‹ Niger et Bénué: voyage dans l'Afrique centraleChapitre 89 sur 145 · CHAPITRE X. lai · texte numérisé non relu

CHAPITRE X. lai

Cependant Oputa continuait à se montrer trèsempressé auprès de moi : il m*accompagna luimême dans plusieurs excursions que je fis autour d'Ogbekin, et m'expliqua certains us et coutumes propres à son penple, ainsi que sa manière de le :gouverner, manière qui, e» beaucoup de points, est l'analogue de celle d'Onitsha.

A deux jours de là, Tépoque de la pousse de la nouvelle igname étant survenue, le roi m*invita à fa cérémonie dont elle est l'occasion. Dès l'aube, les trompettes sacrées, les konkoSj l'annoncent solennellement. Bientôt toute la tribu s'assemble en face des huttes royales, où je rejoins mon hôte. Les dignitaires arrivent, et tous saluent respectueusement leur souverain, devant qui il leur est interdit de s'asseoir. Chaque haut personnage est escorté d'un serviteur qui porte je ne sais quoi dans une grande calebasse on fan. Puis le roi se lève, m'engage à le suivre ; la foule fait comme moi, et le cortège se dirige vers un large bombax, planté sur la place, vis-à-vis de nos demeures. Là se trouve le Libîa, prêtre et docteur, entouré de ses acolytes. Au moment où nous franchissions le seuil de la hutte royale, un nègre de la suite d'Oputa, portant, lui aussi, une calebasse, se range à ses côtés.

A notre arrivée près du bombax, les chefs, le roi à leur tête, s'avancent vers le prêtre, et déposent à ses pieds le contenu de la calebasse, à «avoir : une

demi-doazaine d'ignames fraîchement récoltées, amandes de kola et du poisson frais. Le Libia fveinf trois ignames y qu'on vient de cuire, et les coupe par morceaux. Chacun des chefs , à commencer par le roi» en reçoit un qu'il avale, en disant : Grâces soient rendues à Tshykù qui permet que je mange la waye! Tel est le nom de la nouvelle igname. Le fout se termine par un festin, où se consomme le contenu des calebasses, tandis que le Libia s*en retourne à sa demeure, nanti des offrandes qu'il a

reçues des fidèles.

Chez les tribus d'Ogbekin et chez tous les peuples riverains du Niger, il se célèbre une autre solennité qui malheureusement témoigne d'une profonde barbarie, et qu'il sera bien difficile d'extirper : c'est la fête annuelle de l'expiation, à propos de laquelle ont lieu deux sacrifices humains. L'un s'accomplit en secret et est destiné à laver les faptes du roi ; l'autre se fait publiquement et a pour but d'expier les crimes de son peuple.

D'ordinaire, les victimes sont de jeunes vierges enlevées à des tribus ennemies, ou achetées à une peuplade voisine, des étrangères, parconséquenl. Quand s'ofire le sacrifice public, les prètres-féticheurs couvrent de fleurs, de feuilles , d*oripeaux de tous genres la tête de la pauvre enfant qui va être immolée, et la mènent, toute nue, hors de l'enceinte de la ville. Le peuple est là qui l'attend. Dès qu'elle apparaît,

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