‹ Noblesse obligeChapitre 3 sur 9 · Chapitre deuxième · texte numérisé non relu

Chapitre deuxième

KOBL* 1.

— J'aurai Thonneur de vous y accompagner moi-même, reprit le baron en précédant l'étranger.

Quand M. Gêrvais fut seul, il posa sa canne et son chapeau sur une chaise, et s'appuyant le menton sur ses deux mains, il se mit à réfléchir»

Ses prévisions allaient-elles ti^op loin ? Se

trômpait-il dans ce qu'il avait cru devîner ? Il élnh plongea dans ses méditations, quand revint le baron; ce qui fit qji'il ne Tentendit pas entrer, et que celui-ci pût s'approcher sans qu'il eût fait le moindre mouvement.

— Ak ça, docteur, à quoi pensez-vous donc ainsi les deux yeux fermés et le visage dans les mains ?

— Je pensais à mademoiselle votre fille*

— Eh bien ! docteur, nous sommes seuls.

— Vos inquiétudes étaient exagérées, je vous le répète; le danger que vous redoutiez n'est pas à craindre en ce moment. Je dis en ce moment, monsieur le baron, parce que je ne dois pas vous cacher que l'organisation de mademoi selle votre fille est délicate, impressionnable, et qu'elle n'est pas, je pense, entièrement exempte

du roal fnneste qui a jeté tant de deuil autour de vous. Sa nature est frêle, chancelante^ ayant besoin d'appui, de tranquillité, de calme, de calme surtout; et ce besoin est d'autant plus nécessaire que ^ organisations maladives par le fait même de leur faiblesse ressentent plus vivement les moindres impressions sans pouvoir les dominer. Je me résume en quelques mots^ monsieur le baron : Mademoiselle Alice est jeune, la vie a dans elle de la sève, je dirai presque de l'énergie, malgré sa pâleur apparente; et tout fait espérer que le germe du mal qu'elle tient de sa naissance pourra être étouffé, par les soins et les ménagements ; mais il faut l'éloigner autant que possible de tout travail sérieux qui absorberait son attention et fixer^t ses pensées d'une manière trop absolue; je vous prescrirai, dans mon ordonnance, lerçgime de nourriture

qu'il est, je crois^ important de suivre avec la plus grande régularité. Maintenant, il me reste un autre point sur lequelje crois de mon devoir d'appeler toute votre attention.

Le baron fit un mouvement involontaire qui décelait son inquiétude ; et sans prononcer un seul mot, il se pencha vers le docteur pour ne pas perdre une seule des paroles qu^il allait prononcer.

M. Gervais prit une position sérieuse, réfléchit, etcoutinua ainsi :

— J'ai toujours pensé que la science du médecin ne consistait pas à étudier seulement le mal qui se développe à ses yeux et à en chercher la guérison ; car la médecine est impuissante à guérir les souffrances du corps qui proviennent des souffrances de Tâme. — ^Nous autres, pauvres médecins de campagne, qui vivons presque en

Êimille avec ceux que nous soignons, nous apprenons bien souvent à guërir le mal par la connaissance d'un secret. Nous apprenons à comprendre combien la vie du corps se rattache intimement à la vie du cœur.

— Et vous pensez, docteur?... interrompit le baron impatient de voir M. Geryais terminer son exorde.

— » Je pense y monsieur le baron, que mademoiselle de Kervelane est arrivée à cet âge où le coeur cesse d'être muet ; je n'ai rien trouvé dans les symptômes de la maladie extérieure qui pût motiver cette pâleur, cette tristesse, rien enfin dans le mal que tous redoutez, qui puisse occasionner cet abattement presque continuel, et cette mélancolie douloureuse dont vous m'avez parlé.

— Rîen? dites-vous. ••• répéta le baron.

— Alors je me suis demaadé si quelque cause cachée, inconnue^ ne pourait pas produire d'aussi tristes efiets dans cette frêle organisation; j'ai interrogé avec la pensée, et j'ai cru...

— Qu'avez-vous cru? monsieur, dit fièrement le baron, en redressant sa noble têle de vieillard.

— Que mademoiselle de Kerrelane avait un secret qu'elle cachait à son père.

— Vous vous êtes trompé, monsieur.

