‹ Nîmes, Arles, Saint-RémyChapitre 3 sur 12 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Une seconde édition nous permet, plus tôt que nous ne lespérions, d'apporter à ce volume un certain nombre de corrections et de tenir compte de découvertes faites encore tout récemment sur un sol qui ne cesse de fournir des documents à l'archéologie, à l'art et à l'histoire. M. Véran, architecte des monuments historiques pour la ville d'Arles, nous a très aimablement dirigé à travers les chantiers des fouilles qu'il poursuit avec sa science et sa conscience accoutumées. Qu'il reçoive ici l'expression de notre gratitude. Nous devons renouveler aussi nos remerciements à M. Lacaze-Duthiers, dont le zèle amical n'a cessé de mettre à notre disposition, avec une générosité parfaite, sa profonde connaissance des antiquités arlésiennes.

Novembre 1904.

Dans cette troisième édition, nous avons dû modifier encore sur plus d'un ])oint notre volume Car. sans parler des corrections qu'amène naturellement la révision d'un texte, la recrudescence d'intérêt qui semble depuis quelques années s'attacher aux antiquités romaines du Sud- Est de la France, aussi bien auprès du public qu'auprès des savants, a provoqué des fouilles et des publications dont il fallait tenir compte. Il a même été question d'établir, à Arles, une sorte d'institut archéologique qui compléterait sur notre sol nos écoles françaises du Palais Farnèse et de la Villa iMédicis. Le projet n'a pas abouti ; mais il montre qu'on apprécie aujourd'hui à sa valeur ce qu'a produit l'union féconde de la Gaule et de Rome. Aussi bien, si nous l'oubliions, les travaux de M. Ferreiro nous montrent c[ue les étrangers seraient là pour nous le rappeler.

Septembre 1909.

l'Iiolo Ur-rali

Nimes. — Esplanade, Arènes, Fontaine Je Pradier, Palais de Justice.

Un illustre gc'oloijuc; siynalail, vers le début du dernier siècle, le caractère éminemment social ou sociable du sol français qui, graduellement, en se ra]i]ir()rhant de la iroiitière, semble amioiiccr le ])a\s nouveau auquel il va se joindre. La remar(|iie <ri'.lie de lieaumoiit est vraie aussi de ce que le travail de l'homme a ajouté à la nature

Quelle admirable préface à l'Italit; antique (|ue nos nionuineiUs romains de la réjfion du Klicnie! .\otis ne croyons pas ((tic. Kdiiie exceptée, l'Italie elle-même ]>n''scnte un enscinblc jiarcil a ( cltii (|ue nous offrent Xiiucs. Arles, Orange, Saint-Rémy. sans parler de \ieiinc. l-Véjus, Rie/., \aison et d'autres régions moins (■(•lèbres oi'i revivent encore, dans de ])récieuses ruines, la puissanc-e et la gloire du ijctiple i oiupiérant et civilisateur.

Alexandre Dumas a dit avec raison, dans ses Iinprcssioiis de voyage: «Le Midi ^de la France) est déjà si beau, si grand et si romain que Rome parait moins grande et moins belle à qui a vu le .Midi. »

Aucun temple gréco-romain ne l'emporte sur la Maison Carrée ; les arènes d'Arles ou de Xîmes sont mieux conservées que le Colisée. Quant au Pont du Gard, c'est une œuvre unique au monde.

Si nous ajoutons (et le Pont du Gard le prouve particulièrement > que ces merveilles monumentales nous apparaissent sous un ciel éclatant, au milieu d'une nature pittoresque, variée, jamais banale, nous pourrons affirmer que peu de pays méritent plus d'être explorés, qu il s'agisse d art ou de pa3-sages, que notre Provence. On pourrait, il est vrai, en dire autant de la France tout entière. 8'agit-il même des seuls mcjnuments romains ? des vestiges s'en retrouvent partout sur notre .sol, des Aljjes aux Pyrénées, de la Méditerranée à l'Atlantique. Ce qui subsiste de ces édifices atteste, mieux que tout autre document, ce que fut la prospérité de la Gaule sous IFmpire. et ils nous en donnent une grande idée. « N'oublions pas. dit 31. G. Boissier, cju'en général ils ont été construits aux frais des villes qui les possèdent, sans c^ue l'Etat ait participé à la dépense : ce qui prouve combien la fortune des municipes était alors considérable Jamais, je crois, ce pays-ci n'a été plus riche, ni mieux administré. »

Mais, nulle part la vérité de cette appréciation n'est plus sensible C[ue dans la région du bas Rhône, et il ne faut pas s'en étonner. Elle fut la partie de la Gaule la plus anciennement conquise <Aqiur Srxf/cV. Aix, était fondée en 122 av. J.-C.) et elle s'assimila la civilisation des vainqueurs avec une rapidité vraiment extraordinaire, jjuisque dès le temps d'Auguste, des Gaulois d'origine comptaient parmi les écrivains latins les plus estimés '.

