‹ Ninon de Lenclos et sa cour Emile ColombeyChapitre 20 sur 33 · ue ' M,\ONiUK LKtVfiLOS · texte numérisé non relu

ue ' M,\ONiUK LKtVfiLOS

luill’oserâU jatuiais rappeler Une semblable’ échéance

' — Je suis si distrait ! répondit lé comte en ‘ souriant.

— Vous êtes bien éveillé depuis quelque temps. Mais U oublions pas monsieur d’Émery...

' — Hélas ! fit celui-ci/ je comprends que je dois désormais imposer silence à mes prétentions... Ce ne sera pas sans peine ; mais puis-je du moins espérer que vous me réservieîi, comme à'ces mes’sieurs; une . petite place à votre foyer ? L’excès de ventre n’est point, je le pense; un obstacle à l’amitié ? ■

— Nullement, mon chier surintendant. Vous sei'ez des nôtres... quoique mazarin. Nous fronderons ensemble les Frondeurs.

— Mais que fait (Idnc M.'de Sévigné curieusement posté là-bas, devant cette plate-bande ? demanda d’Elbène. -, W . •

Il apprend le hmgage des Heurs, répliqua Ninon avec un sourire. J’étais en train de lui ‘donner une lei;on> quand vous êtes arrivés...

— Et nous allons vous laisser' la continuer, djt d’E- ' inery, en ouvrant la marche.

^ — Je suis trop franche, .mes amis, pour vous relehir eu ce moment.

— Je suis trop franc aussi, gi’onunela Brancas resté le dernier, pour nc^ pas vous dire que je déteste le marquis... ^ ■ -,

Vous, vous calonuiiez/ comte. Vous ép.*s incapable

KT SA COU«. ■ r«3

de haïr persionne... même madajne de Brancas, si elfe vous trompait. Adieu, mon bon. ,

• — Adieu, cruelle.

Lorsqu’il eut disparu, Sévij^né se rapprocha de Ninon et leur conversation intime reprit son cours.

Ce dialogue dura tout un mois, au bout duquel le marqpis fut remplacé par Antoine Kambouillet de la Sablière.

lia liabllère« — Ki'e Jardin de^Thèvenin l*ocnliste.

La Sablière était le voisin de campagne de Ninon, dopt la maison des chanfips, comme on s’en souvient, était située ^'Picpus. Il habitait au fanboprg Saint-Antoine un hôtel connu sous le nom de Folie -RambouiHet

et duquel dépendait un jardjn fameux’ appelé Jardin de Reuilly. C’était un vaste terrain> long de trente aSfpents, où Rambouillet le père, en sa qualité de financier, avait enfoui des monceaux d’qr. Tout Paris y courait pour en admirer la capricieuse distribution. Les allées'affectaient les formes les plus étranges : quelques-unes étaient découpées en pattes d’oie, d’autres figuraient des étoiles et le reste allait, en serpentant, s’égarer dans de frais bouquets de bois que terminait un labyrinthe. L’avenue principale, qui fuyait à perte de vue quoique en ligne droite, menait, sous un épais feuillage, à une terrasse élevée sur les bords de la Seine. C’était enfin un magnifique séjour, où, selon le classique précité, l’utile se mêlait à l’agréable. U renfermait un verger d’une fécon-

NI, WN ftlî LKNCLOS KT SA TOIJK. liia

riil« prodigieuse chaque saison y apportait* son contingent de fruits, d’une grosseur et d’une saveup-sans égale. Les plus grands seigneurs, pour obtenir quelques poires, se disputaient les bonnes grâces du savant jardinier; le

coi lui-méine lui faisait la cour. On comparait ces supei^ bes fruits à ceux' des Hespérides, et les gens qu’ils tentaient leur savaient gré de ne, pas être défendus par un dragon à cent têtes. Qui l’eût tué? Hercule était mort, l)ièn mort ! il n’avait pas, comme son, ancien collègue de l’Olympe, Apollon, l’avantage de'revivi;e sous. la majestiieuse perruque xle Louis XIV. . . •

Donc Antoine Rambouillet de la Sablière, le second flls du riche propriétaire de ce domaine, celui que Conrart appelait le Grand Madrigalier, était devenu le servant de Ninon qui avait répondu à un très-graçieux cartel par l’épître- suivante, aussi brève que cavalière : « Je crois que je t/aimerai trois mois: c’est l’infini pour inoi.» ,

C’était un joK garçon que 1a Sablièi’e, et- de façons avenantes, tournant le petit vers de la meilleure grâce du inonde, mais n’ayant garde de mettre, hors de'çhez^ lui, des rimes à son esprit : il se contentait alors de plaire eh prose et y réussissait à merveille. H gagna glorieusement le terme fixé par Ninon, qu’il tint jusqu’au dernier jour sous le çharme de son agréable, naturel: Mais ce terine était irrévocable... •

Les trois mois allaient expirer, lorsqu’un nratin Ninon, qui. par provision , ciiercbait dans son entourage le suc-

MNON DÉ LECfCttfS • ' ‘ ■

eéssèur de la Sablière, entendit gratter" à la porte de son boudoir : c’était Vas^é. • ' : '*

— Votre Impertinence arrive- fort- à propos, lui ditelle avec un malicieux sourire: j’étais en quête d’ün valet de cœur... Vous m’épargnerez la peine do pousser plus loin mes investigations, — à moins que vous ne 'soyez encore dans la nasse de madame Ijescalopiei’j à qui je ne voudrais pas vous voler.' • ^ v .