— C'est possible, monsieur le baron, reprit M. Gervais en se redressant aussi de son côté, avec au moins autant de ûerté ; — ermre humanum estf et je n'ai pas la prétention d'être une excep" tien à la règle commune, — l'un de nous deux se trompe en ce moment; l'avenir dira lequel; — mais vous m'avez appelé; je suis venu, et je vous dois toute hi venté. — Veuillez donc, je

vous prie , ne pas m'Interrompre.— Je ne sais pas faire de phrases, je ne suis qu'un paysan ; je vais droit au fait : II s'agit de sauver votre enfant, que vous êtes menacé peut-être de pcrdie, comme vous avez perdu sa mère, comme vous avez perdu sa sœur ; il s'agit, si Dieu le veut et le permet, de l'arracher, par tous les moyens possibles, à une aussi cruelle destinée; et cette pensée-là, monsieur le baron, croyezmoi, doit dominer tout orgueil et toute susceptibilité. — Votre fille souffre, votre fille maigrit, votre fille pâlit et s'affaiblit de jour eu jour; quand je lui ai parlé, elle était embarrassée, quand je l'ai interrogée avec mes regards, elle semblait avoir peur, elle s'éloignait de moi plutôt qu'elle ne se rapprochait ; ce n'est pas là le sentiment d'un malade, il ne fuit pas celui qui doitoupeutleguérir. — Interrogez vossouveuirs,

interrogez une à une toutes les années de celte existence si jeune encore, et peut-être trouve— rez-vousla cause véritable de cet abattement qui vous effraie ; peut-être y a-t-il au fond de cette âme, dans ce corps si fragile, un sentiment violemment comprimé, que sais-je moi? une espérance déçue, un rêve de jeune fille trop tôt dissipé; — les jeunes filles révent tant, et si souvent; — mais je vous le répète, et je suis convaincu de ce que je vous dis ; quelque chose tourmente et domine en secret cette frêle organisation, trop faible encore pour pouvoir résister. — Songez-y sérieusement, la vie de votre enfant peut-être en dépend. — Voilà, monsieur, ce que ma conscience m'ordonnait de vous dire.

Le brave docteur s^était tant et si fort animé en parlant, que la sueur lui découlait du front.

Le baron resta quelques instants sans ré-

pondre; puis il se leva et tendit la main au

docteur.

— Merci, docteur, de votre loyale franchise, et pardon d'un moment d'humeur dont je n'ai pas été le maître. — Vous avez peut-être raison, et comme je suis sûr, je le jurerais sur mon vieux blason de gentilhomme, que mademoiselle de Kervelane ne peut avoir que des pensées dignes d'elle et de l'honneur de notre maison ; je lui parlerai...

— Doucement, surtout, interrompit^^M. Gervais, avec un demi sourire.

— J'appellerai à moi sa confiance et son affection ; et quoi que ce soit qu'elle me demande je l'accorderai, docteur, soyez-en certain. — Que m'importent les projets que j'aurais pu former? —-La vie de mon enfant c'est ma vie à moi! c'est

— (i4 — • l'avenir et la consolation de ma vieillesses — vous avez dit, docteur, Cjue sa vie en dépendait.

— Fèut-êlre... dit gravement le médecin.

Cet entretien fut interrompu par l'arrivée

d'Yvonne en grande tenue, qui annonça pompeusement c{ue le dîner était servi. — Evidemment elle avait pensé que M. de INièvrcrnont, auquel elle ne voulait pas donner d'autre nom f[ae l'étranger, était dans le salon.

— A-t-on prévenu le marquis de Nièvremont?

dit le ba/ou.

— J'y cours de ce pas, exclama Yvonne.

— Et Vaienlin?

— Il est dans la salle à manger.

Puis Yonne disparut en courant,

— Cette bonne fille, dit le baron en soufiaii!,

a un orgueil de grand seigneur , sous son enveloppe de paysanne. — Si je Tavais laissée faire elle aurait illuminé^ Dieu sait comment, ce vieux château depuis les pieds jusqu'à la tête.

Presqu'aussitôt le marquis de Nièvremont entra, et peu après Alice de Kervelane.

La jeune fille alla bien timidement à son père et lui doima son front à baiser.

Le vieux gentilhomme la prit par la main et la présenta à l'étranger.

