CHAPITRE VII
compte, soit pour celui des factoreries quMIs reprémieni. Rien de plus curieux que ce marché. Debout ou assises, des femmes étalent devant elles foelques denrées : ici des cotonnades, là des verroteries, ailleurs des dames-jeannes ou des bouteilles de gin ou de rhum, partout de grandes calebasses pleines de sel. Les hommes circulent au milieu des groupes, échangeant, qui de Thuile de palme, qui de Tivoire , contre les marchandises à leur gré , on soldent leurs achats avec des cauris qui ont cours dans tonte cette région.
Ce qui frappe surtout, c'est Toriginalité des types et la diversité des races. C'est là que pour la première fois je vis les nègres couleur de cuivre que Ton rencontre dans tout Tlbô : ce sont de beaux bommes, de forte stature et portant fièrement la \ \éie\ presque tous ont les yeux bleus. Ils parlent beaucoup, très-haut et très-vite; lorsqu'ils négocient une affaire, on s'imaginerait qu'ils se querellent et qu'une lutte va s'engager entre eux. C'est d'ailleurs une race dangereuse, féroce, et qui volontiers se porte aux plus violentes extrémités.
D'autres nègres circulent dans les groupes : ceuxci sont maigres , osseux , d'une apparence chétive et misérable; ils marchent silencieux et la tête baissée, évitant, comme s'ils étaient honteux, de vous regarder en face. Ils ont le corps très -tatoué et la peau très-noire; sur leur tête pointue, scalpée
en certains endroits, quelqaes touffes de cheveux seulement aux tempes et au sommet, ce qui leur donne lîn air de clowns à mine funèbre. Ce sont des cannibales. Ils abondent dans ces parages, et leurs principaux centres sont IV^Dako et N^Gwà, dans It partie orientale de Tlbb. En temps de paix, ils ne I mangent guère de chair humaine, car il lear est \ défendu de s'entre-dévôrér; mais sitôt qu'éclate une guerre, leur appétit se peut largement satisf^iye, car les prisonniers font les frais de leurs monstrueux festins. Or il est rare qu'ils soient longtemps en paix avec leurs voisins : la guerre sévit chroniquement parmi eux, et il n'y a guère que Textermination de leurs ennemis qui y mette un terme; aosii jeûnent-ils rarement. Au reste, à leurs traits, à leur démarche, à leur attitude, à un je ne sais quoi qui tout ensemble inspire le dégoût et Thorreur, on les reconnaît à première vue.
A l'exception des cannibales, chez qui le dehois est pauvre, et qui n'ont pour vêtements qu'im tatouage immodéré, les nègres des autres tribus que j*ai devant moi se plaisent à se couvrir de colliers et d'ornements de tous genres. Les uns ont aux jambes huit ou dix anneaux de cuivre, et à leurs bras des bracelets de même métal ; d'autres, et particulièrement les femmes, ont au-dessus de la cheville un large bracelet d'ivoire, creusé dans la partie la plus large de la défense de l'éléphant.