Bibliothèque impériale, collection des estampes
haut de vingt marches au moins, conduisait à l’entrée principale du château placé au premier étage; cette galerie tournait du côté des jardins suspendus sur les flancs de la colline et descendaient en espaliers vers la Seine 1 2 ; l’architecte Florentin Fiatenelli , appelé par Marie de Médicis, avait construit la plate-forme de chacun des jardins avec des grottes tapissées de verdure et coupées en charmille ; il y avait planté des treilles luxuriantes, rafraîchies par des jets d’eau tombant en cascades bruyantes, grottes mystérieuses si favorables aux amours : de petites tables servaient au repas du soir, dans les chaleurs d’été , ou bien aux parties de lansquenet entre mousquetaires, chevau-légers du roi.
Dans ces grottes se donnaient les rendez-vous de charmante galanterie ; plus d’un page hardi escaladait les espaliers pour visiter furtivement les combles du château réservés aux filles d'honneur de la reine*.
Louis XIII préférait Saint-Germain à toutes les résidences, parce que le roi y était libre de ses exercices et de son repos ; chaque après-dîner,
1. Le château de Saint-Germain, de Henri IV, a été démoli; il ne reste plus que l’ancien, qui date de Charles Vil.
2. Comparez mes deux volumes sur Marie de Médicia , Anne d’Autriche.
il descendait dans le salon de la reine mère (avant qu’elle n’eût subi l’exil), et après cette disgrâce, il venait dans les galeries où la reine Anne d’Autriche , entourée de ses filles d’hon- # neur, faisait ce qu’on appelait la conversation espagnole, doux échange de riens galants et mystérieux, de chansons mauresques ou des ghilanos, au son de la mandoline ou de la guitare. Triste, sévère et souvent maladif, le roi trouvait là ses distractions ; on étudiait son regard , ses émotions; on avait remarqué sa chaste galanterie pour Mlle d’Hautefort, un peu fière de l’honneur que lui faisait Sa Majesté. La liaison du roi avec la duchesse de Luynes avait cessé à la mort du connétable : la duchesse de l’illustre race de Rohan-Montbazon, mariée en secondes noces au duc de Chevreuse de la maison de Lorraine, s’était rapprochée de la reine dans un commun dépit; elle avait communiqué à Anne d’Autriche quelque chose de son caractère actif, remuant ; ennemie du cardinal de Richelieu, elle cherchait à lutter contre la domination de l’Éminence. La duchesse ne fut pas sans remarquer et suivre les regards du roi qui se tournaient mélancoliquement vers une des jeunes filles d’honneur de la reine et lui adressait souvent la parole d’une façon timide et embarrassée ; le roi
prenait mille prétextes pour venir chez la reine et chaque fois il essayait quelques doux compliments et des entretiens secrets avec cette jeune fille qui répondait au nom de Louise de la Fayette.
MADEMOISELLE DE LA FAYETTE.- LE CARDINAL DE RICHELIEU LE GRAND ÉCUYER CINQ-MARS
MADEMOISELLE DE LA FAYETTE. — LE CARDINAL DE RICHELIEU. — LE GRAND ÉCUYER CINQ-MARS.
A cette époque, il courut un bruit de cour qui lit grandement causer la place Royale. Le roi Louis XIII était enfin très-amoureux, et d’une noble demoiselle du Marais : Louise Motier de la Fayette appartenait à une famille antique de la province d’Auvergne, illustre déjà sous Charles VII ; elle comptait, parmi ses ancêtres, Gilbert Motier de la Fayette *, élevé par le duc de Bourbon au titre de sénéchal du Bourbonnais, et qui avait fait, avec le duc de Nemours, toutes les
1. Né à la fin du quatorzième siècle. Les généalogistes contestent au célèbre général la Fayette sa descendance du la Fayette héraldique.
campagnes d’Italie*. Le dauphin (Charles VII) l’avait nommé son lieutenant général en Languedoc et en Guyenne, et bailly.de Rouen au temps de ses malheurs à Bourges. La guerre contre les Anglais achevée, Gilbert Motier de la Fayette avait été créé maréchal de France*; il tenait son bâton fleurdelisé à côté de Charles VII lors du sacre à Reims *. Négociateur du traité d’Arras après l’expulsion des Anglais, il mourut dans son antique manoir d’Auvergne.
C’est de cette famille d’hommes d’armes que descendait Louise de la Fayette, entrée à seize ans comme fille d’honneur de la reine Anne d’Autriche; ses rares portraits la représentent d’une beauté douce et enfantine : la figure demiovale, un peu large, les yeux languissants, les cils très-arqués, le nez d’une grande perfection, la bouche mignonne et souriante de bonté ; ses cheveux, bouclés à la mode d’Anhe d’Autriche, étaient soutenus par un simple réseau attaché sur le front ; son cou, orné d’un collier de perles, s’élevait pur et blanc sur des épaules effacées: une guimpe transparente laissait entrevoir
1. Il s’était surtout distingué avec Lautrec dans la défense de Bologne contre les Vénitiens.