— Vous ne.vous jouez point de moi, Ninon? demanda le'chevalier tout pétrifié de ce bonheur inespéré.

— Voilà un mouvement de modestie qui jure quelque peu avec votre impertinente réputation!

• — C^ela prouve <|ue je vaux mieux qu’ellé.'répliqua Vassé en s’inclinant. ' ; ‘

Puis il essaya do reprendre son assurance ordinaire et se mit à caresser sa haàbe en coquille. . -

— Tant pis!* fit Ninon i, C’était par ce défaut que vous me plaisiez... N’en parlons plus !

— Prenez garde ? .si vous m’y provoquez, je vous contraindrai de m’adoréi*... ù force d’impertinence- ,

' Très-bien ! je rêtrouve mon Vassé. Mais.dHes-moi, qu’est devenue cette pauvre présidente ? « •

— i Sais-je où vont les vieilles Innés,? - .* — Mon cher, je' vous avertis que je dois encore trois jours de fidélité à la Sablière., Attendez donc jusque-ià pour passer à l’état de dieu.... et veuillez réjpondre à. ma question comme un simple mortel.

— Je vous obéis, repàrtit Vassé toot interloqué. Quand

ET SA corn. ’

j’eus rèfiré des Feuillantines madame lîeS€alo|irer; je la . «conduisis chez sa mère oii elle désirait aller loger. Entre ^ nous, si vous me perraeUest d’être..; sinôèrè,'je ne tenais plus Afuepar un fil à ta présidente. Sa jolie taille et ses éhevcHx' blonds- avaient cessé ^e m’affitiander, je démêlais dans fees traits ce que je n’avais'jaraais aperçu auparav«nt, quelques rares vestiges de petite vérole. C’en était fait... Pourtant je ne rompis avec elle qu’il y a six semaines, ie l’avais acconapagnée à la eomédie, au Palais-Royat. A peine étions-nous entrés, — le premieracte

venait de finir, — que les violons se mirent à jouer les

f'\‘mUantines. Et le pai*teri*e de rire et de bourdonnet* la , cbansçn..* Je ne pus supporter line pareUle avanie et> la ppésii^ente ne voulant- pas quitter la place, je la iaissài Jouir seule de toutes ces luiées... Je ne l’ai plus revue.

— G’est rPün homme prudent : la sagesse conseille d'évKer le scandale, dit Ninon avec un sourire dédai-

gneux. -, .

— Et madame Losoalopier, continua Vassé sans remarquer l’impression produite, a prouvé qu’elle ne le

redoutait guère. A l’heure qu’il est, elle entretient, aux

regards de tous, un Béarnais, nommé Hitton, qui Ibi fait payer cher ses faveurs et qui a déjà mis sur le pavé uné

folle de la même, espèce, uiadame Varquembourg Je

ne désjespère pas de voir un jour la présidente tomber dans quelque lieu d’honnçui\ \ ‘ .. •

— Chevalier, s’écria Ninon, .se levant tout :à coup et lui montrant la porte, je. n’ose prolonger ee têtç-Mête.s.

19». \1N0\' DE- l;F.NOI.nS • '

La peur me prend (le manquer de parole à la Sablière.. . Veuillez donc éloigner le danger... en vous reliranU. .

— Oh î oh ! fit Vassé, aveuglé par sa morgue* Allons, ma belle, ajouta-t-il avec une généreuse bonhomie, rassurez-vous... 11 me suffit, ën ce moment, de vous avoir vaincue! Je viendrai, dans trois jours, recevoir dé vos

gracieuses mains le prix de ma victoire ,Adieu, mon

ange ! , , : . - ,

Et il disparut en se baissant.. 11 avait dé mesurment grandi dans son estime et' craignait dé se heurter le

front. . ' 'S . ; ^

Ninon avait souri de pitié, puis^ s’était mise à son clavecin qui, sous ses doigts inspirés. Chantait des airs inconnus. Elle avait complètement oublié ' le grotesque .l)ergonoage... • v '

Pendant ce temps, Vassé rencontrait la SabHère à quelques pas de la. pOTte de l’IiAtel. > • -

— Eh ! eh ! chevalier, dit gaiement le poète, je vous 7 prends : vous'^sôrtez de chez Ninon... -

Oui-da! mon cher, mais bientôt je* n’en sortirai plus...'- • ' . , ■ ' '

■ — En .vérité ‘ • , • ' . • '

— Chacün son tour. ' - • '

— C’est trop juste. Et quand entrons-nous en fonction? “ ' > '

— Je nionterai le jour où^ vous descendrez. . . ^

— Et si jo ne descendais pas? * • .

.>—r>ci-est l’nfl«ire de Ninon. : . • . ■

. ' -RT SA cm B.' '

- — A inm éillè ! ainsi c’est velus qui me remplacez ?

— Mon Dieu! oui, et, je vous l’avouërai, à la 'demande

de Ninon elle-même.' . « > •

r — Vraiment? -

’ — Gela voas.étonne?"Serais-je, à vptre sens, quelque peu contrefait?'

• De corps, non : vous êtes un type de bel air...

— - D’esprit alors ? demanda Vassé furieux.

— Heu ! heu ! repartit la Sablière avec le plus grand • cahne.

— Oh ! 'VOUS me rendresi raison de cette injure ! >•

— Vous voyez bien, .mon cher, que vous avez le ca'

l'HCtère mal fait. - ' ' -

• — Je vous conseille de ne. pas me pousser à bout ! je vous châtierais comme on châtie les poètes insolents !

