‹ Ninon de Lenclos et les précieuses de la place RoyaleChapitre 34 sur 48 · Après l’exil et la captivité du prince de Condé · texte numérisé non relu

Après l’exil et la captivité du prince de Condé

excès de langue et de plume se livrèrent les écrivains frondeurs dans les courtes saturnales de leur triomphe parlementaire; les frondeurs voulaient rendre le retour du cardinal impossible, et le meilleur moyen était de le flétrir devant le peuple et de rendre son nom exécrable ! A leurs yeux, Mazarin méritait tous les supplices.

L’empalement des Turcs, les tenailles de feu;

Mourir de faim, de soif, de rage, c’est trop peu ;

Les croix, les chevalets, Thuile, la poLx, la résine, Lentement découlez par le feu sur son dos,

Brûlants jusques au vif la moüelle des os,

Ou tout escorché par le ventre et l’eschine *.

Ainsi sont les partis dans leur colère contre ceux qu’ils redoutent. Il y eut alors un certain courage à défendre Mazarin que l’opinion follement irritée condamnait à tous les supplices ; un seul journaliste, plein de fermeté et de résolution, osa s’imposer la tâche périlleuse d’attaquer la Fronde. Il s’était bien gardé de prendre logis au Marais, à la place Royale, capitale des malcontents; médecin de profession, il s’appelait

1. Collection de Mazarinades. La plus ardente de ces satires fut le Carême de Mazarin.

Ribaut, rodomont, renégat,

Meschant, enfin, par toute lettre !

Infâme, impertinent, ingrat,

Tigre, testu, tyran infâme et traistre.

Renaudot, fondateur d’un petit journal d’anecdotes (depuis la Gazette de France ). Du château de Saint-Germain, où il s’était réfugié, Renaudot lançait les épigrammes contre la place Royale et les chefs du mouvement qui la dirigeaient.

Monsieur d’Elbœuf et ses enfants Font rage à la place Royale ;

Mais sitôt qu’il faut battre aux champs,

Ils quittent leur humeur martiale.

Au sein de Paris même un gardeur de notes, poète à la manière de Scarron, indiquait jour par jour les événements curieux; maître Lorret écrivait en vers, ou, pour parler plus exactement, en prose rimée, raillant avec esprit les bons bourgeois qui espéraient tous les bonheurs possibles par l’exil de Mazarin : « Les alouettes, assurément, allaient leur tomber toutes rôties.

Le cardinal, lundy, la nuit,

Fit sa retraite à petit bruit :

Il sortit par l’huy (la porte) de derrière.

Le lendemain en toute place Bourgeois, mestiers et populace, Montroient par des riz redoublez L’aize dont ils étoient comblés :

Car, en moins de rien, la nouvelle Fut par Paris universelle ;

Et l’on remarquoit maint courtaut Qui tournoit le visage en haut,

Croyant qu’après cette sortie L’alouëte toute rôtie,

Sans rien faire et sortir d’illec,

Lui tomberoit dedans le bec

L’exil de Mazarin eut ce résultat de diviser le Marais : si les exaltés gardaient les projets secrets de bouleverser l’État, les modérés, les fatigués, se rattachaient à la reine Anne d’Autriche, et Scarron, toujours fort besogneux à travers ses turpitudes frondeuses, sollicita le titre de malade de la leine. En révolution il ne faut pas toujours croire à l’incorruptibilité de ceux qui parlent le plus haut; leur voix criarde ne demande souvent qu’une aumône, un pamphlet à la main, comme les mendiants espagnols qui sollicitent la charité le mousquet au poing.

1. Gazette en vers de Lorret, samedi 11 février 1651, une des collections les plus précieuses, à mon sens, pour écrire l’histoire contemporaine.

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