‹ Niger et Bénué: voyage dans l'Afrique centraleChapitre 77 sur 145 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

levèrent, brandissant une forêt de lances, de sabres et de javelots; et, les uns après les autres, tous soulevèrent la pierre, jurant par là d^étre fidèles et braves.

Pais la foule se livra aux transports d*une joie délirante : aux danses , aux contorsions, aux entrechats les plus bizarres, se mêlèrent les chants, les cris, les sons de trompe, et femmes, hommes, enfants se prosternèrent devant Tlzi, en exaltant les gaerriers, en chantant la gloire, Tamour du carnage, et en préludant aux combats par force simu* lacres belliqueux.

Cependant le roi s'était rapproché de moi ; il fit apporter des volailles , des bananes , de grandes ignames et du vin de palme quMl m'ofirit gracieusement, et en échange desquels je lui fis divers présents qu'il accueillit avec les marques d'une vive reconnaissance. Il m'invita ensuite à partir sans retard , me faisant promettre de ne tenter point de m'acheminer vers l'est. Apparemment il craignait que mon arrivée chez les Ogidis n'influençât le ciel en leur faveur.

«Plus tard tu pourras revenir, répétait-il; mais ^ présent, je ne te puis laisser passer; rebrousse cbemin vers le soleil couchant. »

J'essayai quelques objections, mais bientôt je (Compris l'inutilité de mes efforts ; et pour ne rien compromettre dans le présent ni dans l'avenir, je

no NIGER ET BÉNUÉ.

n*insistai j)ar davange. Au reste , j'avais besoin de retourner le pins promptement possible au Niger, afin de m'y munir de provisions qui m'étaient indispensables pour mon voyage au Bénué. J'ordonnai donc le départ, et me séparai dans les meilleurs termes d'Ogené et de ses gens.

La crique que je suivis en quittant NTéjà court d'abord au nord vers le pays d'Inam, et traverse quelques-uns des marchés indigènes. Le district d'Onitsha en compte six grands : Afo-Ukù, Uko-Ukù, Orie-Ukù; N'Kuwo-Ukù, Eké-Ukù et Ukù-Ukù, et quatre petits, savoir : Orie-Ntà, Eké-Ntà, N'Huwo-Ntà et Afo-Ntà'. Avec celui d'Onitsha, cela fait sept grands. marchés hantés par les naturels. A cause de la concordance de ce nombre avec les jours de la semaine, il arrive que, suivant notre calendrier, ils se tiennent à jours fixes. Ainsi, celui d'Onitsha tombe toujours le vendredi. Volontiers on induirait de là que les indigènes ont, eux aussi, une sorte de calendrier, et même qu'ils comptent comme nous, par semaines de sept jours; ce serait une grave erreur, lis n'ont aucune idée du partage de l'année en mois et en semaines; ils supputent le temps par soleils , par lunes et par retours des sai* sons , et si leurs marchés sont hebdomadaires, c'est pur effet du hasard. Toutefois, les noms sous les-

1 Dans la langue d'ibô, uM signifie grand, et ntà, petit, moindre.

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