Tome I
Le lecteur a vu ci-drssus que Martin n'a pas eu de postérité de sa première femme. Mais qu'il a eu six enfants d'Anne de Croy, sa seconde épouse, savoir: Philippe, Georges, Guillaume, Marie, Eléonore et Maximilien de Hornes.
Philippe est mort, sans génération, le 5 janvier 1572. Amand étant lors fort jeune, on ne peut guère trouver de liaison entre eux.
Mais Georges, devenu chef de la maison par la mort de son frère, a tenu avec Amand 1 une correspondance très étroite.
Voici deux de ses lettres : la première porte en termes : « Mon frère Hornes, vous n'ignorez pas » la ruine de notre Maison, comment elle est agitée de tous côtés. Je ne m'en doute qu'en avez » quclqnc ressentiment. Si est toutefois que j'ai matière de remercier le bon Dieu qu'il m'a donné » de si dressés enfants, qui sont de bonne aspectation, qui m'éguillonne davantage de les élever au » rang dont ils sont issus. Vous savez qu'il y a l'héritière du marquis de Berges : je tâche de prati- » quer l'alliance pour mes enfans par le moyen de M. de Mérode, qui avancera beaucoup pour en » être oncle. Je lui écris par la présente qui vat avant et cette, je vous prie qu'elle puisse bien « être adressée, ce que je reconnaîtrai, quand l'occasion se présentera. Priant Dieu vous environnner » de sa miséricorde, me recommandant à la vôtre et à celle de Mademoiselle votre femme de la » Hamayde ce 28 de septembre 1589.
» Votre bien bon et affectionné frère,
(Était signe) » Georges de Horives »
« Un mot de réponse. L'adresse de la lettre est à notre bien-aimé frère Hornes demeurant au » château de Geldrop, à Geldrop. »
Georges annonce donc publiquement par l'adresse de sa lettre, qu'Amand I était son frère. La seconde contient ce qui suit:
a Mon frère Hornes, je ne sais si vous avez reçu ma précédente : il y avoit une annexe à M. Mérode. » Mais d'autant que je doute qu'elle vous soit adressée, je vous récrirai la présente. Que mon attente » est de me retirer chez M. Mérode, pour plusieurs raisons que je vous déclarcrois si vous ne » m'étiez si fort éloigné. Et pour ce il me conviendroit d'être assuré que nous nous trouverions » l'un l'autre à la ville de Namur, et de là nous irions en compagnie jusques à Mérode. Si vous » me pouvez en cela gratifier, je vous en requiers. En quoi j'en recevrai satisfaction. Au moyen » de quoi, s'il y a plaisir et amitié à recevoir, il ne vous sera renié de ma part. En demeurant, je » prie Dieu, qu'il nous veuille envelopper de sa miséricorde et clémence, me recommandant à la » vôtre. De la Hamayde ce 11 octobre 1589.
» Votre bien bon et affectionné frère, {Était signe) » Georges de Hornes. »
Adresse : <■< A notre bien bon frère de Hornes demeurant à Geldorp. »
Georges n'exécuta pas ce projet, mais onze ans après il se retira chez Amand I (dont la famille demeurait au château de Geldorp, pendant que lui était à la guerre). Comme constc par l'ordonnance de payer sa pension, signée par les deux fils du comte Georges, le 28 juin 1601. Georges y est resté jusqu'à la fin de sa vie, terminée l'an 1608. Comme Butkcns, Troph. de Brabant, vol. I. pag. 620, atteste.
On laisse au jugement du lecteur à décider s'il est concevable qu'on eut placé un chef de famille chez un bâtard, adultérin, incestueux de son père? Un tel exemple étant inoui, doit confondre les anonymes dans leurs assertions, et dénote par soi qu'Amand I était frère légitime de Georges.
