‹ Niger et Bénué: voyage dans l'Afrique centraleChapitre 63 sur 145 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Tai dît combien je fus surpris à Taspect des nombreux cotonniers qui croissent aux environs d*Onitsha. L'origine en est singulière. Lorsqu*un guerrier de la tribu a tué un ennemi , afin de perpétuer la mémoire de son fait d'armes, il plante un jeune tronc. N'était la barbarie des luttes qui déciment ces peuplades, pareille coutume ne laisserait pas que d'être louable, car elle entretient parmi elles une véritable émulation , et naturellement favorise la culture d'arbres très-précieux : pour eux, ces allées de bombax sont, pour ainsi parler, les annales des exploits dont s'enorgueillit la tribu.

La ville d'Onitsba manque d'eau : force est aux habitants d'en puiser au fleuve; ils la recueillent dans des jarres, dans des calebasses en bois, ou dans des dames-jeannes qui ont servi à l'importation du rhum. Au demeurant, ils ont l'instinct de la propreté, et à chaque instant on les voit, hommes, femmes et enfants, se baigner dans la petite baie creusée par le Niger au-dessous de leur ville.

Par contre, ils n'ont delà pudeur aucune espèce de notion , et ils ne songent même pas à s'étonner de leur nudité réciproque. A en juger par nos mœurs d'Europe, on serait enclin à croire que, chez la femme, la coquetterie est instinctive ; la négresse est là qui prouve le contraire, et démontre que bel et bien c'est un fruit de la civilisation. De même qu'elle ignore la pudeur, la négresse ne se doute pas de

Timpression qu*im brin de coquetterie de sa part pourrait faire sur Thomme : Tidée de le captiver par ses atours , par son regard , par ses charmes , ne lur vient même pas à Tesprit , et jamais elle n^essaye d'attirer sur elle Tattention. Cest comme si un sens lui faisait défaut. Et n*en déplaise à qui trouve à redire à laiaçon d*étre des Européennes, je constate qu*à cdilse de ce manque absolu^ de coquetterie et de grâce, c'est à peine si la négresse mérite le nom de femme.

Chez les nègres , le mariage n*est qu'une affaire, une emplette. Néanmoins à Onitsha les femmes ne sont pas traitées en êtres dégradés, comme c'est le cas chez d'autres tribus, où elles se voient ravalées à l'état de bêtes de somme. C'est même à elles que le soin de régler les transactions commerciales est généralement confié. Elles parcourent le pays afin d'y recueillir les ivoires et les huiles de palmé, et parfois, dans leurs échanges, elles déploient un bon sens qui étonne. Cependant elles n'«exercent le métier de commissionnaires qu'après avoir atteint un certain âge.

Mais là s'arrêtent leurs prérogatives : elles ne peuvent aspirer à aucune fonction ni dignité publiques. Lorsqu'une guerre éclate, elles suivent les combattants, ramassent, soignent les blessés, et font preuve de courage et de beaucoup de bonté. Si donc la coquetterie est un fruit de la civilisation , il faut

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