CHAPITRE X
ce m'était assez d'une pirogae montée par mes sept hommes et mon guide.
Ces divers point réglés, je rentrai dans ma case, et je goûtai enfin, cette nuit-là, un repos que depuis longtemps je ne connaissais plus. Le lendemain matin, je m'apprêtais à aller voir notre malade, lorsque, accourant à moi, See-Breeze s'écria :
tt Go-Fast se meurt ! »
Arrivé près de lui, je constatai que réellement son état était désespéré. J'en fus d'autant plus surpris que la veille je l'avais laissé convalescent, et un instant je soupçonnai le docteur nègre d'être un vil criminel. Mais j'eus bientôt le mot de l'éniyme. Oputa avait fait distribuer en abondance des vivres à mon escorte. Gourmand comme ses pareils, Go-Fast, malgré ma défense, avait, à lui seul, absorbé une bonne partie des intestins d'un mouton. Sa gloutonnerie lui avait valu une indigestion formidable, qui lui fut fatale; car à midi, en dépit de tout, ileipirait.
Son décès m'affligea d'autant plus que je m'atlendais à le voir produire sur l'esprit de ses compagnons un effet désastreux. Je savais qu'ils ne m'abandonneraient pas, tant que nous serions dans les Etats d'Oputa, qui leur aurait fait donner la chasse; mais une fois en route, en serait-il encore de même, maintenant qu'ils m'avaient vu impuissant à préserver l'un des leurs de la mort ?
Afin d'honorer la fidélité et la bravoure de Go-Fast,
j*annonçai pour le lendemain son enterrement solennel. En attendant, à défaut de planches pour faire un cercueil, je fis coudre le corps dans un morceau de toile à voiles; je Je recouvris du drapeau belge » et le laissai exposé tout le reste du jour, sous la surveillance de deux Croumanes.
Le lendemain y les compagnons du mort le portèrent à bras hors de la ville, non loin de la crique par où j*étais arrivé. Je suivais les porteurs. Témoin de mes regrets, Oputa avait prescrit à quelques-uns de ses guerriers de se joindre à moi; mais, à Tinverse de ce qui, d'habitude, se passe parmi eux en semblable occurrence, je leur imposai un silence absolu, et leur fis défense de danser autour du cadavre.
Aussitôt celui-ci descendu dans la fosse, m^adressant aux Croumanes :
a La conduite de Go-Fast, leur dis-je, est un honneur pour votre tribu. Il a été brave, il a été fidèle, il a été dévoué ; vous tous, marchez sur ses traces et souvenez-vous de vos serments! Adieu, Go-Fast, rhomme blanc gardera ta mémoire. »
Après ce peu de mots, je jetai quelques poignées de terre sur le corps, que l'on acheva de recouvrir.
De retour au village, je déclarai à mes hommes qu'àPissue de mon voyage je remettrais à See-Breeze la part de salaire due à Go-Fast, en le chargeant de la distribuer à ses parents ou à ses amis.