M>0> DE LE^CI.OS, T. J), A
M'emparanl ensuile de la défroque du dormeur, j'allai me reposer moi-même fort (ranquillemenl jusqu'au jour.
A sept heures du malin, je me lève, j'endosse le pourpoint de Navailles, je me coiffe de son feulre et j'entre dans sa chambre Tépée à la main, en jurant comme un lansquenet ivre.
Il se réveille, se dresse sur son séant et me considère d'un œil hagard :
— Ah! monsieur, dit-il, je suis homme d'honneur, et je vous donnerai satisfaction : point de supercherie, je vous en conjure!
Sérieusement, il craignait que je n'allasse l'embrocher dans ses draps.
Je me fis reconnaître en éclatant de rire, et je lui rendis sur place les armes et les habits.
Comme Fiesque, Navailles détestait sa moitié, prude incorrigible, à qui la reine venait de confier la garde de ses filles d'honneur.
Le duc profila de l'occasion, pour avancer plus rapidement sa fortune.
Ayant su que le jeune roi mourait d'envie de pénétrer dans l'appartement des filles d'honneur, il parut tout à coup éprouver un retour de passion pour la duchesse, réussit à percer une porte à sou insu, et introduisit Louis XIV dans le sanctuaire.
Navailles amusait la chouette pendant que le jeune vautour était avec les colombes.
Cela dura quelque temps, puis on éveilla la mèche. Le passage fui muré.
Louis XIV furioux exila madame de Navailies , cl donna le bà'.on de maréchal îi son mari, qui lui eul de la sorle une double reconnaissance.
J'élais, en vérilé, dans la semaine aux avenlures.
Françoise vint me prendre, le surlendemain de ma rcnconlre avec Navailies, pour apaiser la querelle lapins étrange dont je me souvienne.
Une de nos amies communes, veuve de M. de Coislin, avec qui elle avait été mariée six mois à peine, était éprise de Bois-Dauphin, marquis de Laval, agréable seigneur s'il en fut. Bois-Diuipliin se passionna pour elle à son tour el la courtisa de la façon la plus empressée.
Mais la jolie veuve ne cédait pas un pouce de terrain.
Elle le réduisait tout pauvrement à l'amour platonique, sans boire ni manger.
Le marquis aux abois propose le mariage.
On accepte.
Tout à coup, au moment de signer le contrat, madame de Coislin veut y insérer une clause qui fait jeler les hauts cris au futur, et que vous ne devinerez pas, même si je vous la donne eu mille.
Pour tout dire, elle consentait au mariage sans le mariage; elle voulait èlre la femme de Bois-Dauphin sans qu'il fût son mari; elle prélendail, en un mol, conlinner l'amour platonique après comme devant.
Célail au moins singulier pour une veuve.
Bois-D-iupliin se fâch;). L'accordée pleura, mais Irnl bon. Bref, nous fûmes chargées, Françoise el moi, d'arranger l'affaire.
Nous primes la jeune femme par tous les bouts.
L'ayant prêchée, questionnée, nous siimes enfin le mol de l'énigme.
II paraît que feu M. de Coislin, pour des raisons à lui parliculières, n'usait pas de son précieux privilège el avait persuadé à l'innocenle que les époux devaient toujours vivre ainsi, sous peine de péclié mortel.
Qui fut transporté de joie, quand nous vînmes raconter celte curieuse histoire? Ce fut Bois-Dauphin, qui U'ouva la pie au nid, quand il la croyait envolée.
Madame de Clioisy n'avait pas encore parlé de moi à Anne d'Autriche, el mon inquiétude continuait d'être fort vive. Outre la réponse hardie portée jadis en mon nom à la régente, on n'ignorait pas la part que j'avais prise aux derniers événements.
Tous mes amis connaissaient mes craintes. La chose devint assez publique pour m'amcner la visite que je vais dire.
C'était un jour, à une heure de relevée.
J'avais dîné seule el la table n'était pas encore desservie, lorsque Perrote m'annonça un militaire.
— Son nom ?
— 1! ne veut le dire qu'à vous.
- iO
— Mais quoi homme esl- ce?
— Un Irès-bel homme.
— Qu'il cnlre !
Je vis, en effel, paraîlre un personnage majiniliqiie, carré des épaules, avec un collel de ItiilUe, un baudri»'r de même, el un pourpoinl de drap d'Kcossc. Il porlail l'épée avec assez de noblesse.
