CHAPITRE IX
aCroumaneSy m*écriai-je , souvenez-vous que si vous tombez vivants aux mains de ces sauvages, vous serez massacrés et mangés : ce sont des cannibales! Faites donc bravement votre devoir, et suivez mon exemple! »
Le guide d'Onitsha parla de môme à ses hommes. Alors, posté à Favant de la pirogue , j'ouvris le feu contre les quatre canots qui, rangés les uns près des autres, continuaient à nous tirer des flèches. Afin de les éviter, nous nous baissions, et chacun s'abritait de son mieux, qui derrière un tonneau, qui derrière un sac de légumes, qui derrière des caisses vides.
Au reste, quand ils entendirent tonner nos armes, et qu'ils virent plusieurs des leurs s'affaisser sur eux-mêmes, (elle fut la stupeur des assaillants que leur ardeur mollit, et que, pour la plupart, leurs traits mal dirigés se perdirent dans Tespace.
Je le déclare, mes hommes, mais surtout mes Croumanes, mieux familiarisés avec la carabine Remington, se conduisirent avec une bravoure sur laquelle je ne comptais pas. Go-Fast, en particulier, qui se tenait près de moi, faisait montre de beaucoup de sang-froid, et tiraillait sans relâche.
Ne comprenant rien aux coups réitérés qui résonnaient à leurs oreilles , ceux d'entre les assaillants qu'atteignaient les balles se roulaient dans leurs caiiols en proférant des cris de douleur. Quant aux
autres, visiblement ils étaient en proie à une frayeur mortelle.
Tout à coup Go-Fast jeta un cri déchirant : il avait été atteint d'une flèche à Tépaule droite. Il tomba en gémissant.
Jusque-là je m'étais abstenu, par humanité, de faire usage de balles explosibles. Cédant alors à un accès de colère, j'en chargeai ma carabine.
L'effet en fut terrible. Bientôt une des pirogues ennemies coula, et nos agresseurs cessèrent de nous harceler. Mais ils sont si agiles et ils nagent si prestement, qu'en une minute tous ceux qui avaient fait le plongeon eurent gagné les autres canots, où ils s^entassèrent pêle-mêle avec les blessés et les morts. Cela fait, sans en attendre davantage, ils s^esquivèrent en faisant force de rames, et bientôt, la peur les talonnant, ils furent hors d*atteinte de nos coups.
Quoique vainqueur, naturellement je ne songeai pas à les poursuivre, et après m*être assuré que réellement ils avaient fui, je me mis en devoir de soigner mon fidèle Go-Fast, qui gisait dans la pirogue, en proie à de cuisantes souffrances.
J*enlevai d*abord la flèche qui Tavait frappé : quoique d*un calibre très-petit, c*était uns arme des plus meurtrières, dont la pointe en fer, enchâssée dans un mince bambou, était barbelée en forme de harpon. Aussi ce ne fut qu*en lui causant une atroce