Mademoiselle de Kervelane n'avait pas encore osé lever les yeux, et l'embarras bien naturel qu'elle éprouvait, avait rendu des couleurs à ses joues ordinairement si pâles; mais, quelque grande que fut sa timidité, elle ne lui enlevait rien de cette grâce et de ce charme de jeune

lille que détruisent ou pour le moins altèrent si souvent les leçons du monde.

Aussi le marquis de Nièvremont la trouva charmante, et l'attira à lui avec celte douceur toute paternelle que donne la distance des âges.

— M'ayez pas si grande peur de moi, mademoiselle, l'accueil cordial et si noblement hospitalier que je reçois ici me fait oublier que je ne suis qu'un étranger, et je suis tenté de me croire au sein de ma {amtlle.

— Je serai toujours heureux et reconniissant de recevoir dans mon TÏeux manoir des Herbiers , le frère de mon plus ancien, de mon meilleur ami, reprit aussitôt le baron j et ce serait me faire injure s'il croyait devoir se regarder comme un étranger chez moi.

Valentin et Ytoodc ooTrirent aTec fracas ie»

deux battants de la porte^. et Ton passa dans la salle à manger.

C'était sans contredit nne des parties les plus remarquables du vieux castel^ et le barcm de

Kervelane y avait conserTé religieusement jusqu'aux traces du vieux temps qu'eUe rappelait. — On y respirait œ parfum d'antique chevalerie si complètemoit efiâcéde nos jours; on y comprenait cette vie guerrière et patriar chale à la fois des vieux gentilshommes, cette vieâ noblement remplie, qui se perpétuait de race en race, sans que celle qui venait sur la terre fit £iute à odk qui entrait dans la tombe. — Sur les panneaux il y avait, comme dans le salon, des portraits , et à côté des portraits, des armures rouiUées, des épées et des casqpies, des pennons et des ban-

lucres. — Toutes les fenètre!< étaieni garnies de vitraux gothiques qui ne laissaient pénétrer qu'un jour sombre et coloré; car le baron avait conservé les vieux usages, et dînait dans le milieu de la journée.

Le repas fut gai, sans façon; mais parfois on voyait sur la physionomie du seigneur de Kervelane que la conversation qu'il avait eue avec le docteur l'inquiétait sérieusement, et son regard scrutateur observait sa fille. — Aussi, quand le brave M. Gervais quitta le château, le baron le reconduisit jusqu'au perron , en lui disant tout bas :

— J'espère vous revoir bientôt, docLeur, el avoir quelque chose de nouveau à vous dii-e.

Dans le courant de la journée, M. de Kervelane trouva facilement l'occasion d'être seul avec sa fille. — Il était d'un caractère trop ans-

tère et surtout par principe trop firanc et trop droit pour pouToir prendre sur lui d'aborder diplomatiquement la question.

•— Alice, lui dit-il, j'ai à te parler, k te parler sérieusement.

— Me voici, mon père, dit la jeune fille un peu efirayée du ton solennel avec lequel son père ayait prononcé cette phrase.

— M'aie pas ainsi peur, mon enfant, reprit le baron ; je n'ai rien à te dire qui puisse t'affliger; ne sais-tu pas toute ma tendresse pour toi, toute ma sollicitude inquiète et paternelle pour tes moindres désirs. . . même tes moindres caprices ?

La jeune fille ne répondit pas; mais elle entoura le cou de son père de ses deux bras et l'embrassa; puis elle laissa doucement glisser

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sa jolie petite tête blonde, qu'elle indina sur la poitrine du vieillard.

— Sais-tu ce que croit le docteur Gerrais?

— Non, mon père, murmura assez bas Alice.

— Que tu as quelque pensée secrète qai te tourmente et t'attriste, quelque souQrance cachée qui te vient du cœur et te cause cet abattement, cette langueur que je remarque en toi depuis quelque temps.

Comme Alice n'avait pas fait un mouvement et ne répondait pas, le baron baissa la tète de miuûère que sob visage se trouva en face de celui de sa fille; puis, lui soulevant le menton avec une de ses mains, il ajouta doucement:

— Tu ne me réponds pas, Alice f Alice souleva faiblement ses yeux.

^•M. Gervais se trompe, dit-elle.

— r Mais alors; pourquoi n'es-tu plus ainsi que ta étais antrefoiSi gaie et chantante? — pourquoi cet embarras, ce trouble quand je te parle ?