— Qui êles-vous, monsieur, lui dis-jc, pour oser vous présenter ainsi chez moi sans inlroducleur?
— Je me nomme Desmousseaiix.
— D'où èies-\ous?
— De Beau vais.
— Où avez-vous éié élevé?
— En Candie.
— El d'où venez-vous?
— De Suède.
— Que faisiez-vousdans ces régions du Nord?
— La reine Chrisline, qui aime les hommes de robuste encolure, m'avait nommé capitaine de ses gardes.
— Ah ! ah !
— Elle commençait à me témoigner beaucoup de bienveillance, lorsque Seutinelli, un maraud d'Italien, m'a supplanté.
— C'est fâcheux. Mais pourquoi venez -vous me voir?
— Je viens vous offrir mon épée.
— A quel propos, monsieur?
— Vous avez des ennemis, mademoiselle. Il n'est pas
prudent à unn feinine de rester sans prolecteur. Je vous apporte une bonne lame, un bras solide, et j'ai du cœur au ventre. Me voulez- vous?
— Jésus ! quel liomme! Ne seriez-vous point un chevalier d'industrie? Vous auriez besoin d'un répondant.
— Je vous donne Boisroberl.
— Mauvaise recommandation.
— Voulez-vous Roquelaure?
— Il est de Gascogne, je ne m'y fie pas.
— Et quand je vous donnerais vingt répondants, qu'en serai l-il ?
— Nous verrions. Vous passeriez quelque temps ici... quelque temps seulement, je vous en préviens. Je suis changeante.
— Mais je n'ai ni sou ni maille : il me faut entretenir.
— Combien voulez-vous?
— Une pistoie par jour.
— '• Va pour une pislole !
Ce fut marché convenu. L'ancien capitaine des gardes de la reine de Suède s'installa au logis.
Il ne manquait pas de qualités solides, j'en conviens, et il devait plaire à Christine; mais il me fallait quelque chose de plus. Ses grands airs n'imposaient, du reste, à personne. L'abbé d'Effîat, qui revenait me voir en ami, lui dit un jo^ir :
— Eh ! monsieur, votre terrible moustache ne me fait pas peur, et je me ris de votre flamberge !
Là-dessus, Desmousseaux de passer à une provocalioii directe.
— Merci bien ! dit l'abbé : mon élal me défend le duel. Je ne brave quemes créanciers, jene combats que l'ennui el je ne lue que le temps !
Huit jours après, M. de Navaiiles, à ma prière, attacha Desmousseaux à son service, et je fus délivrée de ce nalamore.
On parlait beaucoup du sacre du roi qui devait avoir lieu très-prochainenlent.
Madame de Choisy, dont je me croyais oubliée, vint tout à coup me dire que la reine, ne trouvant pas sa suite ordinaire assez imposante pour le voyage de Reims, avait autorisé chacune de ses dames d'honneur à s'adjoindre une amie, pourvu qu'elle fût de qualité.
La comtesse avait aussitôt pensé à moi.
A renlendre, le meilleur moyen de m'obtenir le pardon que je désirais était de me faire connaître à Sa Majesté.
Le compliment me flatta.
J'embrassai madame de Choisy, el je la remerciai de sa généreuse el sincère affection.
Nous parlimes, le surlendemain , par une journée splend'de. Le ciel favorisait la lètc, et jamais soleil plus radieux n'éclaira plus imposant corléjje.
Il y a eu ianl de descriptions du sacre en prose et en vers, que je nie garderai bien d'en faire une nouvelle. D'ailleurs, tant que Reims et la sainte ampoule seront iïi, tous les sacres possibles se ressembleront.
Quaire ans s'étaient écoulés depuis que j'avais assisté avec Mademoiselle au grand coucher du roi.
Louis XIV n'était plus cet enfant chélif et malingre, que la fille de Gaston craignait de n'épouser jamais assez tôt.
Bien qu'il n'eut pas beaucoup grandi, il avait pris du
corp-. Son visago était plein, fleuri, rndieiix de sanli'. H (leveiinit honjiiie ; on le remarquait à son empressenieul auprès de la plus jeune des nièces du cardinal.
Madanje de Choisy me dit loul bas, et j'en eus une surprise exirème, que l'éducalion du jeune monarque était presque nulle.
Il paraît que Mazarin, espérant mieux le dominer, n'avait pas voulu quon Tinslruisît.
