‹ Nîmes, Arles, Orange, Saint-RémyChapitre 4 sur 6 · LEGENDE DU PLAN SCHEMATIQUE DU MUSÉE D'ARLES · texte numérisé non relu

LEGENDE DU PLAN SCHEMATIQUE DU MUSÉE D'ARLES

Ne voulant pas faire un catalogue et d'autre part les signes marqués sur le plan faisant nettement connaître la nature de l'objet, nous ne renvoyons qu'aux œuvres les plus importantes, de manière à faciliter la visite rapide de la collection.

S. Sarcophage. — C. Cippe. — St. Stèle. — Chr. Chrétien. — Col. Colonne. Fr. Fragment. — Couv. Couvercle.

§ I". Objets placés au milieu de la nef. — i, S. dit de Lèda. — 2, S. de JuUa Tyrannia.

— 4". Fr. de statue àe Jupiter} ou Ôl Auguste} — 8, Couv. de S. trouvé à Trinquetaille (1891). — 9. Mosaïque de VEnlèvement d'Europe. — to et 11. Bustes de femmes. — 14 et 15, Silènes du théâtre. — 19, C. surmonté d'un chapiteau orné d'un sphinx et portant une tête d'enfant (moderne). — 20, S. dit de Psyché. — 21, S. de Cornélia lacœna.

— 22, S. dit à!Hippolyte.

§ II. Objets placés des deux côtés de la nef entre les chapelles et à l'entrée du chœur.

— A, Couv, de S. à tuiles imbriquées. — C, Col. dédiée à Constantin. — D, Danseuse ou Victoire grand, nat. — //, Buste de Marcelliis (?). — / et /". Danseuses du théâtre.

— /, Tète de Livie ou Vénus, sur l'autel de la Bonne Déesse. — M et O, Autels avec couronnes de chêne. — P, C. de Veria Filtata et torse de femme. — R, C. deSenipronia Tertulla, portant la statue du Dieu Mithrci. — 5, Tête à' Auguste. — T, Col. et Masque de théâtre. — X, Couv. de S. à tuiles imbriquées.

§ III. Objets placés dans les chapelles latérales. — Chapelle I. — i, Groupe dit de Médée (?). — 2, 3, 4. Trois S. chr. superposés, sur le supérieur, stèle à quatre portraits.

— 6, S. de la Cueillette des olives.

Chapelle II. — 2, S. portant la représentation d'un Orgue hydraulique. — 5, St. de Cornélia Optaia et Cornélia Sedata (avec portraits). — 8, S, chr. avec oranle.

Chapelle III. — 2 et 15, Fr. ayant appartenu à la même (?) statue de danseuse. — 7, S. dit de Constantin II. — 8, S. chr. à cinq tableaux. — 12, S. chr. [le Christ donnant la loi aux apôtres). — 13, Couv. du S. de Concordius.

Chapelle IV. — i et 14, Bornes milliaires. — 2, S. chr." à 7 tableaux. — 3, Couv. du S. d'Hydria Tertulla. — 4, S. de YOrante. — 7, St. à trois portraits (le père, la mère et l'enfant). — 12. S. d'Optatina Reticia. — 11 et 13, S. chr. de deux époux (figures clypeatœ).

Chapelle V. — 2, S. chr. à 7 niches. — 3, Au-dessus, couv. du S. de saint Hilaire évêque d'Arles. — 8, Autel d'Apollon. — 9, Apollon et les Muses. — 12, St. de Primigénius, acteur de la troupe d'Eudoxe.

Chapelle VI. — i, Partie du piédestal de la Meta du cirque. — 2, St. de deux jeunes femmes (portraits), très intéressante pour le costume.

Chapelle VII. — i, S. de Chrysogone. — 2, Fr. de S. chr. Résurrection de la fille de faire. — 3, Inscription funéraire d'Aelia Aeliana. — 7, S. chr. à strigiles avec figure portant un agneau {le Bon Pasteur). — 8, S. delà Chasse au. sanglier.

Chapelle VIII. — i, S. chr. à strigiles avec V Adoration des Mages et Y Adoration des Bergers. — 5, S. dit du Mariage romain. — 6, S. chr. à strigiles avec le Christ nimbé. — 7, Couv. de S. païen a.\ec Scènes de la vie pastorale.

Chapelle IX. — i. Statue de Sénateur (?). — 4, S. de Julia Lucina.

Chapelle X. — Débris divers.

Vitrines du chœur. — Objets divers : Magnifiques urnes cinéraires en verre; dans la vitrine e, cachets d'oculiste; dans la vitrine b, vertèbre humaine gardant la flèche en silex qui s'y est enfoncée,

à sa fidélité envers le roi disait : « Avec quelle joie n'a-t-elle pas envoyé la statue de Vénus au roi, lorsqu'elle a cru par là pouvoir lui plaire ! Sacrifice pourtant de la chose du monde la plus chère et la plus précieuse à ses habitants! » Le marbre était arrivé à Paris au mois de mai 1684 sous la garde de Jean de Dieu, sculpteur d'Arles, élève de Puget, et de Louis Lanfant, commissaire général des troupes royales en Provence. Le mercredi, 18 avril 1685, après avoir été restaurée par Girardon, elle occupait une place d'honneur dans la grande galerie de Versailles.

Les Arlésiens eurent tort d'envoyer leur belle statue à Louis XIV, Louis XIV eut tort de l'accepter. L'on ne saurait trop approuver ce que le marquis de Lauriston écrivait en 1822 au nom du roi Louis XVIII, à la ville de Vienne. Il s'agit d'une autre statue de Vénus que le roi s'était décidé à ne pas refuser, ne voulant pas avoir l'air de dédaigner un témoignage de déférence.