— Tout beau, chevalier ! Je ne m’appelle ni Bautru, ni Neufgermain. Je commets des madrigaux et non des épigraminés, et, comme la chose est fade en soi, pour la

relever c’est moi qui bâtonne ! à votre service, mon

cher. ■ - ■ -V

'Et, ce disant, le sourire aux lèvres, il décrivait avec sa canne un cercle menaçant.

-i- Mwei ! s’écria Vassé qui, éventé de près, s’était vivement rejeté en arrière. ’

— Très-bien ! il parait que vous vous étiezoalomniév^. ^ Ce. jeu ne vous plait guère, .n’esf^l pas vrai ? passons à un autre... qui est sérieux. Ninon- ^m’avez-vo^s d^ subjugué! par ce regard à qui rien ne résiste, vous 4

iôo NINON DK Lf.N^lf.pS n .

offert, auprès (TeHe,*la ptace qae^ je vai’^ laisser vîfle... — CO'que j’aidit..je le maintiens^ • < ' •

— Je n’en doute plus, et la preuve^, c’ést que je veux, à l’instant même, lui restituer sa parole pour l’autoriser à (levfmeer l’heure... qui doit lui semlîler>lente à sonner.

— Persifflez toutà votre aise La patience m’est revenue. ^ ‘ ^ '

— Je ne plaisante plus: .'. Adieu, vehevalîer, tenez-vous ■ prêt à entrer en lice, âU premier appel... • • : .

— Je ne suis pas pressé, moi, répliqua Vassé avec lin mouvement (le physionomie süperbe de fatuité. '

— Ah ! ain ah ! fit la Sablière, pleurant de rh-e.’ - Puis il lui tourna le dos et poursuivit sa roüte.

Tandis que Vassé, le chef droit et l’œil plein d’éclairs, s’éloignait du côté de ta Place-Royale, tout gonflé de son outrecuidance* le Grand Madrigalier abordait joyeusement Ninon qui achevait la sonate commencée. ' > • — Cher imëte, dit -elle, vous paraissez d’humeur bien gaillarde. *. • ' . ' . • • , . t

— Je devrais pourtant, riposta la Sablière, avoir la niine sombré d’un possédé..... du'^démon de-la jalousie.

— Expliquez-vous. > , . • .

' — J’ai vu le chevalier... il m’a raconté son ti’ioraphe ! — Pauvre Vassé ! Vous a-t-il dit au moins que je l’avais , mis à la porte.:.'., par excès d’amour? ^ ^

-^Non, il a négligé cè trait, mais il vous a dépeinte affamée de ' son appétissante personne, et je viens voM vendre votre liberté..*. ■ ■ ' • '’ * * ^ '

‘ +;f SA 2W1

Pour'quejft puisse,- sans plus larder, matiger du VaSSu a bouche-qUe-veux-rii... quel ragoût! Vous feriez mieux, monsieur le riinèur, d’utiliser galanament ]e peu (le temps qu’il vous reste à me consacrer.

— Que vous ^tes cruelle! le peü de temps... Pourquoi rappeler cette limite capricieusement fixée et que rien ne vous empêche de franchir? ' ' ‘ •

— Enihnt !dit Ninon 'én Itfi faisant oh colliêr de ses’ deux br^s. Je 4’ai aimé trois... siècles, et tu t’écries : Encore i encore ! Pourqiiorpas toujours ?

— Eh bien’! oui, toujours ! repartit la Sablière-en lui • fei*niant la bouche avec ses lèvres.

’ — (’-es poètes ont une étrange façon de raisonner,' rç-^ prit ensuite Ninon.

— N’est-ee pas la meilleure, quand il s’agit d’amour ? ■^ Hriiler n’est pas répondre... ^

— Argument d’herétique. ^

— Ne le suis-je point, et au premier chef, car je proteste contre tout le mondé, hTême ' contre les protestants?... Mais 'voici un rayon' de soleil printanier qui vient bien à mon gré clore la discussion... Profitons de cette magnififjuc journée pour aller visiter le jardin 'de Théveriin l’oculiste, ' que je nd connais que de renomruée et qui, dit-on, se partage la vogue avœ votre Folie- Rambouillet. -, ' < ' ' '

^ Allons.

— ^ Deux heures vont sonner : dînons et partons.

■On erjtendit au mê^ne .instant maître Piei’rti'annon-

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cer. discrètement du dehors que U tahte , était 'servie.

A trois heures précises, Ninoh et la* Sablière descendaient à la.porte de Richèlieu près de laquelle s’ouvrait le célèbre jardin. Coupé en forme de losange, il ne contenait guère qu’un arpent, mais ce petit espace avait été curieusement disposé. Les murs étaient . musqués par une épaisse bordure de filarias, arrangés en ,^entail, et qui, par-dessus, laissaient voir Montmartre etses moulins à vent, Apx quatre coins s’élevaient des bosquets toutfus où Ton trouvait, l’été, un asile plein de fraîcheur. Quatre allées qui «e croisaient étaient plantées d’arbres fruitiers, tirés les uns de la Touraine, les autres de la Provence. Ëntin, au milieu, s’étalait une magnifique corbeille de fleurs aux couleurs éclatantes et d’où s’échappaient les plus suaves parfums.

/Du Pin fut la> première figure de connaissance que rencontrèrent nos deux visiteurs.' Lé trésorier des menus plaisirs était accompagné de la femme d’un maître des requêtes, madanie Paget. Avant qu’ils ne se fussent abordés, celle-ci se penchant,. à. l’oreille de du Pin : .

