CHAPITRE IX
Que si Tassassin réussit à fuir, à défaut de lui, on s'en prend à Tun des siens et son égal en rang, et c*est lui qui paye de sa tête le crime du contumax.
Cependant depuis dix-huit heures nous naviguions dans les criques de N*Subé, en nous dirigeani au nord. Tétais frappé de la solitude de ces parages. A plusieurs reprises, des pirogues marchant en sens inverse des nôtres avaient brusquement rétrogradé, comme si ceux qui les montaient avaient eu peur. D*autres fois, c^étaient des nègres groupés sur la rive qui , en nous apercevant , s* enfuyaient à toutes jambes en poussant des cris d^alarme. M'étant avisé d'atterrir près d'un amas de huttes, je les trouvai désertes, et tout indiquait qu'on les avait quittées précipitamment. De là qu'on détalait ainsi à notre approche, j'étais autorisé à croire qu'on nous prenait pour des ennemis. La situation devenait critique, et il s'agissait d'être sur ses gardes. Aussi me décidai-je à n'aborder plus qu'en plein jour, et seulement lorsque de toute nécessité il nous faudrait nous enquérir de légumes.
Il y avait près de quarante-huit heures que nous étions partis de N'Téjà; c'était l'après-midi, et déjà je discernais dans le lointain la bifurcation qui m'avait été signalée par le roi Ogené : la branche droite courait à l'est dans le pays des Ogidis ; la gauche y que je devais suivre, s^en allait, du
moins on me Pavait dit, dans la direction de la rivière Inam et du Niger.
Au moment où la pirogue du guide qui ouvrait la marche, précédant la mienne de quelque vingt ^mètres , arriva en face de la bifurcation , elle fit volte*face, et se replia en hâte sur moi. C'était le signal de quelque danger. En un clin d'oeil tout mon équipage fut sur pied et s'arma. Au même instant débouchèrent par la crique est quatre grandes pirogues, nagées chacune par trente nègres pour le moins, qui poussaient des cris sauvages et évidemment voulaient donner la chasse à ma pirogue d'avant- garde.
Cependant celle-ci m'avait rejoint, et sans attendre les explications du guide, j'y fis rapidement passer douze carabines Remington et deux sacs de cartouches. En même temps, j'ordonnai à mes hommes de se ranger contre la rive, afin de les empêcher d'être cernés et coulés bas, car tel était le but évident des ennemis qui fondaient sur nous avec impétuosité.
Si vite était leur allure , qu'il leur fut impossible de s'arrêter net vis-à*-vis de nos légers esquifs, qu'heureusement ils ne heurtèrent pas. Lancés comme ils Tétaient, filant à la lettre comme un trait, ce n'est que cent mètres plus loin qu'enfin ils firent halte, non sans nous avoir décoché une grêle de flèches et de javelines qui sifflèrent au-dessus de nos têtes.