Un jour, il menaça de chasser Laporte * qui lisait au roi, pour l'endormir, l'Histoire de France de Mezeray.
On ne laissa se développer chez Louis XIV que les inslincls de l'orgueil et de la grandeur; on no lui apprit que le cérémonial, on ne l'initia à d'autre science qu'à celle de ses droits, c'est-à-dire au despotisme le plus absolu. Toutes les fautes que ce prince a commises viennent de son Ignorance, qu'il ne réussissait pas toujours à cacher sous le manteau de la dignité.
Dans les fêtes qui eurent lieu à propos du sacre, et pour lesquelles on avait emmené les viiigl-qiuilre violons de Versailles ainsi que les comédiens français et italiens, il ne laissa échapper aucune occasion de se ra|)pro(her de Marie Mancini.
Il l'entretenait quelquefois pendant des heures entières.
* Valet lie cliamlirc de la reine mère, puis tie I.oiiisXIV.
{Note de V éditeur .)
— ij4 — :
Celte nièce du cardinal avait quatorze ans à peine ;
mais elle était Italienne, el par conséquent déjà compié- ' icment femme.
Anne d'Autriche ne semblait prendre aucune inquié- i
lude de celte passion naissante, en sorte que Mazarin ;
favorisait tout à l'.iise les entrevues des amoureux. .
Le rusé cardinal méditait un plan d'une ambition folle; |
il se perdait dans des rêves trop magnifiques pour qu'ils ;
ilussent se réaliser jamais. i
Autant que possible j'évitais sa rencontre, non qu'il :
fût très-dangereux alors : de fréquentes attaques de \
goutte ne lui permettaient plus de courir dans les sen- f
tiers défendus de l'amour; mais il aurait pu gêner mon i incognito el mettre obstacle à nos tentatives pour m'atlirer les bonnes grâces de la reine.
Toutes les fois que madame de Choisy était de service j
auprès de Sa Majesté, je l'aidais à remplir les devoirs de \
sa charge el je m'efforçais de me faire remarquer par mes ! assiduités et mes prévenances.
La reine était fort belle encore. ^
Son charme le plus puissant consistait dans ses che- j
veux châtain clair d'une richesse et d'une profusion ad- .
mirables. i
Rien n'était beau comme de la voir se peigner : les boucles de sa chevelure lui descendaient jusqu'aux talons.
Anne d'Autriche avait en outre de petites mains d'une
finesse el d'une blancheur extrême, la gorge bien faite, le :
ntz un peu gros; mais il allait avec ses grands yeux.
Elle fui longtemps avant de m'adresser la parole.
Comme chaque dame d'honneur avait sa doublure, on faisait généralement assez peu d'attention aux nouvelles venues, destinées seulement à grossir le corlége, et qui n'étaient pas appelées à rendre à la reine des soins bien intimes.
Pourtant, un jour que madame de Choisy arrangeait des perles et des diamanis dans les cheveux de Sa Majesté, on me chargea de lenir l'écrin.
Je m'agenouillai devant Anne d'Autriche, élevant la boîte 5 la hauteur de ses yeux, afin qu'elle pût choisir les pierres de son geùl.
— Vous allez vous fatiguer, me dit la reine avec bienveillance : posez cela par terre.
— Oh! madame, lui répondis-je, au service de Votre Majesté le plaisir fait oublier la faliguc !
Le compliment était assez banal. N'importe, elle en parut flattée et ajouta :
— Vous êtes la camarade de Choisy?
— Oui, madame.
— De quelle famille êtes vous?
— D'une ancienne famille de Touraine.
— Son nom?
— Mon père s'appelait M. de Lenclos.
— Ah! fil- elle. Seriez-vous parente d'une cerlain« Ninon, qui fait jaser d'elle de par le monde?
— Oui, madame, répondis-je, en baissant les yeux, i
— Je voulais autrefois l'envoyer aux Repenties. Les < événements m'onl fait perdre cela de vue. Esl-ce qu'elle esl vraimeul aussi dévergondée qu'on l'affirme? i
— Voire Majesté, murmurai-je, peut interroger ma- | dame de Clioisy : elle daigne montrer quelque estime : pour Ninon et lui accorde son amitié 1
— Allons donc!... esl-ce possible? fit Anne d'Aulri- ' che. j
Elle se retourna vers sa dame d'honneur. |
— Parle, est-ce vrai? tu connais celte drôlesse, |
Choisy? <
Je devins écarlale. i
— Ninon n esl point une drôlesse, et je supplie Votre -;
Majesté de revenir de son erreur, s'empressa de répon- ] dre ma compagne. * !
