CHAPITRE PREMIER
sonrhythme monotone. Puis tous ensemble, hommeSy femmes, enfants, musiciens, faisaient retentir Tair
de hurlements Et la foule de tourbillonner, car
en pays nègre point de cérémonie sacrée sans danses, et quelles danses échevelées, infernales...! C'était du délire, de la rage, un sabbat, et Beizébuth menait la ronde.
Toutefois on a beau être en Afrique et écouter un concert nègre, ventre aGTamé n'a pas d'oreilles. Mais où dîner...? A bord de Y Equateur, le capitaine d'Aubigny, qui s'en retournait à Saint-Louis, m'avait donné ce conseil : a A Dakar, si vous avez faim, soif ou sommeil, allez chez madame Ginoyer, voDs y aurez bonne table et bon gîte. » Rien de mieux; mais en pleine nuit, comment découvrir ce bienheureux logis? Au premier nègre que je rencontre j'adresse la parole en français; à peine ai-je ouvert la bouche qu'il s'enfuit. Un second, à qui je réitère ma question, s'éloigne également sans me répondre. Je me rappelle alors avoir vu des habitations européennes le long du rivage : je m'oriente, et au bout de peu de temps j'arrive à ï hôtel de France et des Messageries, tenu par la dame en question. J'y fis un dîner qui, pour n'être pas brillant, me parut cependant délicieux, assaisonné qu'il était par h faim. Après le rôti, je m'avisai de demander du pain à la petite négresse qui me servait, tout en réfléchissant que, pour sûr, elle ne me comprendrait pas.
tt Toul de suite, monsieur », me répondit-elle. couleur locale ! ma négresse parlait français ! Elle s'appelait Catherine , et j'avais affaire à une pauvre fille, pareille, hormis sa couleur, à ses compagnes d'Europe.
Cependant il me fallait songer à un gite pour la nuit; j'espérais naïvement en trouver un à l'hôtel de madame Ginoyer. Quel ne fut pas mon désappointement lorsqu'elle m'apprit que tous ses lits étaient occupés! Qu'y faire? Malgré l'heure avancée, je me remis à arpenter Dakar, escorté cette fois de la jeune Catherine, qui, sur l'ordre de sa maîtresse , me mena chez Zimmer.
Zimmer est un bon cœur d'Alsacien , qui jamais n'a refusé un service à autrui, ni manqué l'occasion de gagner un peu d'argent. Je ne lui avais pas même révélé l'objet de ma visite, que déjà \l prenait une clef pendue au mur et se dirigeait vers la porte, en m'invitant à le suivre.
tt Ah! fis-je, vous ne me logez pas ici?
— Non, je n'ai ici qu'une chambre, louée à M. Bouchet, lieutenant de spahis; mais je vais vous mener dans mon autre demeure. »
Bon Dieu ! j'allais donc cheminer encore.
Sur le seuil de la porte, Zimmer s'arrêta -.
tt Ah! fit-il, j'oubliais... 11 faut que je prenne de la gaze, un marteau et des clous pour garnir votre lit d'une moustiquaire. »