— Quelle est cçttedame ? demanda-t-elle.

■— C’est, répondit le goguenard, madame d’Argencourt de Bretagne qui est yepue plaider içi.

Ninon avait entendu la réplique et s’efforçaitde garder son sérieux.

— Madame, vous avez donc un procès ? lui dit avec bonté la femme du niakre <ieà requêtes. Je «vous y ser-

KT SA 00 ÜK.

virai; j'aurais la plus grande joie du monde de sollioiter pour une si agréable personne.

•Sur ces entrefaites, passa Bois-Robert, suivi de Babylas r il sfdua Ninon et s’éloigna.

— D’ob connaissez-vous cet homme ? reprit madame Paget d’un air étonné.

— Madame, c’est mon voisin, car je loge près de l’hôtel de Mellusine. " ■ '

— Ah ! je ne lui pardonnerai jamais d’avoir quitt(' nos petites réunions pour la société d’une Ninon,- d’une vilaine...

“Eh! madame, répliqua Ninon sans se déconcertër, il ne faut pas ajouter foi à tous' lés bruits qui courent ; c’est peut-être une honnête fille. Qui sait si l’on n’en dit pas autant de vous et de moi ? La médisance n’épargne personne. '

— Vous êtes aussi bonne que belle. Mais n’oubliez pas

de venir me voir: vous me conterez votre affaire et je mettrai mon mari dans vos intérêts. Adieu, madame d’Argencourt. '

— Madame, je suis bien votre servante. '

DÛ Pin et la Sablière riaient sous cape, chaéun de son

côté.

Lorsqu’on se fût sép^é,* Bois-Robert, qui avait rebroussé Chemin, se trouva en face de madame Paget.

— « Vous avez fini votre conversation avec Ninon ? lui dit-il. t ' '

~ Ninon îc’éiait Ninon? s'’écria-t-elle scandalisée. '

2«4' M\U.N -Di: IXNCI.OS

NüllH,pudüui- ii'cst plus {)Tou)pte .à' s'etl'apouchei'f que celle des grandes dames:de la;petite vertu,' Gr madame Paget n’était qu’une bourgeoise, nwis une bourgeoise joumit à la duchesse, et elle avait trop de peccadilles à se reprocher pour ne pas se hérisser d’inlolérance à l’occasion. . , , - .

Du Pin s’était enfui lâcUeiqent Seyant le danger, laissant Bois-Kobert exposé seul à la fureur de cette lionne blessée. . , . ' ...

Heureusement, pour ce. dernier, que la réaction ne tarda pas à s’opérer. Madame Paget, à bout d’invectives, mais non de paroles, se mit à chanter .la palinodie, par mesure d’exerciee: la langue lui déipangeait encore. ,

— Abbé, n’ai-je pas été un^peu loin,? demanda-t-elle

d’un ton radouci.- , , , '

— Hum! hum ! vous avez assez mal habillé Ninon et

votse serviteur. .... - , ' .

— Vous, c’était justice, ingrat : on ne néglige pas

ainsi les gens... Mais cette fille, qu’ai-je à blâmer en^elle? Ses amants? c’est Fafl'aire de son directeur, si elle en a un... Quant à inoi, je^ ne dois apprécier que Iç respect qu’elle m’a témoigné. .Sa tenue, a été for^ convenable, et, réflexion faite, je serais presque tentée de croire que l’on a exagéré, sinon même inventé sfs vices... 11 n'y a vraiment que -la vertu qui ait une tcHe considération pour la vertu. ^ . - , .

— Vous parlez d’or, dit Bois-Robei't avec le plus grand sang-froid. Ninonpi’a qü’un défaut.; son «jprit. L’envie,

KT SA cyun. .

jj^oui* l’eu puiur, lui pi'cle une légèreté de conduite ^ue tout dément. Scjræs-je un des habitués de son hôtel, si la '

, galanterie y avait élu doinicile t

— La belle preuve ! lit madame Paget en riant. Vous èlesj mon cher abbé, une caution de piètre aloi... Ah! vous voilà,' méchant railleur? ajouta-t-elle en apercevant Du Pin blotti derrière un- rideau de cyprès. Allons, approchez, et, pour votre châtiment, ramenez-moi,pi^s'de M. Paget. ■ ,

Le trésorier des menus plaisirs offritson bras de bonne ■grâce il ne voyait, pas d’un œil inditlérent la soKde ampleur de formes de celle dont H aimait parfois à narguer la naïveté. La femme du maître des requêtes appelait la convoitise au même titre que madame de Montbazon. Elle venait d’atteindre trente ans, l’âge de 1 épa- ' npuissement le plus complet. ’ , .

— A force de prendre des aides; se dit Bois-Pobert, en sortant derrière eux, le bonpomme Paget finira par ne plus craindre de mourir sans postérité... Il n’a qu’à • se croiser les bras et attendre que les enfants lui viennent eh dormant. Babylas, appela-t-il, dôiine-moi mon bréviaire. ■ -

■ . Il ouvrit gravement le livre que- lui tendait son laquais, et, marmottant, au lieu de prières, des épigrammes improvisées chemin faisant, il traversa la foule qui se rangeait pleine de vénération devant le pieux personnage. •

Ninon continuait sa promenade avec la Sablière et

iÜG MNO.N ÜK LKNauS KT SA Cÿüli,

recevait les hommages des seigneurs que la Fronde n’avait pas entraînés hors de Paris, et qui honoraient de leur présence le jardin de l’oculiste.

