‹ Ninon de Lenclos et sa cour Emile ColombeyChapitre 17 sur 33 · NINON DE LE^ICLOS · texte numérisé non relu

NINON DE LE^ICLOS

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peut pas se séparer de son laquais. Restez là-faaut,

croyez-moi : vos jambes de feu y produisent le meilleur effet.

— Hum^ 'muiuiîura la Mesnadîére, je ne tenais à plaire qu’à Ninon.

On était arrivé devant l’Épée-Royale, et la voiture continuait son chemin. -

Les fenêtres de l’auberge étaient bourrées de têtes qui • toutes semblaient dire : ' .

— Sœur Anne, ne vois-tu rien venir?

Tous les yeux s’allumèrent d’étonnement quand le cahrosse passa outre.

— Où donc allons-nous? demanda la Mesnardière aussi ébahi que les hôtes de l’Épée-Royale.

— Nous allons au diable ! répondit Vassé.

— Hé! hé ! criait Charleval, courant tout essoiîfHé derrière la voiture, qu’il parvint à atteindre au moment où, gravissant un monticule, eHè ralentissait sa course.

La Mesnardière s’était retourné.

— Eh bien ! que devient Ninon? fit le poète.

— Elle a dit adieu au monde ; on le prétend du moins.

— C’est impossilile !

— Je suis de votre avis. - •

— Mais pourquoi donc vous saüvez-vbus ainsil

— Je ne me sauve pas : on m’emporte...

I^a rapidité de la course du véhiculé n’a pas permis à Charleval d’entendre ces deniers mots qui d’ailleurs étaient loin de «ontemVün éclaircissement.

ET SA €OL’U

Le poêle s’en revint, tout consterné', à l’Épée-Royale.

— Pourquoi donc s’enfuient-iis comme si on les poursuivait? demanda d’Elbène, en faction à la porte de l’auberge.

— Bois-Robert aura échoué dans sort expédition...

— Et il disparaît pour cacher la honte de son échec?... Mais les autres?... Ah ! j’y pense... oui, c’est cela... Vassé avait invité Sévigné à dîner : il aura mis de la partie Bois- Robert et la Mesnardière. VoHà la chose expliquée. Et Bois-Robert a sans doute enivré le coéher pour le faire ainsi aller ventre à terre.

— Très-bien! l’abbé bat en retraite comme un vaincu. C’est dans son réle. Mais Sévigné qui voulait binïler le couvent... '

— Brûler le couvent? Pas de liétises! s’il vous plaît, j’en vis du couvent, moi, s’écria un gros gars traversant d’Elbène et Charleval d’un pas mal assuré.

La large figure*de l’interrupteur était recouverte d’une épaisse couche de lie de vin, qui accusait une opinion bachique très-avancée. ,

— Que veut ce lourdaud ? murmura Charleval.

— Du calme, cher poète , repartit d’Elbène à voix basse, ce lourdaud est peut-être un envoyé du ciel.

Il ajouta, en élevant la vrtix :

— Ne vous fâchez pas, mon bi-ave homme ; nous ne voulons rien brûler... pas même vous brûler la politesse. Bien loin de la... Pourrait-on vous offrir un doigt de vin?

— Toujours ! voilà qui est parler en ami. Vous êtes

lûO NINON 1>K LRNCLOS F,T SA COlh.

donc un ainiî C’est ^drôle, je ne vous remets pas.

— Ni moi non plus ; ça n’empoche pas l’amitié.

— C’est juste. Mais ne pariiez^vous pas d’un doigt de vin ?

— Certainement. jEntrons, ... ,

— Entrons. , . .. .

L'homme à la figure lie de vin se précipita dans l’hôlel avec l’entrain d’un^oldat lancé au pas de charge, mais non avec la même sûreté de jambes. D^Elbène le suivit, tout en glissant ces quelques mots dans l’oreille de Charleval :

— . Allez rejoindre ces messieurs ^t dites-leur de faire préparer un souper. splendide. Voici la nuit qui vient... Dans moins de trois heures, les ténèbres aidant, je rentrerai à l’Épée-Royale en compagnie de Ninon.

-T- Hum ! comme Bois-Robert.

— Vous raillerez après, s’il, y a lieu. Mais faites toujours ce que je vous demande. . ,

— Eh bien ! c’est entendu... Bonne chance !

Et le poète de gravir, en branlant la tête, l’escalier qui menait au premier, étage, tandis que le chambellan rejoignait son invité qui, accoudé sur la table, prenait langue avec l’hûtesse, une matrone des plus charnues et des plus promptes à la riposte.

Mob ImperilneHce le clreValler de \’aràé. '

Onze heures sonnaient lorsque le carrosse de Vas'se entrait dans Saint-Cloud, car c’était là le but de cètte course à bride abattue. Il s’arrêta devant une gi-ille dont les extrémités se terminaient en feuilles d’acanthe dorées. Cette grille fermait une splendide maison de campagne, située surie bord de la Seine, à l’endroit oh se tient aujourd’hui l’hôtel de la Tètp noire. '

Un peu plus Ibin^ était ouvert un cabaret fameux,

une manière de temple d’Isis, ou les grands sei^

gneurs venaient en foule, attirés par les mystères 'de

la bonne déesse. La prêtresse du lieu était la Du Ryer,

ceUe pauvre femme qui ay^ait recueilli, sur l’échafaucf,

la tête du vaillant maréchal de Saint-Preuil, son amant,

• ** • ' \ exécuté à Amiens, le 9 novembre 1641, pour avoir

bâtonné le neveu de la Meilleraie. La galante madame de Champré était la plus pieuse d’èntre toutes ses ouailles : elle ne quittait pas le temple.

La Du Ryer recevait aussi des prélats d’humeur ba-’

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dîne, au premier rang desquels H faut placer Tarchevêque de Reims, Léonor d’Estanipes Valençay, qui, dit-on, payait ses innombrables créanciers en tours de sac et de corde, et qui devait laisser un souvenir à la trop confiante cabaretière. C'était au sortir d’une assemblée du clergé : il était venu dîner à Saint-Cloud avec plusieurs de ses collègues. i.e repas terminé, chacun remit sa part d’écot à d’Estampes Valençay qui se chargeait de tout régler et dit, en sortant, à la Du Ryer :

— Je vous donnerai l’argent plus tard ; je n’en ai pas sur moi.

Il se posait qn amphitryon pris au dépourvu.

On ne le revit plus à Saint-Cloud. Le digne archevêque avait trop de grosses dettes pour se rappeler cette vétille. Son bien s’éçoulait en bonnes œuvres : d’aucuns prétendent que ses pauvres n’étaient autres que des vierges folles qui avaient mission de le réjouir. Nous n’en finirions pas, si nous voulions raconter toutes les prouesses que l’on prête à Léonor d’Estarapes Valençay, lh\tons-nous, d'ajouter que nous croyons qu’il a été horriblement calonmié. Mais qu’il se console en songeant ^ux outrages dont on a souillé à plaisir la mémoire du saint-père qui a nom Alexandre VI.

Le cabaret de la Du Ryer éUrit avoisiné par la maison de Gondi qui avait passé dans les mains du contrôleur général Hervard et que Mazai in devait escamoter pour le compte du roi. C’est sur les ruines de cette magnifique demeure qu’a été élevé en grande partie le château

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