« Il m'a paru, dit-il, que ces hommages n'étaient rien moins qu'agréables aux habitants des villes que l'on prive ainsi de leurs monuments historiques. Je me suis en conséquence arrêté pour l'avenir à l'idée qu'il serait du service du roi et de la France de s'appliquer à éluder ces offres et ces hommages des autorités locales, auxquels il est contre la nature des choses que les administrés applaudissent \ »

Cependant le Louvre contient des sculptures d'origine arlésienne autres que la Vénus : le torse d'une statue de l'empereur Auguste dont nous retrouverons la tète au musée d'Arles et un Sarcophage dit de Prométhée, cédés à notre collection nationale en 1822, plus une tête de faune plus grande que nature, trouvée à Trinquetaille et achetée en 1860 à M. de Valori.

' Sous le premier empire, lorsqu'on était passionné pour l'antique, il fut question de transporter en bloc à Paris toutes les antiquités d'Arles, y compris les deux colonnes du théâtre. M, Mathieu Saint-Jacques fut délégué à cet effet par le ministre de l'intérieur auprès de la municipalité arlésienne. Il descendit notamment avec l'archéologue Petit- Radel, dans la crypte de Saint-Honorat, mais y trouva une si grande quantité d'eau qu'il put à peine examiner les sarcophages qu'elle contenait. « Tout prouve, dit Saint-Jacques dans son rapport, le peu de cas que Ton fait dans cette ville des objets provenant des anciens monuments. Pourquoi alors ne pas les transporter à Paris où ils seront protégés et appréciés à leur valeur ? » Mais la mission du délégué officiel avait rappelé aux Arlésiens le prix de ce qu'ils possédaient. Ils revendiquèrent avec vivacité le droit de conserver leurs antiquités « pour le musée que S. M. les avait autorisés à établir », On n'envoya au Louvre que quelques colonnes et fragments architecturaux. Ils ne parvinrent même pas à destination et disparurent, dit-on, dans un naufrage, en remontant le Rhône. On prétendit que c'était un accident simulé et qu'en réalité ces colonnes et ces fragments furent volés. En tous cas on ne sait aujourd'hui où ils se trouvent. (Voy. Millin, Voyages dans les départements du midi de la France, t. III, p. 613 et E. Michon, Op. cit.)

Le musée d'Arles contient, comme celui de Vienne en Dauphiné, des sculptures antiques de premier ordre qui seraient plus connues si elles étaient dans quelque ville d'Italie. La tète d'Auguste (plan, S) appartenant à la statue dont nous parlions plus haut est digne de l'Auguste du Vatican *. Elle a été trouvée dans le théâtre ainsi que d'autres œuvres admirables que nous allons énumérer. Citons au premier rang la tète d'une statue de Livie ou de Vénus (probablement une statue de Livie en

Musée Lapidaire dans l'ancienne église Sainte-Anne.

Vénus), qui semble avoir fait pendant à la statue d'Auguste. L'admirable

* Le torse fut trouvé dans le théâtre en 1787. Il passa d'abord pour un Jupiter jusqu'au jour ou Estrangin reconnut que c'était un torse d'Auguste. Dans les anciens catalogues du Louvre, il est indiqué comme provenant de Nîmes. Enfin, on a dit aussi, car les erreurs semblent s'accumuler sur ce malheureux fragment, qu'il avait été découvert à Trinquetaille au commencement du xvii'' siècle. Mais la statue de Trinquetaille était un Jupiter tenant la foudre et elle était à peu près complète. On peut voir là-dessus ce que dit François de Rebatu, dans La Diane et le Jupiter d'Arles, Arles 1656, brochure in-8°. A cette époque on croyait que la Venus d'Arles était une Diane, le théâtre passant pour un temple de Diane. Quant au torse impérial il fut, comme nous l'avons vu (voy. p. 80), donné au Louvre avec le sarcophage de Prométhée en échange

beauté du type, beauté qui subsiste et ce n'est pas peu dire malgré la déformation de son nez cassé près de la racine, la largeur et la science du faire sont dignes de la Vénus de Milo, dont elle rappelle le type. Nous n'hésitons pas à dire que c'est une des plus belles œuvres de la sculpture antique. Un trou percé sur le front à la naissance des cheveux

Cliclié Neurdein.

Fragment d'une statue de Livie ou de Vénus.

analogue à celui que nous avons signalé pour la Vénus d'Arles devait

d'un tableau de Lemoine et Natoire dont nous parlons plus loin (1822). La tête n'a été découverte qu'après cette date, en 1834. C'est pour cela qu'elle est encore à Arles. Le musée d'Arles possède un bas de statue drapée qui pourrait se rapporter aussi à cette figure d'Auguste. Le Louvre ayant envoyé à Arles un moulage du torse, la Société du vieil Arles a chargé M. Férigoule de réunir les moulages des divers fragments et de reconstituer l'ensemble. La tête s'adaptait parfaitement au torse et à cet égard il ne peut y avoir de contestation. Pour la partie inférieure, il n'en est pas de même. Sans doute la réunion du torse avec les jambes se fait assez naturellement, si l'on tient compte des éclats de la pierre, les proportions sont exactes, la qualité du marbre est la même. Cependant l'ensemble n'est pas satisfaisant, le bas paraît étriqué et gâte

retenir un ornement métallique tel qu'un bijou, une étoile ou une boucle ' (plan, J).