Elle se disposait à regagner sa Voiture, lorsqu’un cavalier de belle mine vint lui rendre ses devoirs. E’était Jean, comte d’Estrées, neveu dé la célèbre Gabrielle. Il paraissait soucieux et fixait sur Ninon des regards embarrassés. .

— Comte, lui dit-elle, vous portez un secret qui vous pèse; faites-nous-eh. part, cela vous allégera...

' — Je ne m’en sens pas le courage,* répondit d'Es-

trées, parce que ce secret doit vous attrister profondé-

ment...

— Mon père est tombé au pouvoir de Mazarin ! s’écria

Ninon d’une voix troublée.

— Saint -Évremont que je viens de rencontrer, repartit le comte en s’inclinant; vous attend chez vous 'en ce '

moment... ^ •

— Hélas! interrompit Ninon, quelle affreuse nouvelle va-t-il m’apprendre ? Partons au plus vite ! ajouta-t-elle en se précipitant vers la porte du jardin."

La Sablière avait peine à la suivre.

— A l’hAtel, cria-t-elle au cocher, et crève tes che- .vaux*

WIII

Mort de M. de liCiicloa. — ,D’E«trée« et 'd’Efflat.

. Durant celte course à fond de trainj Ninon avait gardé

un morne silence, religieusement respecté par la Sablière.

— Au revoir, mon ami y fit-elle en mettant pied à

tèrre. , ^

Puis elle franchit d’uii bond la distance qui la sépar rait (le son appartement.

La Sablière, qui était d'une sensibilité presque féminine, s'éloigna tout contristé et se promettant de revenir le soir.

— Eh bien ? dit Ninon en attachant sur Saint-Évreinont ses beaux yeux etft’ayés.

Il comprit qu'elle avait rencontré le comte d'Estrées.

— M. de Lenclos est... dangereusement malade, l'épliqua-t-il, d'un ton qui démentait ses paroles.

— Mon père est mort !

Saint-Évretnont resta sans réponse.

— Mort ! et je n'étais pas près de lui !

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MNO.N DK LE.NaOS

Elle s’était affaissée dans un fauteuil^ au dos dut]ii«l s'appuyait Saint-Évremont.

— Je l’ai assisté à ce moment suprême, reprit-il.

— Oh! répétez-moi ce qu'il vous, a dit... car il a dû vous parler de sa fille, repartit Ninon en se redréssant et en e.^suyant son visage noyé de larmes.

— Il n’a pu prononcer que ces quelques mots :

« Adieu, Ninette, adieu ! ne t’afflige pas trop de ma mort... je devais finir ainsi. » ' . '

— D’une balle ou d’un coup d’épée !' Pauvre père! Et Ninon de s’affaisser de nouveau sur elle-rhême et

(le se répandre en sanglots.

Au bout de quelques minutes, Saint-Évremont tenta (ic la tirer de cet état d’abattement

— M(>n amie, lui dit-il doucement, rappielez-vous que vous n’êtes pas une femme... '

• — Est-ce une lâcheté de pleurer son père? de-

manda Ninon, eh relevant la tête avec une vivacité fébrile. . r- - .

Il avait frappé juste.

— Je n’a1 garde d’avoir une telle pensée, répliqua-t-il.

• — Mais vous ne m’avez pas dit. Continua Ninon un

peu calmée, où et comnîent M. de Lenclos reçut le coup mortel. On aime, vous le save:n, à se repaître de sa douleur... Contentez-moi, mon ami, sans m’accuser de faiblesse. ' ,

— Vous me promettez de ?oüs montrer... digne de

votre père et de vous, d’é-fre vaillante enfin ? <

. • ET SV conp. îw

Jp vous le promets. ‘

M. fie Lenclos, à là suite ‘dit duc de Reti, .élKH, ' comme il avait dïi vous en instruife, parti pour laNop-' ifiandie... ' ■’ ,>

— fl avait pris cdngé de moi. par Une )ettre, . car si' -

nous nous aimions beaucoup, nous ne iiousvuyidns qu^à ^ de longs intervalles... ■ • ' ‘ , ‘ •* '

— M. de Longueville les avait devancés et essayaü'

(^entraîner la* province, dont'il est le gouverneur, dans la guerre ’ dirigée par le 'parlement de Paris^pontte Mîizarin. ils se trouvaient tous réunis dans le petit bourg Je la Bouille, lorsque j’y passai, mé rendant de Saint* < Ifenis le (iuastà Rouen, ie les avertis que je venais de • rencontrer le comte d’Harcourt, à h» tête des troupes du- )T)i,'ef qu’il ne tarderait pas de les attaquer. tL’artnée de messieurs les frondeurs était peu nombreuse : il n’enuûf lait qu’une bouchée^ Iæ duc de Longueville jugea prudent de se retirer sans retard dans Rouen, et tout son monde l’y suivit... hormis M. de Lenclos. , ’*

^ Intrépide jusqu’aux dernières Umites^ de ta témérité, il aima mieux se faire tuer que de reculer ! O nw)n> père, pardonne-moi d’avoir ‘fléchi -un moment... Mais j’ai recouvré- toute mon énergie et je remercie le ciel de t’avoir accordé la mort glorieuse que tu méritafe sihien !-

— H demeurait seul, attendant de pied ferme les'lroqpes du roi et, lorsqu’il les aperçut, se précipita au<<}e^* vant d'eUas-. Le comte lui cria das’écartee, s’il né voulait, qu’on lui pas.sât .sur le çoi’ps. « PSkSsaV sur môi, sile

If*.

