‹ Niger et Bénué: voyage dans l'Afrique centraleChapitre 72 sur 145 · CHAPITRE Vlll · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vlll

accompagnés d*une sentence en ib5, ou bien encore Tun de ces petits ornements de métal que la population d'Aro, fort industrieuse d^ailleurs, travaille avec beaucoup de finesse.

J'ai eu rheur de voir de ces fétiches; mais malgré tous les efi'orts que j*ai faits pour m*en procurer, jamais, si brillantes que fussent mes offres, je n*ai pu décider les heureux propriétaires à s'en dessaisir. Cest qu'ils les considèrent comme choses saintes, et qu'eux-mêmes, pendant les dix jours qui suivent leur retour d'Ar5, ils deviennent djù djù (sacrés); ils se tracent alors un cercle autour des yeux, à l'aide d'une poudre jaune, don des féticheurs, et qui a la vertu de les préserver de tout malheur dans le présent et dans l'avenir. Durant ces dix jours, nul, si ce n'est les hommes blancs, quand par hasard il s'en présente, ne peut avoir de rapport avec eux. Ce délai écoulé, souvent, soit qu'ils s'en aillent en guerre, soit qu'ils participent à une cérémonie quelconque, ils se refont autour des yeux ce même cercle jaune, et maintes fois j'en ai vu qui se paraient fièrement de cet absurde tatouage.

Sur les gri-gris de quelques pèlerins, j'ai cueilli

certaines sentences; celles-ci par exemple :

a Tsi nauwa agin na n'huon henil (nous buvons

chaque jour les chagrins de la veille) . »

« Miri na maohu na maonye hporo yaga (la

ploie mouille le négrier comme l'esclave). »

162 XIGER ET BÉNUÉ.

ce Osui ésui emene oheyan kaya ma (celui qui possède et ne donne pas vaut moins que le pauvre). »

Au moment où le féticheur remet au pèlerin le gri-gri qui lui est destiné et la poudre qui y est : jointe, il lui dit :

a Ceci est Tessence de Tsbukù; si ton âme est i en mauvais état, si elle est souillée de crimes, si tu . es un mécréant, tu tomberas foudroyé au moment , où tu t'appliqueras cette poudre sur les yeux. »

Aussi plus d*un, après avoir examiné son for intérieur, s'abstient-il prudemment de s'en tatouer, et se contente de la rapporter religieusement cbez i lui.

Cependant, fout en visitant les principaux lieux que je rencontrais sur mon chemin, je me dirigeais vers le nord-est, dans Tespoir d'atteindre la rivière Bonny, TOkoloba, comme elle se nomme dans cette région , et qui , m'avait-on assuré, coule dans le pays de N'Subé. Je fus ainsi amené devant une ville , que plus tard j'appris être N'Téjà. J'y remarquai sur la rive une grande animation. Les habitants paraissaient courir aux armes, et tout me faisait craindre qu'ils ne fussent animés envers nou^ des sentiments les plus hostiles . De la voix et du gest^ ils nous criaient d'arrêter; d'aucuns faisaient mêm^ avec leurs arcs semblant de nous mettre en joue ^ Il ne me souriait guère d'aborder en pareille occur'^ rence, et, bon gré, mal gré, je m'apprêtais à passer

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