CHAPITRE X
abaisse son filel. Près de là, dans une pirogue mouillée contre la rive, se tiennent aux aguets deux ou trois nègres silencieux, immobiles. Aussitôt que le filet se relève, la pirogue s'avance, et Ton y verse la prise; après quoi, la sentinelle, qui, elle, ne bouge pas de son aire, laisse à nouveau choir sa nasse dans le fleuve. Ce procédé, paraît-il, est excellent; car j*ai vu les indigènes ramasser ainsi en peu de temps quantité de poissons qui, à vrai dire, pullulent par là, et sont aussi gros qu'abondants. Cela ne les empêche pas d'user également de harpons et d'hameçons qu'ils fabriquent euxmêmes.
Les pécheurs que je rencontrai m'apprirent que le grand Osimirin (le Niger) n'était pas loin, et qu'eux-mêmes en revenaient, après avoir été aux marchés d'Oputa. Ce nom , qui me rappelait le roi nègre que j'avais vu à Accré, me frappa. Je multipliai mes questions, et enfin j'acquis la certitude que j'étais bien réellement dans le pays d'Ogbekin , et que le grand cours d'eau oîi je naviguais était un bras de la rivière Inam. Bientôt, en effet, j'entrevis à l'horizon une large échancrure : c'était le Niger que j'avais devant moi, tandis que sur la rive gauche de la crique, à peu de distance du fleuve, appal'aissait la capitale d'Oputa, Ogbekin.
ttHourrah! hourrah! » crièrent mes rameurs.
Braves enfants! sans murmurer jamais, ils venaient
d*accomplir une bien rude tâche. Si parfois ils. avaient tremblé, du moins ils n'avaient pas trahf leur trouble, et, je le répète, ils s'étaient courageusement battus. Pour eux , le Niger, c'était le salut, la sécurité, le repos! Et gaiement, dans la naïveté de leur âme, ils le saluaient en chantant.
Située par 6' 25' 30'' latitude nord , la ville d'Ogbekin est la capitale de la contrée de ce nom , sur laquelle règne le roi Oputa , et qui s'étend au loin dans Fintérieur et au delà de la crique.
A peine mes pirogues amarrées, les indigènes s'amassèrent près du rivage. Sans m'inquiéter d'eux, je m'en allai chez le roi, précédé d'un Croumane muni du drapeau belge qui, d'ordinaire, flottait à Tarrière de ma pirogue, et suivi de Go-Fast, que quatre de mes hommes portaient couché dans un hamac.
Averti de ma présence , Oputa vint à ma rencontre avec une nombreuse escorte. Je le retrouvai tel que je l'avais connu, rêveur et triste. Il me souhaita la bienvenue d'une façon assez originale : après m'avoir donné une poignée de main à l'ordinaire, il le retint un doigt entre le pouce et l'index, et ne le lâcha qu'après l'avoir, tout en le serrant, fait glisser jusqu'au bout. En même temps il répétait coup sur coup le mot onowa^ et c'est là, paraîtil, une marque de vive amitié. Ce mode de serrement de main se retrouve également parmi les