— Qn'est-cfl à dire? tu prends sa défense? '
— Oui, madame, je regarde cela comme un devoir. | L'unique reproche qu'on puisse faire à mademoiselle de 1 Lenclos esl de bai/ un peu trop le mariage.
— Oh 1 dit la reine, si elle n'avait que ce torl-Ià, je , sais beaucoup de gens qui le partagent avec elle!
— El puis Ninon vit seule, madame; elle a des al- ; traits qui la mettent en relief : rien de surprenant que les j mauvaises langues s'exercent sur son compte. j
— C'est juste. |
— Je puis vous jurer qu'elle esl remplie de mérite el de cœur.
— De cœur, je le crois, fil (a reine on sourianl.
— J'ajoulerai de décence dans sa conduite, si Voire Majesté veut bien me le permeKre.
— Ali! pour le coup, ces! trop fort! sécria la mère de Louis XIV, en éclatant de rire.
— Je vous certifie, madame, que je ne m'écarte en rien de la plus exacte vérité.
— Quoi ! tu persistes...
— Mademoiselle de Lenclos m'a dit bien des fois qu'elle ne se consolait pas du tort qu'on lui avait fait dans votre esprit; elle donnerail tout au monde pour vous dépersuader.
— En ce cas, il faut qu'elle soil bien au-dessus de sa réputation ! C'est égal, je serais curieuse de la voir.
— Je l'avais pensé, répondit la comtesse : voilà pourq.oi je l'ai priée de m'accompaguer à Reims.
Anne d'Autriche bondit sur son fauteuil. Elle regarda sa dame d'honneur, me regarda, comprit tout et me prit vivement les uiaiiis.
— Pardonnez-moi!... oh! pardonnez-moi! s'écria-lelle avec émotion : j'ai dû vous faire cruellement souffrir!
Ses yeux étalent humides de larmes.
— Ah! madame, tant de bonté!... à ce prix, j'aurais souffert la mort !
Elle m'embrassa.
Mon cœur battait avec force. Je pleurais moi-même • raKendrissemml.
— Eh ! c'esl ta faute aussi ! dit !a reine à la comtesse : j ne pouvais-lu nraverlir el m'empêcher de débiter tontes *' ces sottises?
— Je l'avais suppliée de n'en rien faire, madame, • balbiiliai-jej car j'avais peur que Votre Majesté... |
— Ne vous envoyât aux Grands-Cordeiiers, made- , moiselle? interrompit la reine avec un nouvel éclat de ' rire. Ah ! vous avez de l'esprit! tout le monde vous rend i celle justice, même vos calomniateurs. '
J'étais fière de Tentendre. i
Malheureusement la conversation en resta là.
On vint prévenir Anne d'Autriche que son fils el le , cardinal l'attendaienl pour monter en carrosse. j
Il y avait dîner à l'archevêché.
La reine se leva, me donna une petite tape sur la joue ] el dit :
— Nous nous reverrons ! \ Quand elle fut dehors, je me précipitai au cou de j
madame de Choisy et je la mangeai de baisers. Je regar- : dais ce moment comme un des plus doux de ma vie.
C'est singulier comme on est faible devant les caresses ;
des rois ! !
Dès ce jour, je ne me cachai plus du minisire.
Le lendemain, comme il allait à la messe à la calhé- '
drale, je me trouvai sur son passage. ;
Il me fit un petit signe d'intelligence et ne manifesta *
aucune surprise de me voir. 2
• ij
Je compris que la reine lui avait parlé de moi.
Quelque lemps après, toujours au momeiil de sa loilelle, Anne d'Aulriciie me demanda comment j'osais en (a ni de choses braver le préjugé?
— Je me suis aperçue, madame, lui répondis-je, qu'on laisse ici-bas aux femmes ce qu'il y a de plus frivole, tandis que les hommes se réservent le droit aux qualités les plus essenlieiles. Dès lors je me suis faite homme.
— El vous avez eu raison, me dit-elle en riant. Mais, entre nous, vous auriez pu avoir quelques amants de moins?
— On m'a toujours laissé croire, madame, que j'étais aimable, et les gens aimables sont des efîets qui appartiennent à la société; leur destination est d'y circuler et de faire le bonheur du plus grand nombre.
— Voilà, certes, un raisonnement très-spécieux!
