CHAPITRE Vin
esprits. Le pire de fous, Tanalogue de Satan, c'est Kamallo ou Igmik-Alla. Or Igwik signifie celui qui a été haut placé avant sa chute, et Alla, terre; d'où il suil que ce démon par excellence n'est autre chose qu'une sorte d*ange déchu.
Enfin les peuples d'Ibb croient à la métempsycose, et sont persuadés que, suivant qu'ils ont bien ou mal vécu, après leur mort ils reparaissent sur la terre, mais sous de nouvelles formes et dans de nouvelles conditions, qui naturellement varient selon que leurs vertus ou leurs crimes leur ont valu une récompense ou un châtiment.
Semhiablement aux juifs et aux mahométans qui
vénèrent» les premiers Jérusalem , les seconds la
Mecque, les peuplades de l'Ibb ont leur ville sainte,
où ils font de fréquents pèlerinages : c'est Ar5, située
dans la partie centrale de leur pays, à une distance
d'environ vingt-cinq lieues de la rive gauche du
Niger, et dont les habitants, très-respectésau dehors,
s'appellent Onw-'Tshukù, c'est-à-dire Enfants de
l'Être spprême. Lapopulation en est très-nombreuse,
et Ton y entend les dialectes de toutes les tribus
riveraines du ]\Kger, particulièrement ceux d'Elugù
et d*Isaamà.
N'entre pas qui veut dans Ar5, où les prêtres fétichistes exploitent largement la crédulité publique. Avant que de pouvoir pénétrer dans la Tshuhù~ Ahyama, la ville sainte, tout pèlerin est tenu de
sacrifier une viclime en dehors de Tenceinte, et en présence des ministres du culte. Si Timmolation est \^ d*un bon augure, Taccès d*Ar5 lui est ouvert; que 'r si, au contraire, les Libias firent des entrailles un '^ présage funeste, les portes lui en sont interdites. Ces là toute une industrie dont les féticheurs usent for habilement : bien entendu, ils font parler les oracles au gré de leur intérêt, et tiennent soigneusemen compte du profit que peut rapporter tel ou tel pèle rin, selon le plus ou moins d'influence dont il joui parmi les gens de sa tribu. Ce qui est sûr, c*es qu'ils discernent à merveille le vrai croyaqt du faux que celui-ci, ils savent très-bien reconduire, etqu'i se doit estimer très-heureux si, sur sa route, i échappe aux pièges qu'ils lui font tendre en châtiment de sa sacrilège audace.
Mais quand Taugure est bon, quand le pèlerin est jugé digne de fouler le sol de la cité sainte, son sort est digne d'envie. Il est reçu à contempler les fétiches renfermés dans les sanctuaires de Tshukii; et pour peu qu'il leur fasse de généreuses offrandes, et qu'il leur immole de grasses victimes, il est sur d'obtenir l'accomplissement de tous ses vœux. Les prêtres lui imposent des reliques sur la tête, sur L^ poitrine, sur les yeux, et, en mémoire de son pèl rinage, lui remettent un gri-gri qui, je plus so vent, n'est qu'un informe dessin, représentant i crocodile, un léopard, on des signes cabalistiqu