‹ Niger et Bénué: voyage dans l'Afrique centraleChapitre 57 sur 145 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

dant aux marchés du Niger, qui Tiendraient à passer, de se saisir des armes, des munitions, des marchandises qu'ils contiendraient, et d'en massacrer impitoyablement les équipages, hommes, femmes, enfants : tout cela en représaille d'un fait analogue dont s'étaient récemment rendus coupables les gens d'Aboh, qui, je le rappelle, vivent de piraterie, et font sur le territoire de leurs voisins de continuelles razzias.

A la hauteur de la pointe nord de l'ile des Bœufs, jedistinguelesvillagesd'Okpaîsurlarive droite, plus hnt Osutshi, et bientôt nous atteignons Ossomare (foA est situé sur la rive gauche , par 5* 53' 4" latitude nord. Il s'y est établi plusieurs factoreries, et les Anglais y ont fondé une mission desservie, comme les comptoirs, par des indigènes de Sierra-Leone. Tout cela est bâti au bord du fleuve, tandis que la ville nègre, peuplée de quinze cents âmes environ, se prolonge dans l'intérieur.

J'allai rendre visite au roi Odogou, souverain d^Ossomare : c'est un homme de six pieds , paraissant âgé d'environ cinquante ans, fort peu vêtu d'un lambeau d*étofie qui n'était retenu par rien, et qui, à son dam, flottait au gré du vent. C'est un rude guerrier que le roi Odogou! 11 est brutal, rude, énergique; il préfère la lance au fusil, la javeline au couteau ; il fait lui-même la police, et il combat en personne ses eiinemis. S'il manque de dignité,

il y supplée par une grande bravoure, et il sembF^ tout à la fois craint et aimé.

J'étais à causer avec lui, me promenant non loi a de la rive, lorsque, reluquant un groupe d'indigène5 qui se reposaient, sans mot dire il fondit sur eux, son gros bambou levé, les en frappa à coups redoublés, et les poursuivit jusqu'à la factorerie, d'où la paresse les avait fait s'échapper. Là-dessus Odogou s'en revint vers moi, en riant aux éclats, et me laissa entendre qu'il était obligé de tout faire par lui-même.

ic Vous avez dû rencontrer près d'ici , ajouta-t-il, un groupe de guerriers qui surveillent le fleuve : c'est Tavant-garde de mon armée. Demain je pars à la tète du gros de mes troupes, et je vais administrer une verte leçon à ces gens d'Aboh qui, la lune dernière, ont capturé le canot d'un de mes sujets, et massacré un homme , deux femmes et un enfant qui le montaient. Ah ! l'Osimiriu ' sera rougi de sang! Tremblez, peuple d'Aboh, race de voleurs, de bandits... ! »

Et le brave Odogou fendait l'air de son bambou ! Et j'assure qu'entre ses mains ce bambou devenait une arme redoutable. Ah! oui, tremblez , peuple d'Aboh!

' C'est ainsi que les indigènes appellent le Niger.

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