La pension du comte Georges étant arriérée de il. iôiO, Amand I en pressa le payement. Lamoral, fils de Georges, demandant quelque délai pour payer, s'exprima en ces termes, par lettres écrites
de Stavele, le 19 décembre 1613 , « autrement usant de rigueur ne peut vous rendre content,
» qu'à ma grande confusion, ce qui m'assure ne voudriez permettre, pour vous être si proche. Ce » que je vous prie de considérer. ...» Reclame-t-on la proximité du rang, à l'égard d'un bâtard, adultérin, incestueux, qui n'a ni état, ni famille? C'est donc encore une preuve que Lamoral considéré Amand comme légitime.
Retournons aux enfants de Martin et d'Anne de Croy, Amand I, étant en service du roi d'Espagne, n'a pas eu de liaison avec Guillaume, mort le 3 septembre 1580; mais il a entretenu correspondance avec sa sœur Marie, comtesse d'Egmont, et ensuite marquise de Lulin, comme conste par la lettre suivante.
« Monsieur de Homes, il y a quoique temps, que le voulant écrire, que je désire votre venue ici » pour communiquer et parler d'aucunes affaires, et non par lettres, lesquelles j'avois oublié à votre » dernier partement de cette ville, qui advint plutôt que je n'espérois, et comme je n'ai eu de vos » nouvelles, et que je suis encore du même vouloir, je le vous ai voulu dire autrefois par ce
» mot , afin que vous hâtiez à faire ce voyage, que j'espère, vous désirez aussi pour ce
» grand jubilé, en attendant vous voir bientôt je ne ferai la présente plus longue; priant Dieu vous » avoir Monsieur de Hornes, en sa Ste garde, me recommandant de bien bon cœur à vos bonnes » grâces, et de ma sœur votre femme. De Bruxelles, ce 7 mars 1603.
» Vre bonne sœur à commandement.
(Était signé) » Marie de Hornes. »
Dans une autre lettre, écrite de Bruxelles le 24 février 160£, elle marque par un proscrit u Monseigneur » le marquis espère en vos bonnes grâces, et sera bien aise de vous voir. •
Le marquis de Lulin, quoique seulement allié, a toujours traité Amand I de frère, comme résulte de deux lettres qui suivent :
lre. « Mon frère, comme c'est au besoin qu'on reconnoit ses vrais amis, je me confie, que j'en » aurai le témoignage de vous, de ce que vous m'avez toujours promis en la protection que vous » tiendrez mon fils, et toutes nos affaires, vous priant de croire que vous ressentirez de nous le » même contrechange que vous devons, ce que je vous ai bien voulu marquer par cette. Je salue » vos bonnes grâces de la même affection que vous me trouverez toujours, mon frère.
» Votre affectionné et bon frère,
(Etait signé) o C. de Genève.
» De Thurin, ce 16 janvier 1603.
Adresse : » A Monsieur, Monsieur de Hornes. »
2e « Monsieur de Hornes, mon frère, j'ai reçu votre lettre, sur laquelle je ne puis dire autre que » ce que vous verrez par celle que j'écris à mon fils, fors que je suis fort content reconnoître l'affection » qu'avez à nos affaires, qui est bien conforme à l'assurance, que m'en a donnée la bonne dame défeunte, » et la confiance que j'y ai, et assurez-vous que je n'en serai point ingrat, ni mes enfants, et notamment » notre petit Albertin, de qui je veux que vous soyez second père : qui est si gentil, grand et puissant » que j'ai foi en Dieu, qu'il imitera ses anciens de la maison de Hornes. Et Dieu lui en donne la grâce » et vous préserve.
» Mon frère autant heureusement aux siennes saintes, comme je me recommande aux vôtres, et à
» tout ce qui vous attouche.
» Votre très affectionné frère et fidèle ami ,
(Etait signé) » C. de Genève, marquis de Lullin.
» De Thonnon, ce 15 novembre 1605.