Une statue de danseuse se tenant sur un pied ferait honneur, pour le mouvement vif de ses draperies et sa grâce exquise, à un sculpteur du xviir siècle. Mais un Coustou lui-même n'aurait pas eu cette eurythmie vraiment grecque. C'est ici que l'on peut penser légitimement à la Victoire de Samothrace.

plutôt la majesté du reste. Bernouilli dans son Iconographie romaine, (deuxième partie, t. I, p. 38), trouve que les jambes drapées sont de proportion moindre que la tête et on a remarqué avec raison que le torse semble appartenir à une statue debout et non assise. Quoi qu'il en soit l'œuvre est tout à fait remarquable et la tète d'Auguste non laurée a un caractère de réalité, « un caractère iconique » que n'a pas l'Auguste de Naples. (Voir E.

Michon, Op. cit. et le Bulletin du vieil Arles numéro d'octobre 1903 et numéros suivants.) Ajoutons enfin que la société des Amis du vieil Arles vient d'obtenir que le torse du Louvre fût restitué, en dépôt, à son lieu d'origine.

^ On pourrait objecter qu'il est au moins singulier de représenter la grave Livie dans un appareil aussi simple, un costume aussi mythologique. Mais c'était ainsi qu'on figurait les habitants de l'Olympe et les Romains ne devaient trouver rien de choquant à représenter de même les empereurs et les impératrices, ces dieux terrestres. Des personnages bien moins qualifiés n'hésitaient pas à se décerner ce genre d'honneur. Dans le tombeau du consul Manilius (voie Appienne), on a trouvé à côté de la statue de Manilius en Mercure, celle de Manilia dans le costume et l'attitude de la Vénus de Médicis. On voit au Louvre d'autres Romains du temps d'Adrien formant le groupe de Mars et de Vénus. On trouverait des représentations analogues de princesses dans les temps modernes. (Emaux de Léonard Limousin, tableau de la fin du xvi'^ s. à Chantilly, Marie de Médicis en Junon par Rubens au Louvre, tapisserie de Jacques Lefebvre (une grande dame à sa toilette), médaille du mariage de Marie-Louise et de Napoléon, etc.)

Danseuse.

Cette statue est sans tête. Des fragments de deux autres statues de danseuses beaucoup plus mutilées, n'en donnent pas moins une sensation complète de beauté. Il semble qu'une âme anime les œuvres d'un art supérieur et qu'on la retrouve dans toutes leurs parties \ Un autel d'Apollon découvert en 1822 et dont la place était toute marquée dans un théâtre romain où la littérature dramatique n'avait aucune raison de se rattacher à Bacchus plus qu'au maître du Parnasse, nous représente, au centre, le dieu assis, sa lyre à la main ; de chaque côté sont sculptées des branches de laurier. Sur une des faces latérales, Marsyas accroché à un arbre et attendant son supplice ; de l'autre un esclave aiguisant un couteau court à large lame. Au-dessus un bas-relief représente les muses ^ D'ailleurs le souvenir de Bacchus, le dieu premier inspirateur de la poésie dramatique, est rappelé par deux Silènes '\ appuyés sur une outre. On saisit bien, dans ces corps ventrus et flasques, dans ces chairs amollies par l'âge et par les excès de la bonne chère, ce caractère réaliste que sait prendre au besoin l'art grec toujours prêt, non à affadir la nature, mais à lui donner tout son caractère. Signalons aussi les restes d'un autre autel derrière lequel a été trouvée la Vénus du Louvre. Cet autel est orné de cygnes et de guirlandes de fruits et de palmier ; c'est peut-être un autel votif à Vénus et Auguste.

Parmi les autres sculptures de provenances diverses on ne saurait oublier un autel votif, dédié à la Bonne déesse, la déesse de l'Ida, par l'affranchie Caïena sa prêtresse*; la statue d'un sénateur romain (?) très mutilée mais de la bonne époque (l" siècle. Plan, chapelle IX, n" i) ; la partie supérieure d'un torse de femme avec une mèche de cheveux lui arrivant au milieu de la poitrine " ; un buste d'enfant dit de Marcelhis ^ qui, sur son jeune visage et au-dessous de ses longs cheveux ramenés en partie sur le front, laisse lire déjà l'énergie romaine ; une tige de palmier

^ Plan, I et I"; Chapelle III, 2 et 15. Les fragments 2 et 15 se rapportent vraisemblablement à la même statue.

- Plan, chapelle V, n'^* 8 et 9.

•' Plan, nef, n"' 14 et 15.

* Plan J, — Ce culte oriental semble avoir été assez répandu dans le bassin du Rhône : des inscriptions analogues ont été trouvées à Vence et à Riez. L'autel d'Arles a fait partie des substructions de l'église Notre-Dame-la-Major.

" Au-dessus du Cippe de Veria Filtata (Plan,. P).

* Plan H. — On est trop naturellement porté à voir un Marcellus dans toutes les figures de jeunes romains de distinction qu'on ne peut autrement identifier. Mais ici la date de l'œuvre, autant qu'on en peut juger par le style, et le type du personnage s'accordent avec cette attribution.

en marbre; deux autels en marbre de Carrare portant sur leur face antérieure, sculptée en très haut relief, une couronne de chêne d'un grand style décoratif et d'un travail très fin (plan, nef M et O) ; un groupe dit de Médée (plan, chapelle I, n"" i) ; des bustes de femme intéressants par leur coiffure (plan, nefn*^* 10 et 11); un magnifique chapiteau corinthien en marbre, trouvé dans le Rhône ; des fragments importants d^un arc de triomphe ; un bas-relief calcaire représentant encore une danseuse ou une Victoire provenant aussi peut-être d'un arc de triomphe (plan, D).

Sur une partie du piédestal circulaire de la meta du cirque, on voit quatre groupes de chars, représentant les quatre factions de cochers qui se disputaient, à Rome la faveur de la foule et dont les rivalités avaient passé dans les provinces ; ces chars sont conduits par des génies ailés. On remarquera la forme allongée des chevaux. Ce type se rapproche de celui de nos chevaux de course ou des chevaux d'Assourbanipal dans l'antique Assyrie ; mais, il est rare dans la sculpture classique qui, à l'exemple des œuvres de Phidias, nous présente plutôt des chevaux de forme courte et ramassée (plan, chapelle VI, n° i).