Encore de notre temps, malgré tout ce C[ui est resté debout, malgré tout ce t|ui a été découvert ou détruit, malgré les colonnes et les pierres taillées qui ont été transportées au loin', il n'est pas d'années où l'on ne rencontre, dans ce sol si fouillé, des mosa'iques, des sculpt res ou des débris d'anciens édifices. Aussi, ne saurait-on trop féliciter la munici-

* Dominitius Afer, le maitre de Quintilien, était né à Ximes en 16 a-^ant J.-C. — Xiraes avant reçu sous Auguste une colonie, prit le nom de Coloniii Augiista Nemciusiis. Toutes les colonies romaines devaient se rattacher à une des anciennes tribus de la ville de Rome. Nîmes comptait dans la tribu Vol tin ia.

- Comme cela eut lieu au début du ix'= siècle lors de la construction du monastère de Saint-Guilhemdu-Désert dans les gorges de l'Hérault.

palité de Nîmes d"a\oir pris soin, par une clause du traité passé avec les entrepreneurs des nouv^elles rues, de réserver à la ville la propriété de tous les objets d'art ou d'intérêt historique trouvés pendant les travaux.

Peu de cités se présentent au voyageur sous un aspect plus grandiose que Nîmes lorsque, du haut du viaduc où arrivent les trains, on aperçoit ses vastes avenues bien ombragées, encadrées de constructions régulières,

ililiAiiiirri^

riiolu Ijâl'iilLeiut.

Arènes. \'ue sur le grand axe.

et, à l'horizon, les collines aux lignes nobles sur lesquelles se dresse la silhouette énigmatique de la Tour Magne. Il semble que Daudet ait pensé à cet aspect de Nîmes, lorsque parlant dans son Niiina Roiiinestan de la ville d'Aps, nom choisi par lui pour détourner les apiilications trop précises, il nous la montre groupant ses monuments au pied de la vieille tour des Antonins, comme un troupeau de bœufs se groupe en j)leine campagne autour du plus vieux taureau pour faire tète au vent '

' Aps n'est pas un nom inventé; c'est une petite ville de l'Ardèche. C'est même une ancienne ville romaine, Alha Aiigiista, capitale des Helvii; mais elle ne contient plus que des vestiges antiques peu importants.

Un magnifique boulevard conduit de la gare à l'Esplanade, où s'élève la fontaine monumentale de Pradier. Nous y reviendrons. Mais on a hâte d'arriver aux monuments romains, et bientôt apparaît la courbe des Arènes. De tous les amphithéâtres romains, c'est celui ciui a le moins souffert du temps et des hommes. C'est aussi l'un des plus vastes : il pouvait contenir près de 23.000 spectateurs. Cela suffit à attester quel était alors l'état florissant de la ville. Strabon,qui vivait au temps d'Auguste, notis ditc[ue.

Arènes. Vue sur le petit axe.

si elle était inférieure à Narbonne pour l'importance commerciale et le mouvement des étrangers, elle rem])orlait au point de vue politique et par la haute société qui s'y trouvait. Elle commandait à ([uatre-vinglciuatre bourgs (|ui lui pavaient tribut \'illr de noblesse et de grande bourgeoisie, Ximes jouissait (ki droit hilin. et ceux île ses lialiilaiils qui avaient exercé les magistratures municipales importantes obtenaient le droit de cité romaine et devenaient des personnages. -Si Ximes était déjà une cité brillante au début de l'ère chrétienne, sa prospérité et son éclat ne |)ou\;iiciU iiiiiiKincr de graïKbr au siècle suixant. au temps des .\ntonins. lors(|uc se di'\-clop]iail p.irtoul hi \ii' prn\iiiciale ; d aul.inl j) lu s que

l'empereur qui a donné son nom à la dynastie était, par sa famille, originaire de Ximes. Aussi est-il juste d'attribuer aux Antonins la construction des Arènes, et le style de l'architecture, qui indique la première moitié du Il'siècleaprèsJ.-C confirme cette attribution. Ces arènes ont subi bien des vicissitudes. Les Wisigoths, maîtres du pays 1472), y construisirent une forteresse. Elle servit depuis aux Sarrasins. Aussi, Charles-Martel, après les en avoir expulsés, y mit-il le feu ; mais les grandes masses de la maçonnerie

FiJOtci Bernlieim.

