‹ Ninon de Lenclos et les précieuses de la place RoyaleChapitre 28 sur 48 · On a beaucoup écrit sur l’hôtel île Rambouillet et le bel · texte numérisé non relu

On a beaucoup écrit sur l’hôtel île Rambouillet et le bel

esprit d'alors. MM. de Monmerqué et de Walckenaer sont les deux érudits qu’il faut toujours consulter de cette époque, en

se méfiant un peu de leurs petites médisances.

aimée de la reine Marie de Médicis : avide d’instruction, Mme de Rambouillet av, it appris le latin pour lire Virgile, et l’espagnol pour réciter les poésies castillanes à la reine Anne d’Autriche; elle dessinait à merveille; improvisatrice distinguée, pleine de goût dans les arts, elle aimait à surprendre ses nombreux amis par la nouveauté de ses constructions d’architecture, de ses ameublements délicieux qui comme des décors de théâtre s’animaient dans ses représentations mythologiques; de jeunes nymphes sorties tout à coup des bosquets au milieu des fleurs et des fontaines, tressaient des couronnes pour les charmantes précieuses ; chez la marquise de Rambouillet se réunissaient les beaux esprits : Conrad, Voiture, Patru, Rois-Robert et Maugras, la plupart changeaient leurs noms de famille contre les fantastiques surnoms des beaux romans de Mlle de Scudéry, sonores et poétiques; les femmes aussi, dédaignant les réalités de la vie, s’épanouissaient dans les fictions ; Mme de Rambouillet s’appelait Artliémise, et Chapelain lui adressait ce madrigal :

Son vaste cœur en ces bas lieux

Pour remplir son ardeur ne voit rien d’assez ample,

Et son esprit prodigieux

Est l’exemple public; mais qui n’a point d’exemple

De douce majesté, son esprit est vêtu,

Et qui la détruirait, il détruirait le temple De l’honneur et de la vertu.

La ravissante fille de la marquise de Rambouillet, du nom de Julie-Lucine d’Angennes, brillait parmi les nymphes de cet olympe de galanterie : elle fut la Muse invoquée par Voiture; éprise du beau langage, elle ne pouvait souffrir une faute , une grossièreté dans la conversation ordinaire. Pour Julie d’Angennes , on tressa la fameuse guirlande de fleurs animées *, recueillie par le duc de Montausier, qui devint son heureux époux. Chaque fleur adressait un compliment à Julie ; Zéphir répandait des bouquets sur les chiffres multipliés de la châtelaine. Le marquis de Rambouillet, son père, fit même son petit madrigal, un peu alambiqué, sur l’hyacinthe qu’il avait choisie pour sa fleur animée, en l’offrant à Julie. L’hyacinthe s’exprimait par une fine allusion à sa triste fin :

Je n’ai plus de regrets à ces armes fameuses Dont l’injuste refus précipita mon sort.

Si je n’ai possédé la marque glorieuse,

Qu’un destin plus heureux m’accompagne à la mort,

1. La Guirlande de Julie, pour Mlle de Rambouillet , Julied’Angennes. L’exemplaire original écrit à la plume par Jarry, le célèbre calligraphe du roi, fut acheté à une vente, par un libraire anglais, 14 510 francs.

Et que le sang d’une illustre folie A fait naître une fleur qui couronne Julie.

À côté de cette belle et ravissante Julie, la déesse animée de l’hôtel Rambouillet, s’asseyait très-souvent Mlle Paulet, cette blonde aux cheveux ardents dont nous avons parlé, belle Languedocienne, vive, spirituelle. Son portrait la représente avec de grands yeux , des cils trèsmarqués, l’allure un peu masculine, coiffée d’un bonnet de dentelles dont les brides tombaient sur ses épaules larges et sa taille cambrée Excellente musicienne, d’une voix ravissante, elle dansait en s’accompagnant.

Qui fit la musique de ce ballet?

Ce fut la petite Paulet.

Les ballets mythologiques, alors en vogue, représentaient la mer, les nymphes amphitrites, qui, chacune, récitait des vers. Mlle Paulet, sous le nom d’Arthénise, vêtue en amazone , la première dans toutes les fêtes, ne se fatiguait jamais ; son courage et sa chevelure fauve dorée la faisait appeler la Lionne : à ses pieds soupiraient d’amour les plus beaux gentilshommes.

1. Ce portrait est celui que nous a donné M. de Monmerqué. Un des administrateurs du département au 10 août, devenu comte, a occupé ses loisirs à écrire l’histoire de la société polie de l’hôtel Rambouillet.

Cette société polie prépara la génération spirituelle du dix-huitième siècle. On lui doit l’honneur des gentilshommes, un des beaux fleurons de notre couronne nationale. C’est de l’hôtel Rambouillet que sortirent mille expressions polies, élégantes, qui tirent de la langue française un bel écrin de brillantes images. C’est là que se formèrent Mme de Sévigné , Bussy-Rabutin, Saint-Évremont , école qui se résume plus tard dans Haniilton et Voltaire.

LE MARAIS

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