‹ Ninon de Lenclos et les précieuses de la place RoyaleChapitre 7 sur 48 · LES PREMIÈRES AMOURS DU ROI LOUIS XIII · texte numérisé non relu

LES PREMIÈRES AMOURS DU ROI LOUIS XIII

Si l’on accepte comme la vérité le témoignage d’Érouard, le médecin attaché à la personne des enfants de Henri IV, le dauphin, depuis Louis XIII, avait, dès ses premières années , les pensées ardentes, un tempérament de feu * qu’il fallait contenir et réprimer ; le sang du Béarnais ruisselait en lui à pleine veine ; l’éducation religieuse, les craintes qu’elle inspirait au jeune prince purent seules enchaîner ses passions impétueuses. Il en résulta ce contraste qu’on peut incessamment remarquer dans le roi Louis XIII au front sévère, au teint maladif, l’impression

1. I.e journal du médecin Êrouard en original dans les manuscrits. (Bibliothèque impériale.)

chaude et colorée que surexcitait chez lui la vue d’une femme belle, élégante et la chasteté pudique de sa vie.

Tallemant des Réaux raconte mille vilainies sur Louis XIII, éprisde quelques jeunes hommes de la cour *. La source de l’amitié, heureusement pour l’humanité, n’est pas toujours dans les actions honteuses; et si les compagnons de Louis XIII aimaient à se parfumer d’essence de rose, de jasmin ou d’oranger, c’était pour passer leur vie charmante parmi les filles d’honneur de la reine, et j’aurais honte de dire avec Tallemant des Réaux qu’entre eux « les beaux pages s’huilaient pour le combat » et que la faveur de Barradas, par exemple , un des meilleurs tireurs d’arquebuse, fut due à de tristes complaisances? Louis XIII cherchait le dévouement, la tendresse, autour de lui : trois de ces gentilshommes élevaient avec un art particulier les faucons et les émérillons*; les autres vaillamment le suivaient à la chasse tirant sans coup férir le cerf et le san-

1. Le succès des historiettes de Tallemant des Réaux est dû précisément à ces anecdotes scandaleuses. Tallemant est un vilain cœur qui n’eut jamais une pensée élevée. Aux temps modernes, on trouve encore des historiens de cette école. Voyez, dans Tallemant des Réaux, Historiette de Louis XIII.

*2. Les trois frères de Luynes.

glier, ou bien ils élevaient ces beaux lévriers de chasse qui suivaient le roi et venaient folâtrer jusque dans son lit; celui-ci jouait merveilleusement du luth, celui-là dessinait avec grâce, tous croisaient l’épée avec intrépidité et ces distractions expliquent seules les vives amitiés, les tendres soins, la faiblesse de Louis XIII pour ses jeunes amis. L’histoire honnête ne peut admettre d’autres causes.

Marie de Médicis, dans sa sollicitude de mère, avait marié de bonne heure le roi son fils avec l’infante d’Espagne, Anne d’Autriche, jeune fille de quinze ans, sérieuse, retenue par l’étiquette sous la domination des duègnes de l’Estramadure et de la Castille, venues avec elle et qui ne pouvaient beaucoup distraire le roi comme frappé de stupeur par l’assassinat de son père ’, funèbre souvenir de son enfance. Heureusement l’institution des filles d’honneur ( ninas del corie ) plaçait autour de la reine une charmante couronne de demoiselles avec les plus beaux noms de France : Hautefort, Montbazon, la Fayette, Mirepoix, Ventadour, Créquy, et l’amour dans une fille de haute naissance ou de douce éducation, flatte et

1. Une des causes de la tristesse et de la sévérité de Louis XIII, venait du souvenir de cet assassinat. La crainte était arrivée à ce point que le jeune roi ne se couchait jamais qu’avec des bougies allumées et en grande compagnie.

élève l’âme: jeunes espiègles toutes occupées de plaisirs et de distractions, elles devaient donner à la vie de cour un charme particulier. Durant les guerres civiles de la Ligue, Catherine de Médicis l’avait bien compris, quand elle avait créé ce bel escadron volant de filles d’honneur, l’ornement de ses ballets et de ses fêtes du Louvre. Cette coutume, Marie de Médicis l’avait acceptée; chacune des filles d’honneur avait son servant d'amour, son chevalier fidèle parmi les seigneurs, les mousquetaires et les chevau-légers qui portaient leur couleur dans les carrousels de la place Royale 1 . La reine mère servait même ces galanteries avec sa facilité italienne jusqu’au mariage, couronnement du roman des amours. On n’était pas gentilhomme accompli si l’on ne se dévouait corps et âme à une des filles d’honneur de la reine.

Les dépêches de l’ambassade d’Espagne à Paris, qui suivait pas à pas les rapports du jeune Louis XIII et de l’infante, signalentune première affection du roi pour la duchesse de Luynes *. L’ambassadeur qui avait vu avec déplaisir et inquiétude la chute du maréchal d’Àncre, expres-

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