‹ Niger et Bénué: voyage dans l'Afrique centraleChapitre 78 sur 145 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

quels on les désigne leur servent à déterminer soit Tépoque d^un rendez-vous, soit celle d'un fait accompli ou à venir. Ils disent entre autres : Je vous verrai à Afo-Ukù, comme nous dirions : Je vous verrai mercredi; ils rappellent que tel de leurs parents est mort lors du dernier Onitsha, c'est-àdire vendredi passé ; mais, je le répèle , ils ne supputent point le temps par semaines, et quand le nombre de leurs marchés sera de huit ou de neuf, ils en useront de même. Pour eux, tous les jours sont identiques, et les fêtes quMls célèbrent n*ont nullement lieu à jours fixes , mais dépendent de la hâtiveté du retour des saisons, ainsi que des époques où ils ont coutume de planter ou de récolter.

Semblablement , ils ignorent leur âge, ne connaissent rien , absolument rien d*analogue à noire état civil. J^ajoute que leurs femmes ne songent nullement à tirer parti de cette lacune; il est vrai que le temps se charge d*empreindre sur leur triste corps la trace des printemps qu'elles ont vus, et que jamais , hélas ! aucun artifice ne saurait dissimuler.

Les nègres partagent la vie en quatre grandes périodes : Tenfance, où Thomme est nourri et soigné par autrui; Tadolescence , où déjà il se peut suffire à lui-même ; la virilité, où il est apte à prendre femmes et à combattre; enfin la vieillesse, où, dans certaines tribus, il est considéré comme un être

inutile , comme une bouche dispendieuse , comme un fardeau, et que souvent on fait disparaître de par la volonté des dieux. En maints lieux , j*ai été frappé de ne rencontrer point de vieillards. Ailleurs, par contre, sur le haut Niger particulièrement, la vieillesse est respectée, vénérée; on lui demande des conseils et on s'y conforme religieusement.

C*est à peine, je Tai fait observer, si parmi les peuplades nègres , la famille existe. Efiectivement , aussitôt en état de se nourrir, les enfants mâles quittent leur mère , souvent désertent la tribu, et, au gré de leurs instincts, vivent d'abord de chasse , de pèche, de piraterie, puis du trafic ou de la guerre. Quant aux filles , leurs parents les conservent près d'eux, et les vendent lorsqu'elles ont atteint Tâge de douze ans, où elles sont nubiles. Dès qu'ils ont touché le montant de la vente de Tune d'elles , elle est réputée mariée.

Le nombre de femmes que chacun possède est illimité, car il dépend de sa fortune. Toute femme achetée par un homme devient son esclave ; elle se doit prêter à tous ses caprices et travailler pour lui. Avec ses pareilles, elle vaque aux soins du ménage et des afiaires. Aussi Tarrivée d'une nouvelle recrue dans une case prète-t-elle à une remarque bizarre : bien loin que les autres l'y voient entrer de mauvais œil, elles s'estiment heureuses de ce renfort, et cela se conçoit : plus il y a de femmes en puissance

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