Une tête en pierre, de jeune homme coiifé d'un bonnet phrygien, a dû appartenir à une statue mithriaque (plan, nef n" 16). Le culte de Mithra s'était répandu profondément dans les Gaules : on a trouvé les murs d'un de ses temples à Vieu en Valromey et on voit à Bourg Saint-Andéol, près de la rivière de la Tournes une pierre mithriaque. Mithra avait à Arles, près du cirque un temple d'où provient la curieuse statue dont il nous reste à dire un mot (plan, R). La tête, qui était peut-être une tête de lion, manque; le corps est entouré d'un serpent énorme aux écailles saillantes ; entre les spirales régulières du reptile sont sculptés en bas-relief les signes du Zodiaque. Ces bizarreries et ces monstruosités orientales font comme une fausse note au milieu des inspirations gracieuses ou puissantes, mais toujours harmoniques et bien humaines, du génie gréco-romain, contraste d'autant plus sensible que la netteté de la ligne et la correction du dessin (une fois le sujet admis) sont vraiment classiques. Une autre sculpture près du tombeau de Cornelia lacsena, diffère aussi beaucoup des œuvres qui l'entourent, mais pour d'autres raisons (plan, nef n" 19). C'est une tête d'adolescent en marbre blanc, admirable d'ailleurs : l'expression du regard, vivante et personnelle, la manière dont les cheveux sont traités, sont particulièrement remarquables. « Mais, pense M. Lacaze Duthiers, il est fort douteux que ce morceau soit antique. Il a tous les caractères d'une œuvre remontant tout au plus à la Renaissance et, à le bien examiner,

paraît même plus moderne ; d'ailleurs, il n'a pas été trouvé dans les ruines du théâtre, mais dans les ruines de l'abbaye de Saint-Césaire et assez récemment. » Signalons aussi une mosaïque {y Enlèvement d'Europe), découverte il n'y a pas longtemps à Trinquetaille.

Ces œuvres, quelle que soit leur valeur, ne forment que la partie la moins intéressante du musée d'Arles. Ce qui en fait une collection, sinon unique (il y a le musée de Saint- Jean de Latran à Rome), du moins exceptionnelle, ce sont ses sarcophages chrétiens et païens.

A Arles, comme à Nîmes, les inscriptions funéraires ou autres nous apprennent beaucoup sur la vie antique de la région.

Les Nautœ Arelatenses (bateliers du fleuve) y formaient un corps de métier distinct des Navicularii marini qui, eux^ faisaient les transports maritimes et étaient assez nombreux pour se diviser en cinq corporations. La considération dont ils jouissaient était telle que les plus grands personnages, — par exemple un ancien tribun de la légion adjutrix\ devenu depuis procureur impérial pour l'approvisionnement du blé à fournir pour la Narbonnaise et la Ligurie — ne dédaignaient pas d'être leurs patrons ^ L'importance maritime d'Arles est attestée par le nombre de ses Fabri navales (constructeurs de navires), qui étaient sous la direction d'un Architecttis navalis (ingénieur des constructions navales) \ Ces Fabri navales n'étaient pas des ouvriers vulgaires, si on en juge par la longue épitaphe en vers qu'un certain nombre d'entre eux ont fait graver sur le tombeau d'un de leurs camarades'. Citons encore les Centonarii fabricants d'étoffes fortes et grossières, espèces de bâches destinées à couvrir les marchandises transportées par terre ou par eau et employées aussi, chose imprévue, à étouffer les incendies °.

Le mot Utricularii^ désignait non seulement des bateliers d'une espèce particulière (voy. ci-dessus p. 57), mais aussi leurs homonymes les fabricants d'outrés qui trouvaient surtout des clients dans les Dijfiisores ou marchands d'huile \

^ Le titre de tribun légionnaire équivalait au grade moderne de général de division ou même de général commandant un corps d'armée. ^ Corpus Inscriptionum latinarum, t. XII, n° 730.

* Ibid., n" 733.

* Ibid., D." 58. Voy. sur les inscriptions d'Arles, Hipp. Bazin. Arles gallo-romain, p. 67-80.

" Ou peut-être aussi à servir de protection contre les dégâts que peut causer l'eau des pompes. Les bâches ont été employées de nouveau, en cas d'incendie par le corps de sauveteurs qui vient d'être adjoint aux pompiers de Paris.

* L'importance du commerce de l'huile à Arles est attestée entre autres par Ulpien

Nous trouvons aussi des Scholaslici (étudiants) qui rappellent que la culture intellectuelle était fort en honneur dans cette ville gréco-romaine '.

Le souvenir des fêtes qui se donnaient au théâtre ou aux arènes est évoqué soit par le nom d'un de ces imprésarios d'un genre spécial, de ces Negotiatores familiœ gladiatorice (plan, nef n° 4), qui faisaient la traite des gladiateurs, soit par le nom d'un acteur de la troupe d'Eudoxe [ex factione Eudoxi) plan, chap. V, n° 12) et d'un ^Edilis miinerarlus espèce d'intendant des menus plaisirs, magistrat chargé de l'organisation et de la police des jeux.

D'autres inscriptions prennent leur intérêt dans les sentiments qu'elles expriment. On les rencontre aussi bien sur les tombeaux païens que sur les tombeaux chrétiens. En voici trois qui sont particulièrement touchantes. La première est probablement païenne et porte les lettres D. M. (DiisManibus). Malgré de nombreuses incorrections, on voit qu'on a voulu la rythmer, ou à peu près, en hexamètres (plan, chapelle IX, n" 2).

