‹ Niger et Bénué: voyage dans l'Afrique centraleChapitre 85 sur 145 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Il est à observer d'ailleurs que les gros bracelets d'ivoire, dont les opulentes^ négresses du Niger s'enlacent la cheville, ne sont pas qu*an vain ornement, mais que bel et bien ils tiennent lieu d*nn véritable serment de fidélité. Cest l'équivalent de Tanneau nuptial que mari et femme échangent en Europe, avec cette différence toutefois que la bague de mariage s'égare facilement , tandis que le bracelet de la négresse est pour la vie rivé à sa jambe oa à ses jambes. Ce n'est point pour elle un accessoire bien agréable. Loin de là. On se figure aisément Je poids d'un morceau d'ivoire creusé dans la partie la plus large d'une défense d'éléphant, et qui va de la cheville à la naissance du mollet. Le creux en est tout juste suffisant pour y pouvoir passer le pied , non sans peine toutefois , ni sans douleur.

Pour gênante que soit cette parure, toute femme qui la donnerait, la vendrait , ou , par malencontre, k briserait, passerait néanmoins pour avoir forfait à ses devoirs; elle serait répudiée, chassée avec <tiépris, et qui sait si d'un accident ou d'une maladresse on ne lui ferait pas un crime qui lui coûterait *a vie? Plus d*une fois j'ai tenté de me procurer l*un de ces fameux anneaux, en échange d'étoffes ^t de perles, dont la vue excitait au plus haut point la convoitise des femmes à qui je m'adressais. Je ^'y suis point parvenu. Volontiers elles m'auraient ^Wdonné tous leurs colifichets, mais leur anneau,

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pour rien au monde elles ne s'en séparent. Rien qu*à leur en faire la demande, on les effarouche...

Heureux, bienheureux les nègres, si au cœur de leurs femmes la fidélité est aussi bien ancrée que Test à leur cheville Tanneau d'ivoire, qui en est le symbole !

Mais déjà nous nous rapprochons sensiblement du Niger. Les criques, souvent si sombres et si étroites dans Tintérieur, s'élargissent, s'éclaircissent, et des pirogues de pêche nous croisent fréquemment. En nous voyant, les nègres qui les montent manifestent une vive surprise, mêlée de. crainte; mais, au demeurant, ils ont Tair pacifique, et même je réussis à leur acheter du poisson et des légumes.

Les appareils de pèche dont on fait usage dans ces régions méritent d'être brièvement décrits. Déjà, au-dessous d'Onitsha , j'avais remarqué le long des rives une sorte de guérites rustiques , campées sur six piquets à quatre mètres environ du sol, et je les avais prises pour des postes de veilleurs préposés à la garde du fleuve. Ce sont des postes, en effet, mais de pêcheurs. C'est là, dans cette guérite, d'où ils dominent les alentours, qu'ils se juchent. Un grand filet oblong , avec un panier dans son milieu ^ sorte de grande senne , faite de fibres végétales , pend au-dessus de l'eau. A Taide d'un long câble de même facture, le pêcheur, selon les cas, lève ou

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