îtO' MNON'M LENClOS

cœup-vous en dit, riposta M. de ■ lienclos> mais je ne bougerai pas d’une ‘seineUe. )d II se tenait aii milieu du chennn, l’épée nue et la pointe menaçante. D’Harcourt ordonna de se remettre en marche à*ses soldats qur s’ôtaient arrêtés, dominés par cet excès d’héroïsme. Ils

restèrent immobiles. . . Âioi‘s le comte se porta furieux en tête de la colofine : il avait tiré son épée. — « £n garde, dit-il, et dépêchons ! » *— « Vive Dieu ! répliqua M. de Lenelos, je suis aussi pressé que vous. » Et de se ruer l’un sur J’autre avec une égale rage. Lalutte dura long^ ten>ps... jusqu’à ce que votre père tombât percé de part en part. Undong cri s’échappa aussitôt des rangs de l’mtnée.r. Elle semblait avoir épousé la Cause de la vaillante victime du comte. ^

-7- Oh-Î oui, s’écria Ninon, c’était aihsi qu’il devait , finir ,

Ses yeux étincelaient .sous les larmes.

. -r- Dès que j’eqs -appris ce fatal événement, continua Saint-Evremont, je l’evins eiî toute hâte sur mes pas et, après avoir rendu les derniers devoirs à M. de-Lencios qui expira dans mes bras, j’accourus près de vous, pour vihis annoncer moi-même la pénible nouvelle...

■ — le ne vous remercie pas, mon ami ; ce serait vous foire injure. : , \ > <

> — Vous me jugez bien ; mais souvenez-vous, Ninon,

'de la recommandation de votre père... . i c

—.- Je lui obéirai, dit-elle, en levant les yeux au ciel,

romme pour y envoyer sa- réponse! , * . '

IvT SA COL' II. • 211

- -r- B*tiHleups, eo bonne philosophie, ajouta Saînt-Évremont, se disposant à sortir, les. regi'ets doivent êtreplut&t des sentiments de tendresse que des sentimegts de douteur. Sommtftoute, quelque charme que nous éprouvions repliés en nous-même, prenons garde d’y demeurer plus que de raison, L’âmp s’ennuie d’être toujours dans la même assiette : elle s’épuiserait la fin, si elle . n'était réveillée par les passions.

Maître^ vous serez content dp moi. Mais mequittezvousdéjà? ' ^ 1

■— J’y sais forcé. H faut que je retourne à Rouen pour y régler des aifaires de famille qui ne souffrent pas de retard. A bientôt ! /

r- Au revoir, mqn. . , frère, .dit Ninon s’abandonnant au besoin d’expansion qu-’elle ressentait.

• Saint-Évremont parti, la- SabKère entra silencieuse-^ mentetde l’air embarrassé d’un homme qui redoute d’être traité de fâcheux, ou tout au moins d'indisçret.

Nkion s’empressa de le rassurer, en lui 'ouvrant sou r,œur : ■ • -- ' *

' — Mon amiy dit-elle, je vous attendais'.. .'Venez donc> sans craindre de gêner ma -douleur. Oui, je le répète,

.je comptais sur vous dont la profonde sympathie .m’est connue et à qui la mienne est acquise pour toujours..>

Hélas l cher Antoine, j^ai perdu mon père ! . ‘

. — M. 4e Lenclos est rtiertl s’écria ia Sablière com

stemé'. ‘ :

Ses prévision.^ c’étaient pas allées si loin i .i . , ^ .

îl«' NlNON-WM.KlVUÎItinS

Ninon s’était courbéé.de nouveau wjtoW poids rte son Affliction. Elle avait’ trop préjugé de isesibjpcés./.

Lorsqu’un peu de fermeté luifutt‘eveT»Ue, eUe prit'dians ses mains les mains ‘du- poète, <fui rie Woüvait que despleurs pour la consoler, puis éHe se mit à raconter longuement la scène dû'dXielc - ' v . •'

. — En geritillîômmé de cettt? trempe, dit-elle en ief-

minant, a-t-il pu, comme de misérables bruits l’en ontaccusé; descchdrequsqju’ù' l’assassinat, poignarder Chaban pour s’épargner le danger d’une lutte? ■ • - .

— Personne n’a cru à cette infâme oaloomie, répliqua la Sablièflpe.” • ' *’■ • ' ‘*V

— Tout le monde... ou presque tout le monde y a cru, reprit Ninon avec Une anièrtume poignante; Là calomnie, a tant d’attraits ! £t tenez pour certain que l'injuste flétrissure dont mon père a été i'objet rie 'sera pas • effacée par l’héroïâne de sa mort ! Mais je sens que je ne suisqu’une femme.'.. J’w'le corps brisé, anéanti... Pardonnez-moi, mon chécj dé vous renvoyer... . "

— Adieu, ma pauvre amie, dit la Sablière, en aouU^

I gna'nt ce mOt de la voix. Adieu, prenez courage. -

Le lendemain, - la cour et la ville, instruites du deuil , de'Ninon, vinrent lui offrir leûrs'eompliments de condol&tnce.- ' ' ' * » ' ^ • -

' D’Estrées n’y manqua pas. H était accompagné du frère de -Cinq-Mars,-d’abbé' d*Efflut, .ee plnisarit original qpi mettait madame de Sévignô en si'beHe humeur et qu’en se jouant eUe appelait -soo'v

• -ETiSA C«UH.‘ •

— Veux-tu faire un pari !*dRle conati(j,^n sortant.