O dolor quantae lachrumag fecere sepulcrum Jul. Lucinc-e quns vixit karissima matri Flos astatishic jacet intus condita sacxoo [sic] O utinam possit reparari spiritus ille

Ut sciret quantus dolor est.

Quae vixit ann. xxvii, m. x., die. xiii.

Jul. Parthenope infelix mater ;

O douleur ! que de larmes représente la tombe De Julia Lucina qui vécut très chère à sa mère. Cette fleur de jeunesse gît ici cachée sous cette pierre. Pourquoi sa vie ne peut-elle renaître,

Ne fut-ce que pour qu'elle juge des regrets qu'elle a laissés. Elle a vécu vingt-sept ans, dix mois, treize jours ^.

Julia Parthenope sa malheureuse mère.

La seconde, n'est pas moins curieuse soit par sa forme, soit par les sentiments qu'elle exprime (plan, chapelle VII, n"' 3).

dans un passage du Digeste. (Livre XIV, titre III, loi 13.) Le musée contient (Plan, chapelle II, n'^ 7) le sarcophage de M. Junius Messianus, membre et maître de la corporation des utriculaires d'Arles.

^ Corp. Ins. Lut., t. XII, n" 714. (Voy. cî-dessus p. 57 à la note.) ^ On peut remarquer ici combien les Romains mettaient de précision dans les âges, avec quel soin ils marquaient les dates des naissances. Cette précision disparut au moyen âge et nous l'avons retrouvée seulement depuis que l'Assemblée constituante de 1789 a établi les registres de l'état civil.

^lias. JEUa [nas] Littera' qui nosti, lege casum et dole puellas. Multi sarcophagum dicunt quod cons [umit artus] ; Set conclusa decens apibus domus ist [a vocanda]. O nefas indignum ! jacet hic praeclara puella. Hoc plus quam dolor, rapta est speciosa puella. Pervixit virgo, ubi jam matura placebat; Nuptias indixit, gaudebant vota parentes. Vixit enim ann [osj XVII et menses VII diesque XVIII O felice' patrem qui non vidit taie' dolorem ! Haeret et infixo pectore volnus Dionysiadi matri, Et junctam secum Geron ^ater tenet ipse puellam '.

Toi qui sais lire, apprends l'infortune de cette jeune fille et pleure. C'est un sarcophage, dira-t-on, devant ce tombeau qui dévore les chairs Mais n'est-ce pas plutôt une élégante demeure réservée aux abeilles qu'il faudrait O désastre ! O iniquité 1 ici gît une jeune fille rare. [l'appeler] ?

Douleur plus qu'humaine ! Elle a été ravie cette belle jeune fille, Lorsque, vierge encore, elle était déjà faite pour plaire dans l'épanouissement de

[sa jeunesse].

Son mariage approchait; sa famille se réjouissait à cette espérance. Elle avait en effet dix-sept ans, sept mois et dix-huit jours! Heureux son père qui n'a pas vu cet affreux malheur

Dans son cœur transpercé, sa mère Dionysiade garde une blessure incurable. Mais son père Geron lui est uni à jamais et seul la possède aujourd'hui.

La troisième est complètement chrétienne, mystique même, dans sa belle simplicité ; l'espérance et la foi y laissent à peine place à la douleur (plan, chapelle III, n° 13). Elle est aussi en vers, sauf la dernière ligne.

Integer adque pius vita et corpore purus ^ternus hic positus vivit Concordius aevo Qui teneris primum ministrum fulsit in annis Post etiam lectus cœlesti lege sacerdos. Triginta et geminos decim (sic) vix reddidit annos. Hune cito sideream raptum omnipotentis in aulam Et mater blanda et frater qu3erunt.

^ Corpus Inscription latinarum, t. XII, n" 743. Cette inscription, gravée en bonnes lettres du ii*" siècle, comme le dit Hirschfeld, se lit sur une plaque de marbre trouvée en 1844 à côté d'un sarcophage contenant deux cercueils de plomb (aujourd'hui à la chapelle Bouic-Aiguières aux Alyscamps) et contenant l'un le squelette d'une jeune fille, l'autre celui d'un vieillard. Elle a été étudiée par Caumont [Bulletin monumental, 1845 et Congrès archéologique, 30'' vol., 1866, p. 220), par Emile Egger [Bulletin des Antiquités, 1897, p. 109), et par Mommsen.

Irréprochable et pieux, pur de vie et de corps,

Concordius ici enseveli vit pour l'éternité.

Dans ses tendres années il occupa de hautes fonctions dans l'Etat ;

Puis, il fut choisi comme prêtre par la loi céleste.

Il accomplit à peine sa cinquantième année.

Ravi prématurément dans la cour étoilée du Tout-Puissant.

Sa tendre mère et son frère aspirent à le retrouver.

UlidiO i-lialcuuueul

Sarcophage dit d'Hippolyte.

La tombe de Concordius a été regardée comme miraculeuse. Ce Concordius est peut-être l'évèque qui signa en 374 au premier concile d'Arles.

Nous allons maintenant passer en revue les monuments funéraires qui se recommandent surtout par leur valeur artistique. Nous y retrouverons d'ailleurs plus d'une inscription analogue. Cette étude sera forcément très sommaire ; car, comme nous l'avons dit, le Musée d'Arles est à cet égard d'une grande richesse et sa description méthodique et complète exigerait tout un volume. Nous ne pouvons cependant nous dispenser de lui donner quelques pages; rien à Arles, sans en excepter le théâtre et les arènes, n'est plus digne d'attention et c'est un vrai devoir de signaler cette collection aux simples touristes, à tous les esprits cultivés, ou

curieux de l'être, qui n'auront certes pas à regretter le temps qu'ils emploieront à sa visite. Ces tombeaux proviennent presque tous du cimetière des Alyscamps dont on parlera plus loin.

