‹ Niger et Bénué: voyage dans l'Afrique centraleChapitre 7 sur 145 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

de Gama s'agenouilla et pria à Tombre de cet arbre : aassi fat-il longtemps en vénération ; actuellement il sert à Tamarrage des bateaux.

Le directeur du port s'était chargé de faire remiser mes colis au magasin général. Sans souci de ce côté, à peine à terre, je flânai dans Dakar. Après avoir dépassé les constructions européennes, je m'aventurai dans le village nègre. C'est un amas de huttes, semblables pour la plupart à des meules de foin. Une palissade Tisole des blancs, et le prémunit contre les fauves qui nuitamment rôdent près des basses-cours. C'était le 15 avril, et la lune était dans son plein. Dans la pénombre je voyais atout instant se glisser des bipèdes qui, sans bruit, muets, se perdaient dans l'obscurité. Les uns étaient nus, lesautres drapés dans une manière de peignoir blanc ou bleu foncé, d'où sortaient par le haut une tète noire, par le bas deux pieds de môme couleur. On les aurait pris pour des spectres errant dans les ténèbres.

Soudain, devant une case dont la porte était toute large ouverte, des chants et des cris de femmes attirèrent mon attention; Je m'en approchai, et, à labeur de mèches brûlant dans de l'huile de palme, je vis un cadavre nègre d'une effrayante maigreur, totonr duquel une douzaine de jeunes négresses, tout en proférant des clameurs assourdissantes , se livraient à mille contorsions. Le défunt était un Griot j et l'on célébrait ses funérailles. La coutume

veut qu'à la mort d'un Griot, les jeunes filles disputent son âme au Mauvais Esprit, qu'elles s'efforcent, en effet, d'expulser par leurs chants et leurs cris.

Las de ce vacarme, je suivis une troupe de nègres, de négresses et de négrillons qui me semblaient courir à quelque spectacle nocturne. Je fus ainsi ramené au bord de la mer, où déjà une foule nombreuse entourait une bande d'au moins quarante musiciens rangés en demi-cercle. La tête tournée vers la lune, le chef d'orchestre dirigeait un étrange concert. Le choix ci la variété des instruments laissaient, il est vrai, à désirer : c'étaient des tam-tams ou tambourins de divers calibres, creusés dans un tronc d'arbre et recouverts d'une peau d'âne; ou des fifres d'une facture toute primitive , faits de tiges de bambous. Néanmoins cet orchestre avait je ne sais quoi de grandiose. Partout , en Europe» on peut entendre du Mozart et du Beethoven, mai» l'Afrique est le dernier refuge de la musique sauvage Sans le soupçonner, j'assistais à une fête

religieuse célébrée par les Yoloffs, à chaque retour dd la pleine lune.

Longtemps j'écoutai celte âpre et bizarre bar-* monie... Tantôt c'était le fifre criard qui entamait un solo diabolique, ou les tam-tams qui scandaient la cadence, ou le tambourin forcené qui brochait sur le tout; tantôt, mêlant la voix à ces fantasques j^ accords, une mélopée plaintive traînait dans l'espace ^

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