— tîuel pari ? demanda l’abbé.

— Je gage être le prenuer, à distraire Ninon de ses regrets... “ ’ - '

— Je gage qije non.

— Qui donc s’y opposerait ? • ' ’

— Moi; ; ' / ■

.\h ! ah ! ah î' ' ’ . ' " ^ ‘ )

— Il ne s’agit pas de rire, tpais de déterminer l’enjeu, Je propose raille écus.

— Diable !... ,

— Tu recules? . ... - . . •

— Quel gaillard ! . . ..

— Quel poltron ! »

— Poltron ? Ce n’est pas la pettr, mais un scrupule

qui me fait hésiter La somme est un peu bien forte

pour être si facile à gagner. •

— Chasse ton scrupule, qui n’est vguère de saison.

Je t’avertis, moi, que les miHe écus... que tu vas perdre , sont placés à l’avance. Us rae serviront à acheter madame d’Üxelles dont je' veux me passer la fantaisie. . • ...

— Oui-da ! la femme du gouverneur de Chàlons est-

donc à vendre ? <

— D’où sors-tu, pour Pignorer ? La preuve, c’est qu’il

y a une chanson là-dessus. •, ' , ' . *

Eit l’abbé de chantonner

NINON DK KRNCI.OS

' Moa aiftri, «t’en est allé . , • -

A Chàlons, en Chatnpagn*' : , r . .

Il m’a laissée sans argent,

‘ tfais avec mon enjouement ‘ ^ ' ’ •

J’en gagne, j’en gagne, j’en gagne. 7

— Es-tu convaincu ‘'ajouta dlEffiat.

— Le moyen de ne pas l’étre, quand on oppose un témoignage aussi sérieux ! Mais si tu ne coipptes que sur mon enjeu pour t’insinuer dans les bon nés. grâces de la marquise, tu cours grand risque... de rester à la porte.

— Ceci est mon affaire. Mais concluons: tu as proposé de parier, j’ai accepté ; je propose d’engager mille écus, me tiens-tu tête, oui ou non ?

— Oui, certes.

, — C’est entendu ? * .

— Parfaitement. Et quand comniençons-nous la partie 1 • ~ ' •

— Aujourd’hui même. ’ ,

A l’œuvre donc ! ,

Quel qjiemin preflës-tu là?

-^Cetui du Pfé-aux-Clérçs... > "

! Le Pré-aux-Clercs avait été surnommé le « Cours mélancolique » à cause du contraste qu’il formait avec le

GoUrs-la-Keine : c’était un désert dont la solitude n’était troublée que par le croisement des épées. On ne s’y promenait que pour rêver.

— Ah! très-bien ! fit d’Effiat eh sourianf : tu vas ru^ miner en paix ton plan de campagne.

^ BT SA COUP..'" «8

— Et toi ? ' ■

— Moi ? je m’aperçois que j’ai pris le plus loftg, Càr^ je vais rue Neuve-Saint-Augustin, chez madhme d*lJx«îles... retenir la place que je dois occuper dans son cœur.

: — Il n’en démord pas! • * •

• — Parbleu ! non. Adieu/ comte, que Vénus Callipyge l’iiispirel , ■ ‘

— AtiéuT l’abbé ; prends garde de perdre toutes te» plumes auprès de là marquise... '' • ’ ' • • •■

Ils étaient arrivés à l’extrémité' du quai de la Mégisserie. 'D’Estrée^ traversa le Pont-Nedf, et d’Effiat entra dans la rue de la Monnaie.

tés deux rivaux, sans s'ôtre ' donné le mot, laissèrent s’écouler une semaine avant de reparaître à l’faôtel de Ninon. Ils avaient craint, en se présent trôp, de compromettre le succès de leurs tentatives. * '

Vassé n’était pas homme à se Conduire avec la même jréserve. Du reste, il n’eùt pas mieux réussi. Il était jugé et condamné.

Ninon, cetté fois, lui fit un accueil qui ne permettait aucune 'interprétation favorable’. Après l’expiration du fameux trimestre, il avait jugé à propos de venir se substituer à la Sablière. Pierre fut chargé de pousser dehors l’imprudent chevalier, qCü; ^ur faire diversion à ce honteux échec, enleva une en&nt de quinze ans, mariée aU comrte de Maillé.

Saint-Évremoüt tint parole t il tk; passa que quelques jours à Rouen, et àè hâta de regagn(^' Paris. H

' M.\ON UK LKiVULUS •

rçtrouva Ninon plus maîtresse d’elle-rnèniej^ enj'isâgeant

pPesqï^d& sang-froid la perte qit’eHe,avait^ faite;’ mais

l’envisageent toujours. -...1,1,.'.