—«Moi!., moi! mon père! reprit vivement la jeune fille ; je ne suis pas embarrassée. . . Je n'ai rien, je vous assure.*— Ce sont des pensées tristes qcd me viennent quelquefois dans le cœur: je ne pourrais les analyser ; mais, dans quelques jours, je n'y penserai plus. — Vous vous alarmez à tort, mon père.

n avait fiillu & la fille du baron un grand ef* fort sur elle-même pour pouvoir parler ainsi. «— Aussi, elle était toute rouge, et son cœur battait bien fort, '

— Alice, dît lebaron, d'une voix moitié affectueuse moitié sévèrci Dieu, dont il faut toujours révérer les décrets sans murmurer, t'a enlevé

ta mèrei puis ta sœur, et t'a laisséci pauvre en- Êint^seule^avec ton père pour gmdeet pour ami. Tu as dix<-huit ans, Alice, et il est des sentiments dont je ne veux pas te parler ; car ce serait croire que tu les ignores on qne tu ne les comprends pas. Soniriens-toi, mon en&ntyqa'il n'est pas de cœur plus dévoué que celui d'un père, et d'affection plus profonde, plus inaltérable que la sienne.

— Oh! je le sais... je le sais, mon père, dit Alice, les larmes dans les yeux.

— Écoute, Alice, reprit le baron en prenant les deux mains de sa j&lle dans les siennes, tu me connais ; à mon âge, je n'ai plus d'autre soin que le bonheur de mon enfant et l'honneur de ma maison. — La fille du baron de Kervelane a le cœur trop noblement placé pour rêver un bonheur qui ternirait son nom et flétrirait le

passé de toate une illustre famille. — Élevée dans ce château près de tous ces souvenirs , orgueil de notre race, Alice, vous eussiez tressailli dans votre cœur et dans votre conscience, et le sang de vos veines, ce sang que vous tenez de moi , aurait rougi votre front, j'en suis certain; aussi ma j&Ue, votre père est prêt à tout &ire pour vous. — Parlez; je donne d'avance ma parole de vieux gentilhomme.

— -*0h! mon père! mon bon père!... s'écria Alice, que vos paroles me font de bien I — N'ayez plus aucune crainte, la joie renaîtra sur mon visage, et je chanterai ces ballades que TOUS aimez tant!

En ce moment, Valentin entra et dit au baron que des ouvriers qui travaillaient dans une partie du château, attendaient ses ordres: car le

barOD ne voulait s'en rapporter qu'à lui même pour les réparations qu'il Élisait Caire chaque année au vieux manoir féodal.

Alice resta seule.

Quand la porte se fut refermée sur son père, elle tomba dans une profonde mai» douce rêverie qui était plutôt une prière, — la prière de sa pensée à son âme.

A quel écho intime de cette pensée étaient donc venues frapper les paroles de son père?— Dieu seul peut le savoir; mais toute la pâleur qui couvrait le visage de la jeune fille avait disparu.

Si le docteur Gervais l'eût vue ainsi, il eût certainement cru à une métamorphose ou à un miracle, et il se fût demandé quelle magie surfiumaine avait pu opérer ce prodige. — Cepen-

dant Alice restait pensive; sa jolie tête blonde était inclinée sur sa main; et si parfois elle la relevait) on sentait murmurer sur ses lèvres des mots que nul n'eût pu entendre. — Son cœur de jeune fiUci sinalkf si candide, semblait lutter avec elle-même.

Elle monta s'enfermer dans sa chambre.

De graves événements devaient se passer dans le château des Herbiers. Nous allons les raconter.

Dès que le baron de KervelanCi après le départ da docteur Gervais , se trouva seul avec M* de Nièvremonty il lui dit aussitôt :

— Je vous attendais avec impatience, monsieur le marquis, car votre arrivée devait dégager ma responsabilité d'un fardeau qui pèse depuis bien des années sur moi ; tant d'événements

peuvent se succéder dans la vie d'un homme, qu'un dépôt de k nature de celui qui m'a été confié, inquiète chaque jour et trouble souvent le sommei). — Si vous voulez me le permettre, j'aurai l'honneur de remettre entrevos mains la cassette que ce brave et malheureux Rodolphe de NIèvremont m'a confiée il y a dix ans. — Ensemble nous l'avons ouverte pour en voirie contenu, et depuis ce temps la clé en est restée pendue à mon cou, et ne m'a quittée ni jour ni nuit. — Cette clé, la voici, monsieur.

