sont des bceufs, de superbes bœufs , les premiers que je rencontre sur le Niger, car dans le delta, je l'ai dit, point de quadrupèdes. Ici, au contraire, où le sol est fertile et se couvre d'une
herbe plantureuse du plus beau vert , les bœufs e( les baffles abondent. C*est parce qu'elle en est peaplée , que la grande ile située au-dessus d'Akra-Utiri se nomme Tîle des Bœufs. Par delà celle-ci se trouvent File Hawkins , et sur la rive gauche , les villages d'Obagwi.
A peine les ai-je dépassés, qu'à l'extrémité d'on large banc de sable, j'aperçois un camp d'indigènes qui, rangés autour de grands feux, paraissent cuire leur repas. Des nattes tressées , qui retombent des deux côtés d'un piquet fiché en terre, leur tiennent lieu de tentes; ces mêmes nattes, lorsqu'ils montent leurs canots, les y abritent de la pluie. Des bannières aux couleurs bariolées, des étendards faits d'un morceau de toile blanche, sur laquelle sont grossièrement dessinés des silhouettes d'animaux et des signes cabalistiques , flottent au vent ; enfin dans les pirogues amarrées le long du banc de sable s'entassent des aripes de guerre, pêle-mêle avec des ignames, des poissons et des volailles. Plusieurs canots sont armés d'un pierrier, attaché tellement quellement à la proue, mais qui certainement les ferait chavirer, s'il devait tirer sérieusement.
A voir cette multitude en armes, inquiète, affairée, je me figurai qu'elle allait célébrer un sacrifice humain. Je me trompais. C'était un avant-poste de l'armée d'Ossomare, ayant ordre de surveiller le fleuve, de capturer tous les canots d'Aboh, se ren-