— Les personnes constantes, hommes ou femmes, sont aussi coupables que l'avare qui arrête la circulation dans le commerce, gardant un trésor souvent inutile pour lui, tandis que dautres en feraient un si bon usage.
— A merveille!... Mais les avez-vous aimés tous?
— Oui, madame, ne fût-ce qu'un jour. Une femme sensée ne doit pas plus prendre un amant sans l'aveu de son cœur qu'un mari sans le consentement de sa raison.
— Vous parlez d'or, me dit la reine. J'aurais été bien injuste de vous condamner sans vous entendre.
Elle termina le dialogue par une seconde lape qu'elle me donna sur la joue.
C'clail sa caresse la plus familière.
On revint à Paris. '
Anne d'Autriche autorisa sa dame d'honneur à m'a-; mener aux soirées intimes du Palais-Royal, où Pon! s'amusait à ravir. «
Tantôt C€s réunions avaient lieu dans le petit salon dei la reine et tantôt chez Mazarin. I
On jouait aux demandes et réponses aux phrases coupées et j'eus, un soir, au premier de ces jeux un asseZ' grand succès.
La règle était d'adresser une question à son voisin; lej voisin répoiidait, et la personne au tour de laquelle c'était à parler ensuite devait bien ou mal contrôler \i\\ réponse. j
Anne d'Autriche avait demandé : ■-,
— « Qu'est-ce que les vers luisants? o i
— « Ce sont des bêles qui rampent et qui brillent, » j répondit une duchesse. ^
Mon tour arrivait. -
— Ah! madame, répliquai-je, pardon !... ce sont les, courtisans que vous venez de définir !
On m'applaudit de toutes parts, ce qui prouve la force] de la vérité, car je faisais acte de grande hardiesse eiij l'.arlant ainsi au lieu où je me trouvais. |
Les quatre nièces de Mazarin ne manquaient jamais U ces récréations.
Quelquefois on appelait des musiciens; on dansait la;
~ Ci —
guenippe, la diablesse, puis on reprenait les petits Jeux qui, mieux que la danse, divertissaient tout le monde. On jouait au gage-touché, h votre place me plaît ou au roi Arthus. Les bous bourgeois de la rue aux Ours et du Marais n'en eussent point fait d'autre.
Olympe, Horlense et Laùre Mancini étaient d'une beauté plus régulière que leur jeune sœur; mais, à coup sur, elles n'étaient pas aussi aimables.
Sans rien perdre de la naïveté de son âge, Marie montrait une baute raison et donnait au roL d'excellenis conseils...
Madame de Choisy m'avait emmenée à une cbasse à Vincenues.
Sa Majesté courait le cerf.
Nous étions dans la grande avenue à voir passer les meules et les piqueurs, lorsqu'un carrosse arriva près du nôtre et une petite voix cria :
— C'est vous, mesdames! Avez-vous vu le roi?
— Eb! ma belle Marie, dit ma compagne, je ne vous croyais pas de la cbasse?
— Il est vrai que j'avais refusé d'en être, car ce matin la fièvre me retenait au lit; mais je me suis levée tout exprès pour parler au roi, répondit avec émotion la nièce du cardinal.
Louis XIV H clieval passait, en ce niomenl, près de nous.
?IIN0!V DE LENCLOS, T. î). 5
Marie Mancini agita un voile à la portière el le roi accourut.
— Vous! s'écria-t-il, en lui itrenant les mains avec ; empressement, vous que nous avions laissée malade ! \
— Sire, tlil-elle, vous avez fait enregistrer, il y a , trois jours, plusieurs édils dans un lit de justice. ;
— Oui, murmura Louis X!V; mais à quel propos me : dites-vous cela? qu'y a-t-il? !
— Tout à rheure, comme je recevais la visite de mon oncle, on est venu lui apprendre que les conseillers do | la grand'chambre voulaient réviser ces mêmes édits, el je ' suis accourue vous en prévenir. Il y va de votre dignité < royale, vous ne pouvez tolérer une pareille chose.
— En effet! cria le roi. Ah ! ces messieurs du parle- -^ ment s'avisent de recommencer la Fronde? Nous allons i voir! \
Aussitôt il se précipite dans le carrosse de la nièce du
cardinal el retourne à Paris avec elle. ;
Une heure après, il entre au parlement en habil de j
chasse, bollé, éperonné, le fouel à la main, el dil aux j
conseillers d'une voix ferme et résolue : ï
— Il ne me plaît pas, messieurs, que vous conlinuiez ; voire délibération sur les édits que j'ai fait enregistrer. <. Chacun sait les malheurs qu'ont produits vos révoltes. \ Monsieur le président, je vous ordonne de dissoudre celte j réunion, el à tous lanl que vous êtes je vous défends de ! la redemander !