Adresse : » A Monsieur, Monsieur Armand de Hornes, mon frère, à Bruxelles. »
Leur fils, qui a épousé Sabine de Hornes, fille de George et nièce de Marie marquise de Lullin, a toujours traité Amand I d'oncle, comme prouvent les lettres qui suivent :
o Monsieur mon oncle, j'ai reçu seulement une des vôtres, pour cinq que je vous ai écrites, encore » sans date, en réponse à une que j'avois laissée à Nancy, à mon passage. . . . J'espère cependant » et ai tant de confiance en votre amitié, que toutes choses seront bien disposées pour ma venue. . . . » Au reste, je vons remercie du soin qu'avez eu de tenir la main pour la commission de ma levée, » ainsi que je vous en avois prié, par où j'ai vu le changement qu'on vouloit faire de l'infanterie » en cavalerie; mais ce m'en est un, pourvu qu'on me donne de quoi. . . ., je vous prie aussi d'y ■> tenir la main, comme aussi en ce qui concerne nos affaires. De quoi nous ne resterons non plus « ingrats, que de toute notre affection; ma femme et moi et tout notre petit ménage vous présentons » nos affectueuses recommandations, voulant vous demeurer à jamais,
» Monsieur mon oncle,
» Votre affectionné neveu à vous servir,
(Etait signé) » C. de Genève.
» De Thunneu, ce 10 février 1606.
« J'écris un petit mot à votre belle-mère et à vos nièces, afin de les faire ressouvenir de moi et » mander de leurs nouvelles, je leur ai tant d'obligation, etc.
Adresse : o À Monsieur mon oncle, Amand de Hornes, à Bruxelles. »
a Mon oncle, je vous ai écrit à toutes les occasions : je n'ai eu aucune réponse, sinon une de Nancy, » que je vous mandois, et sur la réponse que m'en fîtes. . . . touchant une levée de cavalerie, et » ensuite de cela j'ai dépêché un de mes laquais, je ne laisserai pas de travailler après la dite levée, » laquelle M. le marquis prend fort à cœur. ... et se résoud d'y contribuer et y furnir. S. A. mon ■> maître me fait présent de deux mille écus. ... je ne vous ferai pas plus long discours, seulement » vous dirai que ma femme et tout mon ménage se porte bien. Sur ce je me recommande en vos » bonnes grâces, et à celles de ma tante votre femme. M. m'a commandé de vous en dire le même » de sa part, et sans les empêchements qu'il a eus, il vous eût écrit. Assurez vous que je serai à » jamais,
» Mon oncle,
» Votre plus affectionné neveu à vous servir,
(Etait signé) » C. de Genève.
» De Thurin, le 25 février 1606.
Adresse : » A Monsieur mon oncle Amand de Hornes, en la Campigne. »
« Mon oncle, le malheur ne me pouvait être plus grand que celui qui m'est arrivé; mais il a fallu » céder à la force, ainsi que vous dira M. de Monterrin, comme le tout est arrivé. Or, j'ai recours » à vous, et à tous ceux qui aiment mon bien, afin de trouver ce qui m'est nécessaire pour sortir d'ici » à quelque prix que ce soit. . . . Cher oncle, lève-moi de cette captivité, et je tiendrai cela de vous » comme les autres faveurs, lesquelles je reconnaîtrai pour vous en demeurer à jamais,
» Mon cher oncle,
» Votre très affectionné neveu à vous servir,
(Etait signé) » C. de Genève.
» A Bergue-S'-Winox, ce 13 avril 1607. •
Si Amand I avait été bâtard, adultérin, incestueux, comme quelques anonymes prétendent, ce neveu se serait-il adressé à lui pour être tiré de la captivité? Quelles sont les facultés, quel est le crédit et la protection d'un tel oncle, plus méprisable que respectable? Nous abandonnons cette réflexion au jugement du lecteur.
