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cent fois cette phrase donfchaque mot, èh passant, brftte les lèvres ? Oui, Ninon, votreiettre li’eîSt qu’une réponse, mais une réponse que je voudrais’ payer de. mon sang !
— Marquis, gardez votre sang valêuréux pour le ser-
vice du Roi, et eontentèz-voUs dè mê payer en bel et bon amour. ' ’ ' > ^
— Comptant ? '
— Vous êtes, mon cher, naïf comme un homnie d’es-
ptit qui dissimule. ; ; ’ v
■ —Comment donc faut-il vous appeler ? Ange ou... ■?
— Je m’appelle Volupté ! interrompit Ninon, en' fai-
sant ruisseler ses longs cheveux sur les joues' brûlantes de d’Andelot... -■ -i‘-
— A quoi songez-vous, Gaspard ? ajouta-t-elle, après • " * ' »
un silence dé quelques minutes.
— Je me disais, répliqua d’Andelot, que ta vie est bien courte pour un amour tel que le mien.
— Bah ! riposta Ninon, la vie la moins longue suffit à
plusièurs amours. Dame nature le veut ainsi. Tout icibas n’est-il pas condamné au changement , le cœur comme le reste ? ' ' ' ‘ ’
— Vos dix-huit années, ma charmante, sont d’humeur bien raisonneuse. Vous mentez à votre nom, ô Volupté !
— N’accusez que vous, d’Andelot. Pourquoi laisser à ma raison le temps de revenir t'
Le marquis s’empressa de fermer là bouche à Ninon. Quinze jours s’écoulèrent dans cette alternative de chaleureuses étreintes et de dialogues enjoués. Ce quar-
FIT SA rÔl R.
lier de lune de miel passe, d’Andelot prit sa volée, s’abandonriant aux bonnes fortunes qui le poursuivaient. Le cas était nouveau pour Ninon, habituée jusqu'alors à sonner elle-même iTieure de la séparation. Elle s’en plaignit à la Moussaie, ami intime du fugitif. L’aide de camp de Laval courut .appréhender au corps le Heute'nant général et lé ramena' pieds et poings liés à l^hôtel des Tournelles. Ninon gourmanda le coupable, qui s© couvrit, comme d’un bouclier, des paroles rapportées plush^ut.' < ••
— Mes torts, dit-il en souriant, sont ceiux de dame nature. Tout ici-bas n’est-il pas condamné au changement , le cœur comme le reste ?
— ifearquis, vous avez un feux air de réssemblanoe
avec la nymphe Écho, et c’est peut-être ce qui me fait incliner vers vous, car je suis plus homme que vous ne pensez. . . - ' . .
— Ninon, je proteste ! . • ,
— Huguenot ! •
— Que voulez-vous? Je chasse de race. On. n’est pas pour rien l’arrière-petit-fils,de l'amiral de Coligny !
— L’amiral de Ck)ligny ! s’écria le comte de Brancas, envahissant la conversation, comme il venait d’envahir le jardin où cette scène se passait. Un grand homme ! ajouta-t-rl, mais vous êtes plus fort que lui, car il est
resté sous les coups de ses assassins, tandis que vous voilà debout, vous, malgré le coup mortel que le duc de Guise vous a porté l’autre jour sur la place Royale !
— Comté J, dit Ninon, vous êtes crael dans vos distrac-
tions. Comment ! vous ne voyez pas que c'est M. d’Apdelot qui est devant vous, .et non le comte Maurice de Coligny... qu"il ne vous est plus donné de voir ? , .
' — Oh ! pardon, nwrquis, pardon d’avôir réveillé vos regrets !
— On pardemie tout... aux enfants, fit d'Andelot, avec un sourire mélancolique. • .. >
' — A propos d^entants , reprit le Ménalque de la Bruyère, en ramassant ce mot sans savoir powqubi et sans en avoir saisi rapplication, je vais vous apprendre une nouvelle...
— Quelle ? interrompit Ninon} madame la comtesse
serait-elle accouchée de‘ deux jumenux ? . . . ,
— Point. ' ' ' '
'■ — J’y suis, dit d’Andelot : M. de Brancas a été admis à voir le curieux produit de la naine donnée à Anne d’Autriche par l’infante Claire-Eugénie, et mariée à ce grand diable d’Irlandais nommé Lavau. ’ '
— Pas davantage.