Nous commencerons par les monuments païens, mais en remarquant qu'il est parfois difficile de les distinguer des monuments chrétiens contemporains ou même postérieurs ; car, d'une part, plusieurs des formules funéraires païennes sur la paix de la mort et la vie future convenaient à la religion nouvelle, qui les adopta en leur donnant un sens plus fort et plus précis, et, de l'autre, des scènes mythologiques ou des emblèmes purement païens furent également conservés sur les tombes chrétiennes, avec un sens symbolique, même après la paix de l'Église. Il ne faut pas s'en étonner puisqu'on les retrouve en grand nombre dans les catacombes et que le christianisme naissant, le christianisme héroïque, les avait ainsi consacrées.

Parmi les monuments païens celui qui attire tout d'abord les regards est un des plus récemment connus. Il ne vient pas des Alyscamps : il a été trouvé dans la Camargue lors des travaux faits pour l'établissement du chemin de fer des Saintes -Maries (189 1) et donné par la compagnie au Musée d'Arles (plan, nef n" 22). Il a 2'", 35 de longueur, i mètre de largeur et I mètre de hauteur. Il appartient peut-être au T' siècle de notre ère. Le couvercle porte la statue couchée du défunt qu'on reconnaît bien être celle d'un jeune homme quoique la tète soit perdue. Ce couvercle est, pour la qualité de la pierre comme pour la valeur du travail, très inférieur au sarcophage : il a été fait par quelque marbrier local, tandis que le sarcophage, qui vient peut-être d'Italie, doit avoir été acheté dans quelqu'un de ces ateliers réputés qui fabriquaient d'avance et tenaient en réserve des monuments ornés des sculptures le plus généralement demandées, toujours prêts à livrer au goût du client des cérémonies funèbres, des scènes de la vie future telle que se la figuraient les païens, des sujets mythologiques d'application symbolique : les Dioscures, Léda, Psyché, Ganymède, Orphée ou même l'histoire d'Ilippolyte. L'histoire d'Hippolyte était spécialement choisie pour les tombeaux de jeunes gens non seulement à cause de sa mort tragique et prématurée, mais aussi à cause de la légende d'après laquelle le fils de Thésée aurait été ressuscité par Diane sous le nom de Virbius. C'est justement l'histoire d'Hippolyte qui, selon toute vraisemblance, est représentée sur les quatre faces d'exécution inégalement soignée du sarcophage qui nous occupe. L'analogie avec le sarcophage conservé à Girgenti en Sicile et, avec un sarcophage du Louvre, pour lesquels cette explication a été généralement admise est un

argument de plus en faveur de cette opinion ^ Notre photographie nous dispense d'insister sur la description du sujet principal qui représente le départ pour la chasse ; remarquons seulement la présence de Phèdre accompagnée de l'amour et signalons l'intelligent souci de la réalité avec lequel ont été variées les espèces de chiens qui accompagnent les jeunes chasseurs. La face latérale de droite et la face postérieure représentent la chasse au milieu de la forêt. Ces deux faces sont beaucoup plus frustes, l'épaisseur moins grande du marbre ne permettait pas d'ailleurs de fouiller plus profondément et d'accentuer davantage les formes. La face latérale de gauche au contraire est aussi belle que la face antérieure ; elle nous montre Hippolyte mourant dont un chien lèche la main. Deux héros (les Dioscures ?) sont près de lui ; des femmes apportent du linge et des parfums.

Un autre sarcophage de même style nous représente aussi des scènes de chasse pleines d'animation où l'on voit un sanglier faisant tète aux chiens et des cerfs pris dans des rets qu'ils essaient vainement de rompre, tout en luttant désespérément contre les chiens et les chasseurs qui les empêchent de s'échapper plan, chapelle VII, n" 8). On pourrait rapprocher plus légitimement encore le sarcophage d'Hippolyte des sarcophages dits de Psyché et de Léda qui avaient contenu la dépouille de deux jeunes femmes; mais pour le caractère symbolique seulement et non pour l'art, car ce sont des œuvres médiocres. Celui de Psyché surtout est d'un travail assez grossier ; malgré l'intérêt de la composition et la grâce souriante que conserve la figure principale, c'est une œuvre de la décadence-.

Pour en finir avec les grands sujets m3'thologiques signalons aussi le monument brisé où l'on reconnaît Apollon et les neuf Muses, Le dieu tient sa l3^re à la main et porte une longue robe ûottscnte comme VA poli on musagète du Vatican. Les attitudes des diverses figures qui l'accompagnent sont variées et gracieuses. Ce monument appartient sans doute aux environs de l'ère chrétienne (plan, chapelle V, n" 9).

Des monuments plus simples n'en sont pas moins d'un travail excellent. Celui que se fit faire de son vivant, Cornclia lacœna et qui est orné

1 Le sarcophage du Louvre — sur sa face principale (les autres sont différentes) — reproduit presque exactement la scène la plus importante du sarcophage d'Arles. A gauche Phèdre est assise ayant à ses côtés l'Amour. Entre Phèdre et Hippolyte, une femme âgée semble faire des reproches au jeune homme. Dans le bas-relief du Louvre, Phèdre au lieu de regarder Hippolyte, détourne la tête et se penche vers la gauche. Ce sarcophage provient de Toscane (Douane del Chiarone) et est entré au Louvre en 1863, dans la Collection Campana.