' -r^ Macbèrearaje,*^uidU-iU les morts aant des absents...

que Ton est sûr do revoir. Chaque pas que nous, faisons nous rappcoehe d’eux.. jOjüj puisqu’ils nous attendent au bout du chemin, pourquoi regarder tristenienj en àrnèrej. Allons de l’avant, la mine et le qœur gais... Marchons sur des fleurs et non. sur des cailloux... A. quoi bon amver.au bu vrçeil larmoyant- et les pieds ensanglantés? ü — O mon cher philosophe,, répliqua Ninon avec un

sourire mélancolique, quel don men eilleux vous avez pour pae transforraeç soudain! Tout à l’heure, j’étais songeuse,' près de défaillir çppore ; vous paraisse^, et voilà que mes jambes, qpi pliaient, se rafTermissent et

que mon âme, qui menaçait de sombrer dans une tristesse sans fond, se relève .et prend goût aux joies Jlé ce monde... ’ . , ,

— Epicure soit loué ! vous ête^ sauvée Mais, pour

eviter-une rechute, suivez les prescriptions de ce savant médecin qui guérit plus, do, malades qu’Hippocrafe et Galien réunis., ... ■ ..t

Quem’ordonue-t-ii? , , , , , /

— De voua, abandonner au courarU dp votre, nature :

d’aimer... d’aimer toujours. .

— Oui? ^ . . .

La.Sablière..,.ou tout autre. ^ ...

•j -r La Sablière est devenu mon ami.

— Alors, d’Estrées,

— Pourquoi citer ces deux noms?

— Parce que... j'ehtertds d’Estrées et que d’Effîat ne

doit pas être loin. Oreste annonce toujours Pylade...

— ôh ! oh! fit le comte en entrant, on voit bieo que le soleil a reparu... quel ciel... ou plutôt quel front semn !

— Oui, comte, dit Ninon toute transfigurée, ^’est Saint-Évremont qui a fait ce beau temps...

— Avec le secours de d’Effiai, ajouta celui-ci en souriant.

— Avec le secours de d’Effiat? répéta d^Estrées stupéfait. . .

Ninon flairait quelque malice.

— Qu’y a-t-il d’étonnant ? je faisais l’éjoge de l’abbé, et ne suffit-il pas de Raconter la moindre de ses fredaines, pour mettre en belle humeur? Quel brave compagnon! toujours la joie au cœur et sur les- lèvres! Si j’étais femme, je lui jetterais l’hameçon... Et vous, comte?

— Moi, répondit d’Estrées avec embarras, l’amitié qui nous lie me défend de le louer. ■

— Alors, permettez que j’adresse la môme question à Ninon.

— Si j’étais femme, répliqua-t-elle gaiement...

— Qu’êtes-vous donc, sinon k plus gracieuse d’entre

les filles d’Ève? interrompit l’abbé survenant tout à noup. , ■ f

— Bon ! fit Saint-Évremont, voici l’écheveau emmêlé ;

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ara . NINON OE L'ENCLOS

tirez-vous de là comme vous pourrez... Je vous souhaite

le bonjour. *

Et il s’enfuit en pous^mt im*ëclat 'de rire des plus sonores. /

' — Hé ! hé! que se passe-t-il céans? demanda d’Effiat. ^

Il interrogeait aussi du regard.* L’air géné du comte ne luiavait point échappé. Il en triomphait.

— Mon cher abbé, riposta Ninon, lorsque vous, êtes entré... vous étiez sur le tapis et l’on vous criblait de brocards.

— Je suis sûr, dit d’Effiat, que d*Estrées me couvrait de son bouclier, en qualité d’ami...

— Lui? il se tenait coi, alléguant,’ pour excuser sa neu-

traKté, que l’amitié qui vous lie l’un et l’autre lui défend de vous louer. . . - * ■ '

— Le fourbe ! .^ ’

' — Ingrat ! dit "d’Estrées, je ne t’ai pas attaqué... et tu te plains. -

— Tu railles agréablement, cher comte, mais je ne perds pas de vue ta trahison et veux la punir comme elle le mérite. Je déteste les biais, moi, et je suis décidé à jouer cartes sur table.

D’Estrées s’épuisait, pour conjurer le châtiment, en œillades lamentables.' *

— Tu as beau me suppHer du regard;, ajouta (TEffîat,

je suis sans pitié, v * ^ -

— Oh! oh ! fit Ninon en riant, il s’agit donc d’une exécution complète. -

. — C’est Je mot,* répondit l’abbé," et. ce ne sera point long. Je bais les- ambages. Voici la chose : d’Estrées et ' votre serviteur ambitionnaient la conquête de... la femme la plus enviée de Paris. Nous allions entrer en lutte, lorsque le comte, se ravisant, proposa d’adjuger un prix au vainqueur. J’y consentis et fis la motion de le fixer à mille écus. «Mille écus, soit,» dit d’Ëqtrées.

— Quel entrain ! s’éeria Ninon, je suis curieuse de connaître la déesse qui a le <ion de provoquer une telle ardeur. Ne serait-ce pas madame de Montbazon?

— Qui aurait la cruauté, repartit d’Effiat, de se jeter

en travers du pauvre Bouthillier de Rance, qui s^est attelé à ce colosse? . * ,

— Alors c’est madame de Gondran qui est la déesse . • en question ?

— Vous savez bien, dit l’abbé, que Sévigné ne sort pas , de pbez elle? Comment songera y entrer?..

— En vérité, ajouta galamment d’Estrées, que son

rôle passif humiliait, je ne comprendsq)as que, la, femme la plus enviée de Paris étant à trouver, Ninon se mette à la chercher ailleurs... qu’ici. . •

-TT' Vous n’y allez pas de main môrte, cher comte, pour un homme qui se réveille. * -

. — 11 s’est précipité en avant pour me dépasser, reprit d’Effiat, mais je n’aurai pas de peine à comprimer sa fougue... Demandez-lui quelle destination, vainqueur,'»! prétendait donner à mon enjeu. • ' •

— Répondez, d’Estrées. < ‘ ’ ‘

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