— De qùoi s'agit-il donc? demanda Ninon. Accouchez vous-même.
— Je me bats demain.
— Vous vous battez ? et c’est à propos d’enfiints ?
— Mais qui parle d’enfants ? s’écria Brancas qui avait
complètement perdu de vue son point de départ. Je nie bats pour raninur de vous.
«T SA GüDfi,
. . , — vérité ? e^esl trop d’hotïoeur, momieur.le comte. Et avec qai croisez-vous le fer ? ■ •
— Serait-ce, dit d'Andelot en se jo,uant, une manière, " indU-ecte de m’appeler en champ clos?
— Votre tpur viendra, riposta gaiment Braneas, ,st vous tentez de prendre racine à Dhôtel des Tournelles- — Allons,, maître rêveur, reprit Ni mm,, laissez là ce badinage et conteZ'Aous votre aftaire. •
— Tout à Eheure, venant ici, j’avisai un groupe d’hommes arrêté devant Tbêtel de Roham me dirigeai vers ce groupe et j’aperçus Saint-Étienne, Je capitaine des chcvaurlégers, en train de coller contre la muraille un billet portant voti'e signature. D’Aubijoux, Rarai et, Cou- ■lon lui adressaient d’inutiles remontrances. Ce voyant* j’arrachai le -papier çt „bâtonnai le. capitaine,, comme l’eusse fait d’un insolent poétereau^ , .
-r- Ah ! ah! ah ’.fit Ninon avec un franc rire, mou . cher Braneas, Je vous puerai ces coups dç hàton-là... plus tard. . . , , ’ .
— Et qu’a dit M. de Saint-Étienne ? demanda le marr
‘PJ'S. , . .A .
— Il s’est regimbé jçt a crié eptre ses dents J’aurai votre vie ! Venez la prendre, ai-je çépliqué, en, mettant flamherge au. vent. -- Je la prendrai, quand il. me plaira, ajouta-t-il ; vous m’avez insulté, c’est à moi de choisir le jour et l’heure de la réparation. — A votre guise. — Donc, continua-t-il, à demain, ici même, au coucher du soleil. — A demain, au couchej* du soleil.
MN<TN W-: i,en*;los
fis-jp flo'mon c(Mé. Sui* ce, je pressât les mains dP Rarai,- Coulon et d’Aubijoux, qui riaient sous cape, et je gagnai la rue des Tournellés. • ’ •
— Corbleu ! s’écria d’Audelot; je veux être de^ moitié dans cette rencontre, k moins, mon cher comte, que vous n’ayez déjà fait choix d’un second.
— Nullement. J’accepte votre offre de grand cœur.
— Et moi, dit Ninon-, j’ai bien envie de me jeter au milieu de la mêlée pour arrêter l’effusion du sang.
— Vous ne ferez pas cette folie, répliqua Brancas, car il faut que notre querelle suive son cours.
— Vous me permettrez du moins, mon bouillant chevalier, de mettre cè nœud de rubans à la garde de , votre épée. ' .
— Vous Voulez nre rendre invincible ! dit'Brancas en baisant la main de Ninon. Maintenant que me voilà paré (le vos couleurs, je vais prendre congé de vous, pour aller régler mes affhires. Je compte sur vous, marquis. '
— C’est entendu, à demain, place Royale, au coucher
du'soleil.‘ ■ - . • .
— Bonne chance ! fit Ninon, en se mordant les lèvres pour comprimer un rire près d’édater; » '
— Merci et adieu 1 repartit le comte en s’éloignant.
— Ah! ah! ah! l’excellente aventure ! Brancas et Saint-Étienne !
’■ — D’où vous vient donc cette galté?
~ Cohnaissez-vous Saint-Étienne?
— Non. ‘ ■
ET SA eu LE.
— Eh bien ! vous saurez demain pourquoi je riais. Mais j’y pense, U faut aussi mettre ordre à vos affaires.
— Nous les réglerons ensemble, s^il vous plaît. Vous m’aiderez à me raccommoder avec le ciel.
— Je vous l’ouvrirai, dit Ninon, en ouvrant les bras.
Et tous deux de remonter les degrés du rez-de-chaussée, et de gagner.la salle à manger où était dressée une table servie avec une exquise délicatesse. \ - i
Ia place Soyale. illomev;ié — MartoH 4e A«orine'«
Le lendemain^ à Theure indiquée, deux seigneurs s’accostîüent près de rhôtel de Rohan et se tendaient
amicalement la main.