Passons à Maximilien, fils cadet de Martin de Hornes et d'Anne de Croy. Il a pareillement traité Amand I de frère, comme appert par la lettre qui suit :
f Monsieur mon frère, comme j'ai été averti de votre venue à Bruxelles, n'ai voulu faire faute de » vous faire tenir ce billet, que vous verrez ci-joint, et comme je vous l'ai encore écrit passé quelque
» temps, c'est de ce gentilhomme, mien voisin, qui vous prie lui envoyer et selon que vous lui
r> aviez promis de lui faire participant, lorsqu'étiez en cette ville : pourquoi je vous prie d'avoir un » mot de réponse. Au reste, je ne doute que ce n'est que pour une bonne occasion qui êtes venu en » ce quartier là. Depuis que mon neveu, votre fils, qui est à présent à Bruxelles, passait par icî, » je n'ai oui nulles nouvelles de lui. Au reste, il n'y a rien de changé en notre ménage, et tout est » en un même état et bonne santé, Dieu en soit loué, espérant qu'il sera ainsi de la vôtre. Etant » ma femme et moi vous baisons très-affecteusement les mains et demeurons.
» Monsieur mon frère,
» Votre plus affectionné frère à vous servir,
(Était signé) » Maximilien de noiiNES.
» De Mons, le 26 mars 1604.
Adresse » A Monsieur, Monsieur de Hornes de Geldorp, mon frère, logé près de l'aigle noire » chez Mademoiselle d'Hardinxvclt à Bruxelles. »
Ces lettres sont scellées des armes de de Hornes pour éviter toute critique : on n'y a rien supprimé que ce que le texte de la lettre indique au lecteur.
Ayant vu que tous les descendants de Martin de Hornes et d'Anne de Croy ont traité Amand I de frère légitime, examinons comment la parenté l'a considéré :
Le témoignage de Jean de Hornes, en ce temps chef de la branche de Baucignies, ne peut pas être suspect.
Il débute d'abord en ces termes :
« Mon cousin, je vous envoyé ce porteur, officier mien, expressément avec la présente, pour vous
» prier bien affmcDl me faire tant de plaisir pour ce ne servant cette à autre je prierai
» le Tout-Puissant vous donner.
» Mon cousin et à Matllc, votre compagne, bonne et longue vie, me recommandant très affectueu- » sèment en vos bonnes grâces. De Boxtel ce 21 juin 1589.
• Ve affé cousin à vous faire service, (Était signé) » J. de Hornes.
Adresse : » A Monsieur Amand de Hornes mon cousin, Geldrop. »
Consultons enfin les alliés et nous trouverons le même appaisement dans les deux lettres qui suivent.
« Monsieur, comme par inadvertance soit encouru le chien, dont V. S- a plû me faire présent, » sur quoi serviront celles pour requérir V. S. bien affectueusement de le me vouloir renvoyer par » le porteur de cette, lequel j'envoyc à cette seule fin ... . assurant V. S. en foi de gentil-homme, » m'estimer tant cette faveur, que je ne désire autre chose que la fortune me donne l'occasion do » pouvoir montrer en effet, et combien me soit agréable ce même chien que V. S. a plû me donner, » et me tient pour redevable à la servir d'aussi bon cœur, que je prie le Créateur avoir V. S.
» Monsieur mon cousin en sa divine garde me recommandant, humblement et affectueusement en » votre bonne grâce et en celle de Madle. votre compagne, et non moins à Monsieur votre beau-frère, » lequel comme j'entends de V. S. m'a scmblement favorisé en cet endroit d'Airschote. Ce 28 août 1594.
» De V>c Sgrie très obligé et très affné serviteur ami et cousin, (Etait signe) » Jean de Merode.
Adresse : » A Monsieur Monsieur Amand de Hornes, mon Sr. ami et cousin à Geldrop. »
« Monsieur mon cousin de Hornes je suis bien merveille sur mes divers écrits, non avoir reçu » réponse, pourquoi cette votre Sgrie servira pour avertance des précédentes, laquelle j'envoye en
» manière d'avis, et plus que cousin, priant de me vouloir pour cette occasion assister avec et
« pour garder mon honneur je supplie que votre Sgrie plaise .... avec cette.