Et le baron étant de son cou un petit cordonnet de soie, tendit la clé au marquis de Nièvremont.

— -C'est à moi d'abord, monsieur le baron, dit le marquis, à vous remettre cet anneau d'or, dont le semblable doil se trouver dans la cassette et qui est le signe par lequel je devais me

faire reconnaître. — En outre, j'ai apporté avec moi mon acte de naissance pour tous prouver que je suis bien le frère du marquis de Nièvre-* mont et que le nom et le titre que je porte sont véritablement les miens.

— Je vous remercie, dit le baron en prenant Tacte et en ouvrant la bague. — Pardon de regarder avec attention et cet acte et cet anneau, mais vousdevez comprendre la responsabilité qui pèse sur moi ; à la place où pendant dix années est restée cette cassette, je mettrai cette bague et cet acte joints à la lettre que m'a laissée Rodolphe ; je le dois à mes enfants et à l'honneur de ma maison. — Maintenant, monsieur le marquis^ veuillez me suivre.

Tous deux sortirent.

Le baron prit un long corridor assez obscur qui aboutissait par une petite porte basse a un

escalier tortueux , par lequel on montait dans l'une des tourelles du château. Il monta cet escalier et arriva à une autre porte fermée à clé par une serrure de sûreté; iU'ouvrit et se trouva dans une petite chambre ronde dans laquelle le journe parvenait que par des espèces de meurtrières taillées dans l'épaisseorda mur. — Dans cette chambre on voyait au plafond les armes de la famille de Kervelane, avec cette vieille devise que la famille a toujours conservée ; Nobïàte vblige. — ^Pour tout meuble il ne se trouvait qu'une table recouverte d'un vieux tapis d'étoffe si ancienne, que les couleurs en étaieiil presque efiacées, et un grand fauteuil en bois de chêne sculpté.

— C'est ici, dit le baron, en souriant, la càambre de nos archives ; là sont enfermés les papièFS-cpii attestent les hauts faits de notre race

depuis Gharlemagne, et les souvenirs de notre gloire, de notre orgueil et de notre richesse de race.— -Je ne pouvais mettre ce dépôt sacré sous une plus noble garde.

Parlant ainsi, le baron poussa un ressort qui était dans le mur, ce qui laissa voir un trou carré pratiqué dans Tépaisseiur des pierres ; ensuite il ouvrit une petite porte de fer et prit la cassette, qu'il porta sur la table; — Elle était garnie de fer.

Le baron et l'étranger redescendirent ensuite dans le salon.

Alors le vieux gentilhomme prit la clé, qu'il remit à M. de Nièvremont.

— Je remets entre vos mains, monsieur le marquis, le dépôt qui m'a été confié; maintenant la mission que m'avait imposée l'afiectioi^

si rare d'un véritaUe ami est terminée. — Je vous prie d'ouvrir cette boîte.

L'étranger tendit la main au baron.

— Merci du fond du cœtw, monsieur, lui ditil, merci pour mon frère qui a trouvé près de TOUS au moment de l'infortune et des persécutions tant de noble secours et de généreux dé- Toûment.— Hélas! mon pauvre frère n'est plus j les malheurs qu'il a eus à supporter ont abrégé sa vie; mais il a toujours prononcé votre nom avec respectetreconnaissance;et moi, resté seul maintenant de toute la iamille, je siùs lieureux, noble gentilhomme, de vous serrer la main.

Comme le marquis de Nièvremout, par délicatesse, n'ouvrait pas la cassette, le baron prit la clé qu'il avait posée sur la table, la mit luimême dans la serrure et ouvrit.

— Vous devez être instruit, monsieur le mar-

quis, de ce que renfermait cette boite : -—les papierS| les voici ; — le portefeuille qui contient les cinq cent mille francs, il est là.

Et le baron , après avoir retiré les papiers, prit le portefeuille.

Lorsqu'il le tint dans sa main, quelle fiit la pensée subite qui lui vint? — Quel doute mortel lui passa dans Tesprit?— Mais son visage devint pale; — par un mouvement subit il ouvrit brusquement le portefeuille*

Il était vide

€lia|iltre trotolème.