— Vous attendez quelqu'un, chevalier '!
— Oui. et vous, marquis?
— Moi de même.
C'étaient Rarai et d'Andelot arrivés seuls au rendezvous et prêts, en leur qualité de seconds, à s’entr'égorger tout à l’heure, sans merci, quoique sans haine. Ainsi le . voulaient les mœurs de cette époque, où la vie semblait un poids dont on avait hâte de se débarrasser. Il fallut que Richelieu coupât quelques-unes de ces têtes folles pour ramener le bon sens dans les cervelles et faire rentrer les épées aux fourreaux. Et encore se rencontrait-il parfois des insensés qui bravaient l’édit fatal, au grand soleil et au cœur de Paris, afin sans doute que le bourreau ne chômât pas. ^
Pour passer le temps, d’Andelot et Rarai, devisant d’aventures galantes, cheminaient de concert sur la place
NINON OK h K NO LOS ST SA COUH.
Royale, si vivante alors et -si déserte aujourd'hui. Autour (feux commençaient à afRuer des promeneurs ^()ui veinaient se concentrer sur ce point et s"y fouler, sous prétexte d’y respirer. C’était la mode ; n’estî-ce pas la mode, maintenant de se porter en masse aux Champs-Elysées et de s’y délecter de la poussière des équipages ?
Nos deux seconds finirent par se lasser d’attendre ' Brancas et Saint-<Étienne, que leurs yeux cherchaient en vaih devant l’hétel Rohan' et qui n’avaient gaiNle d’arriver. . ■ , • '
— J’aurais dû m’en méfier, dit Rarai.
-Vive Dieu! fit d’Andelot, c’est ce que je ptmsais aussi. •
— Seriez-voüs le second de Brancas - — Oui, et vous êtes sans'doute celui de Saint-Étienne V ' — Hélas! oui. " ’ •
— Voilà le rire de Ninon expliqué, se dit d’Andelot,
• — Un poltron et un distrait ! s'écria le.chevaüer ; nous sommes bien partagés. Mais -j’aperçois Coulon et d’Aubijoux qui nous donneront peut-être de leors nouvelles.
' — Eh bien ? firent en même temps les deux nouveaux venus.
■ — Nous n’avons vu personne, répondit Rarai avecdépit. ' , *
— Nous sommes plus heureux que vous, dit d’Aubijoux en souriant, car - nous avons laissé le comte de Brancas aux Tuileries, dans le jardin de Renard, où il semblait absorlié paç la musique Jtallenne. '
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— Qu’H n'écoutait probablement pas, 9 JOutftCk)Qlon. Quel homme ! N'eut^il pas la fantaisie, le jour de ses noces, d’aller retenir un lit chez la Vienne ? — Vous ? lui dit le baigneur, mais vous n’y songez pas. — ja viendrai eouoherce soir. — Je pense que vqus rèvpzj vous vous êtes marié ce matin. — Hé l me foi, jef-n’y songeais pas.
— La plus curieuse de ses équipées,, ht d’Ândelot, c’est lorsqu’en campagne on lui donna une fausse alai'ine et qu’il prit une vache sellée pour son cheval.
Et tous de rire, excepté Rarai.
Riez, messieurs, dit-41 ; pour moi, je ne suis guère d’humeur joviale.
— Pardieu ! chevalier, s’écria gaiment d’Andelot, si la main vous démange, vous n’avez qu’à parler.
— Oui, marquis, la main me démange, fort, mai, s c’est pour prendre un bâton et non une épée. M. de Brancas a eu raison de ne point p^ffaître, et encore plus raison de houspiller lés épaules de M. de ^ipt-Étienne, que je prétends caresser à mon tmir. On ne dérange pas ainsi un honnête homme. Et, sans plus tarder, je cours à sa recherche.
— Si vous le trouvez, je veux que . . . ma femme m’aime, dit Coulon, que (PÉmery devait bientôt rendre père.
— Il faudra qu’il se cache bien, ! • - , /
— Il se cachera comme une taupe, dit d’Aubijoux en riant comme s’il eût commis une saillie.
Rarai avait d^ disparu, les antres se séparèrent aussi.