‹ Ninon de Lenclos et les précieuses de la place RoyaleChapitre 33 sur 48 · avril · texte numérisé non relu

avril

alors enthousiaste du prince de Condé, qu’elle comparait à Alexandre. Après la première paix, quand Condé fut mis à Vincennes 1 , Mlle de Scudéry pleura de douleur; pendant sa prison, le prince avait cultivé les fleurs, arrosé de beaux œillets d’une saveur admirable, et la noble demoiselle, dans un pèlerinage au jardin qu’aimait tant le jeune héros, improvisa ces vers d’une touche délicieusement mythologique :

En voyant ces œillets qu’un illustre guerrier Arrosa de sa main qui gagnait les batailles,

Sou viens-toi qu’Apollon a bâti des murailles Et ne t’étonne pas de voir Mars jardinier.

Mlle de Scudéry comparait le prince de Condé à Cyrus et à l’Alexandre de ses populaires romans; on lui pardonnait beaucoup parce qu’elle était sincère et loyale et que l’honneur pour elle était un culte.

Les événements marchaient dans les idées de la Fronde ; la joie fut immense à la place Royale, lors de l’exil de Mazarin accordé par la reine ; les principaux pamphlétaires : Joly, Patru, Sarrazin, Caumartin, Portail, se mirent à l’œuvre contre le proscrit avec un triste acharnement; malheur aux vaincus ! On ne peut dire à quels

Page 1