- Sarcophage de Léda : Plan, nef, n*^ L Sarcophage de Psyché. Plan, nef, n" 20.

de guirlandes de fruits et de feuillage avec des têtes de bélier, est un chef-d'œuvre ; il était considéré, avant la découverte du sarcophage d'Hippolyte, comme le plus parfait des monuments funéraires du musée d'Arles (plan, nef, rf 21), Il semble contemporain, comme l'Apollon, des sculptures du théâtre.

D'autres, fussent-ils d'une valeur artistique moindre, ont un prix non moins grand par ce qu'ils nous apprennent sur les défunts et par les scènes plus familières qu'ils nous présentent. Tel est le couvercle de sarcophage représentant des scènes de la vie pastorale ^ Tel est le sarcophage de la, Cueillette des olives aujourd'hui fort mutilé, mais encore complet au temps de Millin qui l'a reproduit. Sa correction laisse parfois à désirer; mais les petits génies occupés à détacher les fruits des arbres ou à les entasser dans des paniers, mettent à leur travail une ardeur et une vivacité charmantes (plan, chapelle I, n° 6).

Les goûts artistiques dejtilia Tyrannia sont rappelés par des instruments de musique variés. D'un côté, les instruments à cordes : une lyre sur sa boîte de résonnance et accompagnée de son plectriim, une guitare d'une forme bombée rappelant la mandoline et portant les clefs destinées à tendre les cordes, un cahier de musique suspendu à un clou ; de l'autre les instruments à vent : un hydraule ou orgue mis en action par le moyen de l'eau et une syrinxou flûte de Pan enfermée dans une boîte ; au-dessous un bélier. Julia Tyrannia devait être une femme très distinguée par l'esprit et par le cœur, si l'on en juge par son épitaphe dont toute femme pourrait être fière.

Juliae Luc. Filiae Tyrannise vixit ann. XX. m. VIII quœ moribus pariter et disciplina ceteris feminis exemple fuit, Autarcius nurui, Laurentius ucxori

A Julia Tyrannia, fille de Lucius, morte à vingt ans et huit mois, qui par ses mœurs, comme par son éducation, fut un modèle pour les autres femmes, Autarcius son père et Laurentius son époux (ont élevé ce tombeau)-.

On regrette que le sculpteur ne nous ait pas donné les traits de Julia

* A gauche un berger trait une chèvre ; à droite à côté d'une flûte de Pan suspendue à un arbre, un autre berger tient une chèvre par la barbe (Plan, chapelle VIII, n° 7).

^ Plan, nef n<> 2. — Le musée contient un autre sarcophage analogue, mais fort dégradé, où l'on voit également un orgue à eau mis en action par deux personnes (Chapelle II, n» 2).

Tyrannia à côté des instruments qu'elle aimait à manier. Terentius Musseus nous a fait connaître la figure d'Hydria Tertulla son épouse et d'Axia ^liana sa fille dans le tombeau commun qu'il leur a fait construire (plan, chapelle IV, n" 3). A droite de l'inscription, en avant d'une draperie qui sert de fond et d'encadrement, se voit le personnage à micorps de la mère. Elle tient à la main un rouleau de parchemin ou de papyrus signe de ses droits. Son air est noble et sévère ; son visage aux

Sarcophage de Julia Tyrannia.

traits réguliers, un peu durs, est couronné d'une coiffure soignée en torsades. C'est une véritable matrone. De l'autre côté, la jeune Axia fait un parfait contraste, avec sa face ronde, ses cheveux coupés sur le front, son nez court et épaté, sa physionomie souriante. Elle devait ressembler à son père. D'une main elle tient un oiseau, de l'autre un raisin (voy. fig. p. 99).

A défaut de parents ce sont des amis qui prennent soin de donner à quelque mort qui leur est cher une sépulture durable et parfois luxueuse.

Sur un cippe, deux jeunes filles se tiennent par la main au-dessus de cette inscription : « Cornélia Sedata, de son vivant, pour elle et pour Cornélia Optata son amie, morte à l'âge de vingt ans. » (Plan, chapelle II, n° 5.) Ailleurs, une stèle est consacrée à l'affranchie Fidelîs Romula par Secundina Cominia sa compagne « qui a élevé ce monument à ses frais. »

De petits êtres, qui ont à peine paru dans la vie, sont honorés d'inscriptions qui prouvent que les enfants, si jeunes qu'ils soient, ont déjà dans le cœur de leurs parents une place bien à eux et qu'ils laissent, en s'en allant un vide que rien ne pourra combler. Tel est le tombeau, orné de guirlandes, de la petite Chrysogone « fille très douce, très « innocente et très chère, morte à l'âge de trois ans, deux mois, vingt- « sept jours et que ses parents regretteront tout le temps de leur exis- « tence. » Lorsque le tombeau fut découvert, on y retrouva encore les restes de la petite Chrysogone enveloppés dans un tissu d'or et de soie cramoisie. Cela n'empêcha pas les religieux de l'ordre des Minimes, qui avaient reçu la garde des Alyscamps et s'y conduisirent souvent en véritables barbares, de transformer ce sarcophage en un lavabo, ou une cuve, comme en témoignent encore les trous percés pour l'écoulement des eaux \

Sur la partie supérieure du sarcophage de Chrysogone on lit en gros caractères les mots : Pax j^terna. Cela ne suffit pas pour affirmer qu'il soit chrétien. D'ailleurs les monuments chrétiens sont en assez grande quantité dans le musée pour qu'il faille se garder d'en grossir le nombre par une attribution tant soit peu douteuse. Ils ont été décrits et interprétés par Edmond Le Blant dans un in-folio qui fait autorité. Nous allons, avec ce guide, reprendre la description sommaire des principaux d'entre eux, en faisant précéder cette description de quelques généralités indispensables.

