On peut en lire le récit dans un livre fort rare, sous ce
frisures en boucles disséminées, et au-dessus des rouleaux de cheveux entrelacés de rubans ; à son cou brillait un long collier de grosses perles mates ; sa robe montante était semée de pierreries de formes ovales, carrées, rubis, diamants ; Mme la Princesse conservait les coques et les bouffantes de Marguerite de Valois, parure parfaitement adaptée à son air mutin et enfant. La princesse de Gonti entourait l’ovale si parfait de sa physionomie d’un fouillis de cheveux retenus par un réseau d’or ; à ses oreilles scintillaient des boucles longues en brillants, et à son cou un collier de perles où pendait la colombe du Saint-Esprit en émeraude ; sa. robe était simple, toute serrée de taille avec des torsades et des fermoirs en rubis 1 .
Les belles promeneuses de la place Royale demeuraient dans les nouveaux hôtels, sous les arcades ou dans le voisinage aux rues des Tournelles, des Beaux-Treillis, de la Cerisaie, des •Lions-Saint-Paul jusqu’au Temple et surtout dans la large rue Saint -Antoine qui prenait à l’église Saint-Gervais, antique paroisse des cor-
titre : Y Enlèvement innocent ou la retraite clandestine de Monseigneur le Prince. 1600-1610.
I. M. de Monmerqué a publié ces portraits dans sa dernière édition de Tallemant des Réaux. La collection des émaux de Petitot en contient un certain nombre.
porations : fourbisseurs d’armes, tréfileurs d’or; comme Saint-Eustache était celle des drapiers, bouchers; elle se déployait jusqu’à Saint-Paul, que la tombe des mignons de Henri III avait rendue célèbre. A côté était le couvent des Célestins, d’un aspect fort gai, car les religieux étaient jardiniers fleuristes, comme les moines de Saint-Bruno étaient défricheurs de terre. Un peu plus loin était le couvent des filles Sainte- Marie, lieu de retraite pour les dames de la place Royale dans le carême et les jours de prières. Enlin l’Arsenal et les fossés de la Bastille toujours verts, sans aucun des aspects sombres et tristes des prisons modernes. Du bout de la rue des Tournelles on apercevait la première courtine à travers une longue allée de marronniers ombrageant une riante prairie. La Bastille différait peu des demeures royales au quatorzième siècle : Vincennes, le Louvre, les Tournelles; large cour, vastes portes et jardins étendus. (Les tristesses de la Bastille sont une des légendes du dix-huitième siècle.) La perle de la rue Saint- Antoine, c’était l’hôtel Lesdiguières, célèbre par son splendide mobilier. Un contemporain en parle ainsi : « Une salle de cette habitation plus que royale était garnie de tentures à fond d’or, ouvragées d’arabesques en perles de nacre et de
corail. La plupart des meubles étaient en argent massif et.magnifiquement ciselés des plus hautsreliefs surdorés. Vous dirais-je, ici les précieux tableaux et les riches tentures, les vases et les girandoles en cristal de roche, et la quantité des meubles, les anciens bronzes, les marbres rares et les bijoux inestimables, la profusion des joyaux, autant vaudrait copier l’ancien Mémorial du Louvre ou le catalogue de la Sagristica Vaticana 1 . »
Au delà des murs se prolongeait le faubourg Saint-Antoine, peuplé des premières colonies d’ouvriers allemands, habiles travailleurs sur bois et ébène (ébénistes), presque tous nés sur les bords du Rhin, Strasbourg, Cologne, Nuremberg, la ville des joujoux et poupées, des chefs-d’œuvre de tabletterie et tonnellerie; les colonies allemandes aimaient de prédilection le village de Reuilly, tout plein de jardins potagers. Naguère un petit bois, Charenton, avait été défriché par les religieux minimes qui possédaient de merveilleuses méthodes d’agriculture. Au village de Reuilly l’on voyait déjà s’élever et grandir ce qu’on appelait la Folie Rambouillet.
1. L’hôtel Lesdiguières a laissé son nom à toute une rue; il n’en reste pas de débris. La famille du connétable est éteinte. L’hôtel Sully est presque conservé.
Les Rambouillet étaient parmi les financiers enrichis sous Marie de Médicis ; Henri IV leur avait affermé la perception des aides et tailles. Cette fortune acquise, ils la dépensaient avec élégance : Rambouillet était l’ami, le protecteur des poètes, des artistes, des femmes à la mode, comme le fut ensuite Fouquet. Le pèlerin des antiquités parisiennes peut retrouver des traces des jardins de Rambouillet; un terrain triste et vague retient le nom de cour du château ; une porte en fer travaillé est le seul débris du riche hôtel du financier; quatre élégants pavillons donnaient sur le faubourg Saint- Antoine, le village de Reuilly, la campagne de Charenton et la plaine de Bercy; de vertes pelouses couvertes d’arbres à fleurs, reliaient ces quatre pavillons par des allées artistement ornées. Du côté de Bercy, la pelouse s’élevait graduellement sur une belle terrasse jusqu’à la rivière. Dans ce ravissant asile, Rambouillet recevait toute la société de la place Royale et du Marais : poètes, magistrats et gentilshommes d’épée. Les deux faubourgs Saint-Antoine et Saint-Marceau étaient alors les quartiers aimés de la finance ; les banquiers logeaient presque tous aux bords charmants de la Bièvre; presque tous Italiens d’origine, ils faisaient bâtir des villas $u voisinage de
la Bièvre, dont l’eau était favorable à la tannerie des cuirs. Cette campagne du midi de Paris avait les préférences de Marie de Médicis, qui fit construire l’aqueduc d’Arcueil. Les Romains, grands appréciateurs des doux aspects et des tièdes émanations, avaient habité le côté méridional de la vieille Lutèce, depuis les Thermes de Julien ; les financiers, d’origine italienne, s’étaient aussi abrités au midi ; Zamet au Marais ; Porticelli au faubourg Saint-Marceau, et la rue où était son hôtel s’appelle encore aujourd’hui la rue du Banquier.
L’île Saint-Louis devait servir de lien entre le Marais et le village Saint-Marceau ; "dans le plan dressé en 1607 l’île Saint-Louis n’est pas bâtie encore : une ou deux maisons isolées aux extrémités de l’île forment contraste avec le quartier Notre-Dame, si peuplé, et le Marais, où s’épanouissaient l’esprit et les bonnes manières; les fêtes, les carrousels se donnaient place Royale. Sur cette place, en 1614 *, furent représentés les quadrilles de YArioste : Rolland, Rodomont, Renaud de Montauban, -parsemés de danses sauvages des Indiens, figurés par les plus élégants seigneurs de la cour, Bellegarde, Montbazon,
1. Les gravures de ce carrousel existent encore dans la grande collection de la Bibliothèque impériale. 1622.
d’Uzez, Bussy-Rabutin, tous richement vêtus de costumes étranges, couverts de plumes rouges, bleues, flottant au vent : de vastes chars traînés par des monstres fabuleux , apparaissaient au milieu des carrousels, et les personnages mythologiques venaient dire les hauts faits d’armes et les prouesses amoureuses du roi Louis XIII, le véritable prince des gentilshommes.