‹ Ninon de Lenclos et sa cour Emile ColombeyChapitre 10 sur 33 · IA · texte numérisé non relu

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lettre d’invUâtictti : je vous en félicite, ou plutôt je m'en félicite. Mon anûtié pour vous y trouve son profit.

— Pourtant, objecta Charleval, hier vous paraissiez triompher de l’exception qui semblait vous favoriser.

— Je triomphais si peu que je vous offris, en dédoniinagement, d’embrasser Ninon à votre intention.

Si nous étions sages, repartit la Mesnardière d’un air goguenard. .

— Voulez-vous me chercher querelle ? Nous ne

sommes pas loin du Pré-aux-Clercs....vous n’avez qu’à parler. ’ ^

‘ — Merci! fit Charleval, en souriant. Il tire •l’épée’ comme Boutevifie et voudrait nous envoyer dîner aux enfers... pour le plus grand profit de son amitié. A d’autres ! nous voici à la porte de l’hôtel et nous aHon.V entrer, ne vous déplaise. J'ouvre le chemin : qui m’aime me suive !

D’Elbùne ferma la marche, riant (le la précipitation

de ce trio d’amoureux. Les femmes n’étaient, pour cet esprit foncièrement sceptique, qu’un passe-temps plus ou moins agréable : il ricanait partout et toujours, jusque dans leurs bras.

Il fredonnait, en montant, un couplet de 1^ chanson faite la veille par l’abbé Lafijernas contre^ la présidente Lescalopier, enfermée à la .requête de son mari et par

loc * MXON DR ^iE^’CLOS- ' ' -

arrêt du Couseil, dans un couvent du faubourg Saint-

Victor: - ’

' Ce fut entre deux et trois- . -

Qu’une voix

S’ouït près de Sainte -Croix : ' •

Au secours, on m’assassine,

On me fourre^., on me fourre aux Feuillantines. '

D’Aubijoux attendait seul et jouissait sournoisement

de la surprise de ses convives qui n’apercevaient que cinq couverts.

On se mit à table sans explication préalable.

Charleval, Brancas et la Mesnardière mangeaient du bout des dents; d’Elbène, libre de toutè*préoccupation, se signalait par un vigoureux appétit. Quant au comte, il faisait les honneurs du festin avec une grâce malicieuse : on eût dit que l’esprit lui était venu par le frottement.

Charleval ne put bientôt plus se contenir :

— D’Aubijoux, dit-il, vous êtes un charmant amphitryon ; mais, faut-il vous l’avouer ? nous espérions encore plus de vous...

Quoi donc ?

— Un sixième convive.

— Qui?

— Vous le savez bien.

— Je cherche vainement.

— D’Aubijoux, s’écria BrancaS se levant, la menace dans les yeux, qu’avez-vous fait de Ninon ?

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— Ce que j’ai fait de Ninon ï hélas ! comlej j’e* suis réduit, comme vous, à déplorer sa fuite.

— Trêve de plaisanteries ! répliqua la Mesnardière. Prétendez- vous garder- longtemps Ninon en charte privée ?

— C’est vous qui plaisantez...

— Je sais tout ! ajouta Brancas, renouvelant Je mot de la veille.

— Peuh ! fit d’Elbène, entre deux rasades, il ne sait pas seulemènt l’allemand !

— Voyons, dit d’Aubijoux, restez assis, Brancas, et causons sans nous trémousser.

— Et sérieusement, repartit Charleval.

— Je deTnande, répéta la Mesnardière, si monsieur le comte prétend...

— Je ne prétends rien, interrompit ce dcrnieiv sinon que vous satisfaire tous. L’invitation que vous avez reçue avait pour but de dîner d’abord, puis de nous concerter sur les moyens de retrouver celle que nous regrettons...

— Est-ce sérieux? dit Charleval ébranlé.

— Ninon ne serait pas ici ! s'écria Brancas.

— Mais, riposta la Mesnardière, d’Ablancourt vous a vu morïter avec elle en voiture, au sortir de la foire Saint-Germain...

— C’est vrai : elle vint même jusqu’à mon hôtel, curieuse d’en connaître la savante distribution. Cette fantaisie passée, je la reconduisis rue des Tournelles, et j’ignore ce qu’elle est devenue. Quand j’y retournai,

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ies.dotnestiques répondirent à mes questions ce qu'ils ont sans doute l’épondu'aux vôtres : « Mademoiselle est dans l’antre monde...» Eh bien !v j’ai résolu de l’y poursuivre... voulez- vous m’accompagner.?

— Avec volupté ! si nous emportons 1a cave, n»ar-; motta d’Elbène à moitié gris.

— Mais l’Amérique est grande, observa Charleval.

— Bah ! fit Brancas, nous nous la partagerons et, chacun de notre côté, nous battrons la campagne;

— 11 s’y connaît, ajouta d’Elbène en tendîflit son verre à un laquais.

— Ce sera difficile, mais non impossible, dit la Mesnardière.

V — Alors c’est convenu ? demanda d’Aubijoux.

— Parfaitement, repartit Charleval. Mais où noqs embarquerons-nous ?

— Au Havre - de-G mce , répondit l’amphiti’yon : j’y connais un fréteur de navires qui, j’en suis sûr, mettra un bon voilier à notre disposition.

— Va pour' le Havre-de-Grâce, riposta Brancas.

— Et à quand le départ ? dit la Mesnardière. ■

■ Il suffit d’un jour pour nous préparer, répliqua d’Aubijoux.'Nous pourrons en conséquence nous mettre en route après-demain. - • . • ^

— Est-ce que nous sommes déjà .sous les tropiques ?

bégaya d’Elbène. 11 fait une chaleur de tous les diables ! Bonuez donc de Pair à la cabine,! • ,

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