Arènes. Intérieur.

furent à peine atteintes. La citadelle fut réparée par les comtes de Nîmes, et il y eut, pour la garder, des « chevaliers des arènes ». Durant le moyen âge, tout un quartier de la ville, une sorte de bourg distinct s'y était constitué. Une population de deux mille âmes s'était logée, soit directement dans les galeries et sous les arcades, élevant des murs de séparation et bouchant une partie des ouvertures avec les débris des pierres voisines, soit dans de véritables maisons appuyées sur les gradins comme sur des terrasses découpées au flanc d'une colline. L'église de la paroisse, Saint-Martin-des-Arènes. avait été aménagée dans une partie de la galerie du ])remier étage où son emplacement est encore signalé par

des cloisons fermant deux de ses arcades et percées de fenêtres romanes. C'est avec raison que, malgré tous les efforts qui ont été faits pour rendre aux arènes leur aspect romain, la C(.Hnmission des Monuments historiques a réservé ce souvenir du XI" siècle.

L'amphithéâtre de Ximes a. comme tous les amphithéâtres connus, la forme elliptique. Le grand axe.

orienté du nord-ouest au sud-est, a 133"', 3^.

le petit axe 104", 40:

le périmètre 364"\82 L'extérieur, haut de 21"', II, est divisé en deux étages, composés chacun de 60 arcades.

Les arcades de l'étage inférieur sont séparées par des pilastres toscans de o^.ôo de face, celles de l'étage supérieur ])ar des colonnes doriques engagées.

L'attique du sommet porte 1 20 consoles saillantes percées de trous ronds où s'engageaient les mâts destinés à porter le vclariu m ; ellt's sont placées à égale dislance, deux ]iar

deux. Le grand diamètre intérieur de l'arène proprement dite mesure 69'", 14, le petit 3<S"',34. On ])eut s'étonner que nous ne trouvions que des nombres fractionnaires. Cela tient à notre système de mensuration : car tous CCS chiffres corres])on(hMil à un nnmlirc exact de jjieds romains, saut le périmètre (1.230 jncds romains. 10 jiouces).

Lorsque, à partir de iSoii, on a d(''l)la\é ]'inl(''ricur de l'éditice. on a

Ariiies. Galerie du rez-Je-cliaussée.

reconnu que les constructions parasites n'avaient pas fait tout le mal qu'on aurait pu craindre. On a retrouvé, par grandes parties et jusque dans le détail, tous les éléments qui composaient un amphithéâtre antique. D'abord, autour de l'arène, le podiiiin. plate-forme assez élevée entourée d'un mur pour mettre les spectateurs des premiers rangs à l'abri des risques des combats de bètes féroces ou du coup mal dirigé d'un gladiateur. Le mur du poc/i/iin deXîmes avait 2'". 40 de haut : il était uni et lisse pour que l'ongle des animaux, qui voudraient en tenter l'escalade, ne pût qu'y glisser'. Au-dessus du podium se développaient trente-quatre rangs de gradins divisés en quatre zones. La première zone, appelée aussi podùiiii entre le mur fermant l'arène et un autre mur de i"\66cle hauti, ne comprenait, quoiqu'elle fut de plus petit ra\on, que cj^uatre gradins. « Elle était, dit ^L 1 Ii])p Bazin, divisée en un certain nombre de loges par des cloisons dont on voit encore les points d'attache, hepodl/nii comprenait les places d'honneur. A Nîmes, non seulement les magistrats et les principaux sénateurs y avaient leurs sièges réservés, mais aussi les corporations importantes de la cité ou des régions voisines dont les noms étaient inscrits sur la moulure couronnant cette première enceinte. » Des fragments de cette moulure ont été conservés. On lit sur l'un d'entre eux :

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