» Très cher cousin et compère, me recommandant à votre Sgrie et prie le Seigneur Dieu vous » conserver en sa très sainte garde et protection. En haste d'Astcn, ce 4 de novembre l'an 1588.
» \te Sgf'o très aff"é cousin et compère en tout vous servir et complaire,
(Était signé) « Hen. de Mérode.
Adresse : » A Monsieur, Monsieur Amand de Hornes, mon très cher cousin et compère Geldrop. »
Nous soumettons au jugement du lecteur si on écrit de lettres si pleines d'affection, d'amitié et de confiance, et avec tant de courtoisie, à un frère, oncle ou cousin bâtard.
Toute personne impartiale conviendra qu'en cette matière le témoignage de la famille est irréprochable. Elle est à portée de s'instruire et doit connaître l'état de chaque individu, parce qu'elle est autant intéressée à éloigner de toute succession les descendants illégitimes qu'elle est à y appeler les successeurs légitimes. C'est par cette raison que l'usage a introduit, depuis tout temps, le devoir entre les parents de se donner part des mariages, de la naissance des enfants et des morts.
Par ce moyen le public, étant en même temps informé de l'état de chaque personne, peut rendre justice à la naissance de chacune.
Les lettres ci-dessus rapportées, constatent que tous les enfants de Martin de Hornes et d'Anne de Croy, les petits-enfants, les parents et les alliés ont, non-seulement constamment et respectivement nommé Amand I leur frère, oncle et cousin, mais l'ont annoncé pour tel au public, par les adresses de leurs lettres.
11 n'est donc point étonnant que le public ait considéré et traité Amand I comme légitime.
La cour féodale de Gueldre et de Zutphen lui a accordé le titre de noble, qui ne compète point à un bâtard, adultérin, incestueux.
Voici l'adresse originale d'une de ses lettres :
« Au noble féal, notre bien aimé Jonckcr Amand de Hornes, seigneur de Geldrop, à Bruxelles. »
Les souverains du pays, en leur octroi du 4 d'août 1609, ne lui donnant pas seulement le titre de noble, mais y ajoutant personne légitime.
Messire Charles-Philippe Bodoan de Bcrleghem, évêque de Bruges, qui connaissait personnellement Amand I, donnant, le 14 août 1613, une déclaration du zèle qu'Amand avait témoigné pour la religion, lorsqu'il commandait pour le roi, en 1600, en la ville d'Alost et dans ses environs, le nomme Amand de Hornes, seigneur de Geldrop, fils de Martin, comte de Hautekcrcke, et non pas fils naturel de Martin, comme il aurait dû dire si Amand avait été illégitime.
Enfin les notaires, dans tous leurs actes, ont toujours Intitulé Amand de noble et bien né. Ce dernier titre ne peut certainement pas être appliqué à un bâtard.
Les égards particuliers d'ailleurs que les souverains du pays ont eu pour Amand I et ses descendants sont de nouvelles marques de la légitimité de sa naissance.
Dès son adolescence, il fut fait capitaine d'une bande d'ordonnance de l'empereur Charles-Quint. Nous avons vu l'acte original de la revue de sa compagnie, passée en la ville de Maestricht, le 19 de janvier 1578.
Le mariage d'Amand I avec une de Jeude-de Chatillon, fille d'une naissance distinguée, jeune et recherchée, indique de rechef sa légitimité. Est-il possible qu'un bâtard, adultérin, incestueux, eut pu parvenir à une aussi illustre alliance? »
Son fils, Amand II, entrant l'an 1606 au service du roi d'Espagne, fut gratifié au même moment d'un appointement particulier au-dessus de la paye ordinaire, par ordre signé de l'archiduc Albert dans la ville de Bruxelles, le S juillet 1606.