Le Ion du prince, son air niajcsliicux firo.il irenibler le paricmonl.
On leva la séance.
Toule l'Europe parla de ce Irait iiardi. Ce fui un roi de seize ans el une jeune fille dequalorze qui l'exéculèrenl.
Je sentis accroître la liante opinion que j'avais de Marie Mancini el j'essayai do me lier avec elle.
Ma conversation lui plut.
Bientôt elle me prit assez en amitié pour me raconler ses secreis d'amour.
Dès sa première confidence, je vis clairement que rinlenlion de son oncle éiuitde la marier au roi.
Elli -même croyait la chose très-possible.
Jalouse et passionnée comme toutes les Italiennes, elle ne souiïrait pas que Louis XIV lil aliention a une autre ff^nime. Ils avaient de petites querelles fort amusantes.
Un soir, ù un ballet chez la reine, j'entendis Marie, qui dansait avec son royal amant, lui dire assez haut :
— Je vous défends de regarder La Motte!
La Molle était une des filles dlionneur d'Anne d'Au- Irichc.
Oser employer une telle phrase « Je vous défends, » en parlant à un roi, et à un roi du caractère que manifestait déjà Louis XIV, était une assez jolie hardiesse.
Aussi, tout amoureuse qu'était Sa Majesté, crut-elle, en cette occasion, devoir faire preuve d'indépendance.
Le ballet fini, bravant la rancune de sa maîtresse,
Louis alla causer plus d'une demi-heure avec mademoi- ]
selle de La Moite. ^ Marie était pourpre dindignalion.
Elle courut trouver son oncle. i
Le soir même, il y eut un entretien fort long chez :
Anne d'Autriche, entre le ministre, le jeune roi et sa ;
mère. ^
J'ignore absolument' quel genre de questions l'on y i traita.
Toujours est-il qu'à partir de celle conférence le roi ne l regarda plus La Molle. i
Pour mieux arriver à son but, le cardinal feignait de ^ considérer ces amours comme un pur enfantillage, i comme un moyen de distraire et d'amuser le jeune roi. -^
Il avait l'espérance que cela finirait tôt ou lard par dégénérer en une passion violenle et que Louis XIV épou- ] serait sa nièce d'autorilé. j
Les calculs eussent été justes avec une autre nature que celle de ce prince. Il eut constamment un trop viî amour de lui-même pour que n'importe quelle femme lui inspirât une passion violenle. Le nombre incalculable de ses tendresses prouve mieux que tous les raisonnements possibles combien elles a>aient peu de durée.
M. Fouquel qui, depuis trois ans, succédait à Émery dans la charge de surintendant des finances, assistait presque toujours aux réunions du Palais-Royal.
Il nous proposa une partie à sa magnifique terre de
— (il) —
Vaux, dans hiquclle il vcriail de dépenser dix-hiiil millions.
Nous y iillûnies. Il me sembla qu'on nous iransporiail dans le pays des fées.
A la nu il (oui le parc parul en feu.
Des milliers de guirlandes éblouissantes couraionl dans les branches des arbres el nous donnaient une lumit're plus vive que celle du jour. Longtemps après êlrc revenues de cette fêle, nous eûmes devant les yeux l'éclat des iliuminations et dans les oreilles le murmure des cascades.
Le mailre de ces lieux enchantés me distingua dans la foule.
Je reçus de lui toutes sortes de politesses gracieuses, et il daigna me demander ses petites entrées rue des Tournelles.
— Ah! monseigneur, répondis-jo, vous venez de rendre l'hospitalité impossible! Comment oserai-je h présent vous recevoir chez moi?
Il insisla, je cédai.
Le seul défaut de ce galanl homme était d'avoir un vaurien de frère, que chacun d('leslail à la cour.
Autant lesurinlendanl se montrait aimable, empressé, rempli de délicatesse el de savoir-vivre, autant l'abbé Fouquel nous parul impertinent, grossier, taquin, que relleui'.
Comme il s'avisait de papillonner autour de moi, je le renvoyai bi("n vile à son bréviaire.