Les monuments chrétiens du seul musée d'Arles fourniraient les éléments d'une étude sur la symbolique chrétienne primitive. On y trouve surtout reproduits les sujets de la Bible et de l'Evangile qui se rapportent à la mort, à la vie future, à la résurrection, à la rémission des péchés et au salut des âmes : la résurrection de Lazare, Daniel dans la fosse aux lions -,

^ Plan, chapelle VII, n*^ i. — Quelques tombeaux d'Arles portent la figure d'une ascia et la formule sub ascia dedicavit. L'ascia désigne en latin divers instruments de forme analogue, doloire des tonneliers et charpentiers, marteline des tailleurs de pierre, truelle des maçons et aussi pioche des terrassiers. Elle peut être parfois le signe du métier exercé par le défunt et on la trouve a côté du fil à plomb. Mais elle apparaît souvent, avec ou sans la formule, sur le tombeau de personnages de toutes conditions dont la profession n'a aucun rapport avec cet instrument. De là une discussion mémorable dans laquelle les monuments d'Arles ont pu servir d'arguments et où les érudits ont exposé et soutenu une quarantaine d'opinions différentes sur le sens de la formule.

- « O notre vrai père, qui jamais ne mentis, dit encore Roland dans la célèbre épopée du XI'' siècle, toi qui ressuscitas saint Lazare d'entre les morts et défendis Daniel contre les lions, défends mon âme contre tous les périls à cause des péchés que j'ai faits dans ma vie. «(Strophe CIII, v. 2384-88.)

le baptême de J.-C, le Christ lavant les pieds des apôtres, le paralytique guéri, Moïse frappant le rocher, l'histoire de Suzanne sauvée par Daniel, Jonas vomi par la baleine, l'arche de Noé où la figure du défunt et même de la défunte sont substituées à la figure du patriarche. Comme l'a expliqué Le Blant, on trouve dans ces sculptures comme la traduction figurée, l'illustration symbolique de l'office des morts, tel que nous le donne la liturgie.

Tombeau dit de Constantin ou du Triomphe de la Croix; au-dessus, autre sarcophage,

le Christ et les Apôtres.

Il ne faudrait pas cependant abuser (et on l'a fait jusqu'au ridicule) du caractère symbolique des sculptures funéraires et chercher un sens caché jusque dans les détails les plus insignifiants de l'ornementation. Les artistes, même en ce temps, n'étaient pas nécessairement de grands théologiens. Ils conservent plusieurs des anciennes formes, et figures auxquelles on était habitué — formes et figures qui d'ailleurs n'ont pas encore complètement disparu de nos jours : les génies ailés, les torches renversées, les griffons, les personnifications des fleuves, de la mer et des vents. L'ordre dans lequel sont disposés les sujets n'est déterminé souvent que par le désir de la symétrie. Ce désir est poussé fort loin. Par exemple au-dessus de tel médaillon circulaire encadrant le buste du mort, — lorsqu'il s'agit de remplir les angles curvilignes entre le médaillon et la ligne horizontale

auquel il est tangent, — si on voit d'un côté la main de Dieu tendant à Moïse les tables de la loi, de l'autre le sculpteur mettra la main de l'ange arrêtant le bras d'Abraham au moment où il va sacrifier son fils (voy. fig. p, loi). Les sujets peuvent donner lieu d'ailleurs à des interprétations différentes. Par exemple, où Le Blant voit le paralytique guéri portant son grabat, d'autres avaient cru voir Samson, qui certes n'avait jamais été paralytique, enlevant les portes de Gaza.

Comme il était naturel, ce ne sont pas les seuls faits de la vie du Christ pouvant avoir une application funéraire que l'on retrouve sur les tombeaux. Mais, quelque variés que soient les sujets empruntés à l'Évangile, aucun ne représente les scènes de la passion. Tout au plus conduit-on la vie du Sauveur jusqu'à sa comparution devant Pilate et, même alors, l'y voit-on presque toujours couvert du pallium signe du commandement. Quoique dans un temps si voisin des martyrs (et il en avait été de même au temps des persécutions) on ne voulait pas représenter le Fils de l'homme au milieu de ses souffrances physiques. Cette omission, évidemment volontaire, suppose une conception de l'art et de la religion qui fait naître de nombreuses réflexions et qui est, en tout cas, fort différente de celle du moyen âge. On ne connaît guère qu'une exception. Un sarcophage du musée de Latran rappelle le crucifiement, et le couronnement d'épines ; mais la croix est portée par le Cyrénéen, mais c'est une couronne de fleur que le soldat place sur la tête du Christ.

Remarquons enfin, comme dernière considération générale, la grande ressemblance des sarcophages d'Arles et de ceux de Rome. « Il y a presque identité dit Le Blant. Tandis que dans d'autres villes de la Gaule à Bordeaux, à Toulouse, ou même dans les cités italiennes les tombeaux sont de formes variées S à Arles et à Rome ils ressemblent tous à des auges allongées à bords droits avec un couvercle généralement taillé en toit de maison. » Quant aux figures sculptées aux quatre extrémités du couvercle, elles représentent à Rome les têtes de saint Pierre et de saint Paul patrons de la ville éternelle ; à Arles, c'est le plus souvent une tête juvénile dans laquelle Le Blant voit, après de Rossi, la figure de saint Genès martyr particulièrement vénéré à Arles,

Parmi les tombeaux les plus connus du musée d'Arles, on doit placer les deux sarcophages reproduits page 97 ^ Celui du bas est presque intact.

' Par exemple, formes évasées, la base étant plus étroite que l'ouverture, couvercle bombé en arc de cercle, etc.

■^ Plan, chapelle III, n'' 7 et 8. — Si le lecteur veut bien prendre la peine de suivre

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