Deux mois après, il fut fait gentilhomme de la maison de l'archiduc, avec une augmentation de sa pension et un tiers de son entretien, tant qu'il servirait la personne de l'archiduc. Comme conste, par l'ordre signé de S. A. en la ville de Bruxelles, le 19 septembre 1606. Accorde-t-on ces honneurs aux enfants des bâtards adultérins?
Il appert encore qu'Amand II a été gentilhomme de la maison de l'archiduc : 1° par la déclaration donnée le 20 septembre 1661, parle comte d'Issenburg, chevalier de la toison d'or et gentilhomme de la chambre du roi; 2° par l'ordre adressé à Amand II d'assister à l'enterrement de l'archiduc, conçu en ces termes : « Monsieur, comme le jour de l'enterrement du sérénisme Archiduc (que Dieu fasce » paix) est pris le dixième du mois prochain, S. A. S. m'a commandé de vous en avertir, afin que » vous vous y trouviez pour le sixième du dit mois, au moins pour le neuvième, et croyant que » n'y ferez faute, je me recommande en vos bonnes grâces et scray,
Monsieur,
» Bruxelles ce 24 de février 1622.
» Votre bien affectionné à vous faire service.
(Etait signé) « Le comte de S. Aldegondb.
Adresse : » Monsieur, Monsieur de Hornes, gentilhomme de la maison de S. A. S., demeurant » proche de Bois-le-Ducq. »
3° Et enfin les lettres de terrier qu'Amand II a obtenues en la ville de Bruxelles le 24 janvier 1620, portent aussi « nous avons reçu la supplication de noble homme Amand de Hornes, seigneur de » Geldorp et gentilhomme de notre maison. »
Les deux filles d'Amand II ont épousé chacune un grand d'Espagne de la première classe; si leur aïeul Amand I avait été bâtard, eussent-elles pu aspirer à des alliances si distinguées, où la délicatesse espagnole est si connue?
Un bâtard adultérin, incestueux, n'ayant droit de succéder ni au père ni à la mère, ne peut être opulent. Amand I était très riche; mariant son fils, Amand II, avec Isabelle délia Faille, il lui assigna, par contrat de mariage du 3 de février 1615, sur des biens-fonds, un revenu d'onze cents florins par an. Il a déclaré, en son testament de l'an 1617, d'avoir six enfants et de les avoir égalisés en biens pendant sa vie. Il avait donc un revenu annuel qui passait de beaucoup les six mille six cents florins par an, sans y comprendre les biens de sa femme.
Ce revenu est bien considérable quand on considère que dans ce temps-là le numéraire était de la moitié plus rare, et par conséquent que sa valeur était presque double.
Ce n'est pas au service du roi, dans lequel il a passé près de trente ans, qu'il ait pu acquérir de si grands biens, puisqu'on y dépense communément plus qu'on n'épargne. Ce n'est pas non plus avec les revenus de sa femme. Sa belle-mère étant usufruitière universelle de tous les biens, comme conste par l'acte par elle passé le 23 de février 1604, et n'est décédee que l'an 1615. Mais ces biens sont succédés à Amand du chef de sa mère, Catherine de Hornes, enfant unique. On en parlera plus en détail ci-après.
Voilà donc la légitimité d'Amand I établie par le témoignage universel de la famille, par les actes les plus respectables, et par toutes les présomptions humaines; il n'y manque que la démonstration publique, et la voici :
Les armes d'Amand I, pleines et avec tous les ornements de I'écusson, sans barre et sans aucune marque de bâtardise ou de légitimation, sont taillées sur sa tombe élevée, qui est, au milieu du chœur de l'église paroissiale de Geldorp, telles qu'elles sont représentées ici en estampe, ci-devant indépendamment de la tombe, le blason de ses armoiries pleines a été exposé vis-à-vis de la petite porte d'entrée au chœnr.
Tombe an milieu de l'église paroissiale de Geldorp.