CHAPITRE VII
A leurs doigts j'observe de nombreuses bagues en cuivre y qui se portent même au pouce.
La plupart des nègres vont nu-tête. Tous sont armëSy les uns de fusils à silex dont le bassinet est protégé par une peau, les autres de lances, de javelots, de grossiers couteaux ; les cannibales s'arment de préférence d'un arc et de flëcbes renfermées dans un grossier carquois, ou de javelines très-meurtrières, enchâssées dans de légers bandons.
Ce jour-là même j'allai visiter la ville nègre d'Onitsha, située dans Pintérieur, à une distance d'environ deux milles du fleuve. Un chemin montueux y mène ; Taltitude d'Onitsha est de cent quinze pieds au-dessus du niveau de la mer.
f La ville s'étend sur un espace de plus d*un kilométra, semé de cases dont les murs sont faits de sable durci, d'une teinte très-rougeâtre qui acduse Texistence de nombreux gisements de fer. De longues allées et des voies bien battues séparent les uns des autres les différents groupes de huttes ; j'en ai compté plus de cinquante, et chacun semble, à lui seul, former tout un petit village. La population totale d'Onitsha peut être évaluée à quinze mille âmes; elle est active, travailleuse : partout des plantations de maïs, d'ignames, de bananiers; les palmiers sont soigneusement taillés, et les cotonniers ou bombax bien cultivés. Les indigènes en ont compris la valeur. Ils nettoient leur coton, le filent et le tissent sur des
métiers primitifs et des plus simples, dont sans doute les caravanes leur auront enseigné le maniement. Mais pour être fabriqués à grand renfort de temps et de patience, les pagnes qu*ils confectionnent n'en ont pas moins des qualités de solidité et de durée que ne possèdent peut-être point nos cotonnades. Avant de tisser le fil , ils le teignent au moyen d'indigo qui chez eux croit à Tétat sauvage; comme ils n'ont pas à Téconomiser, ils n^emploient que le cœur de la pousse , et par ainsi obtiennent un bleu qui lutterait avantageusement avec nos teintures.
Malheureusement pour eux, ils sont en guerre avec tous leurs voisins, mais surtout avec les peuples d'Aboh, qui leur barrent le chemin de la côte. Outre cela, ils ont de Tinimitié pour ceux d'Asaba qui habitent la rive opposée, mais plus haut, ainsi que pour les tribus établies sur leurs frontières orientales, pour les N'Kurés, les Obanikés, les N'Subés et les Ogidis. Bref, entourée comme elle Test d'adversaires, Onitsha, par là même, est sans moyens de communication avec l'extérieur.
Son roi actuel, Obi-Akazua, me reçut avec aménité et en grande pompe, dans sa hutte de cérémonie, vaste hangar, soigneusement clos de tous côtés. Il était assis sur un gradin fait de sable durci, recouvert de velours grenat qui traînait à terre ; il était vêtu d'une longue robe verte à ramages, et coiffé