C!e cpii se passa sui- la figiH*e du vieux gentil-^ •homme est impossible à décrire. — Il est de ces sensations du cœur qui se répandent convulsivement au dehors dans le regard^ dans la voix, dans le frémissement des artères, dans le tremblement de tous les membres ; de ces sensations inouïes, secret de Vkme, et que nulle expression

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humaine ne pourrait reproduire. — Ce fut un cri, — - un cri échappé, dans lequel toutes les douleurs, tons les désespoirs étaient renfermés.

Le portefeuille était k terre.

En regardant le baron de Kenrdane, on eût dit une statue; — ses yeux immobiles semblaient n'aToir plus de regards; des crispations nerveuses fiiisaient tressaillir les rides de son visage; ses bras étaient pendants le long de son corps, et le mourement de ses vêtements indiquait une à une les palpitations de son cœur.

Quelques minutes se passèrent ainsi, — minutes terribles, foudroyantes,— c'était un silence mortd.

Enfin le baron souleva péniblement un de ses bras qu'une puissance invisible semblait attacher à son coté) et sa main tremblante mcm* tra le portefeuille ouvert qui était à ses pieds.

M. de Nièvremont n'osait prononcer une parole ; — il est de ces douleurs trop grandes, trop solennelles, pour qu'on ose y toucher; — parler en ce moment ! — que pouvait-il dire pour consoler ce noble vieillard, qui semblait frappé par la foudre?

Le baron se baissa, — ramassa le portefeuille; et l'on comprenait, au mouvement de ses doigts, qu'il ne pouvait croire encore à rhorriblé vérité.

— Cet argent n'y est plus! dit-i^ d'une voix creuse, sans paraître se rendre compte des paroles qu'il prononçait, — et cependant. .. cette cassette. •• la serrure n'en a pas été forcée. •• rien!... rien!...

' — Vous avez été victime d'un vol affreux, dit le marquis de Nièvremont.

•—Oui!... répéta le baron, oui!... Chaque

mot qu'il prononçait semblait lui déchirer la poitrine. — Oui! un vol épouvantable,., une fatalité affreuse! Oh! mon Dieu! n'ai-je vécu jusqu'à ce jour que pour être ainsi frappé dans ma vieillesse? — Oui, victime d'un vol qui... me déshonore.

Ce dernier mot fut prononcé à voix basse entre les lèvres fortement comprimées; — il semblait qu'elles se révoltassent, et que ce mot terrible de déshonneur les souillât en y passant.

Le vieillard tomba anéanti dans un fauteuil et se prit la tête à deux mains ; — toute cette force d'âme, cette énergie de caractère, cette puissance de volonté contre tous les événements qui faisaient le cachet principal de sa nature , l'avaient abandonné.

Pendantsa longue carrière, bien des malheurs

aTaient touché le seuil de sa maison, bien des terribles é?ënements avaient plané sur sa tète ; l'échafaud de 93 avait menacé sa vie. Jeune encore, il avait vu rouler sur cette planche fatale, la tête de son père; le froid, l'obscurité d'un cachot^ avaient usé plusieurs années de sa vie...

tous les malheurs l'avaient touché, l'exil-, la mi* sère; et rien n'avait pu faire trembler ou abattre cette âme de fer; mais devant ce nouveau coup du sort, il était sans force, sans énergie, sans courage.

Le marquis de Nièvremont s'approcha de lui, et lui dit d'une voix grave :

— Ne prononcez pas le mot déshonneiu*, monsieur le baron, le malheur seul peut entrer ici, mais avec lui le respect et l'estime que l'on doit à un noble caractère, à ime noble race.

Ces paroles semblèrent réveiller le vieux gen— tilbomineilanssa lorpetii- et son anéantissement; il relera h tète et regarda celui qui venait de lui parler ainsi, de ce regard calme et résigné, le reflet des nobles âmes lorsqu'elles soufirent.

— Je vous remercie, monsieur le marquis, des paroles que vous venez de dire ; Je ne devais pas attendre moins de celui qui porte le nom d'un Nièvremont; — mais, pour vous, je suis un étranger, vous ne me connaissez pas.

M. de Nièvremont fit un mouvement.

— Oui, moniiieur, conlinua-t-ïi, un étranger auquel vous venez récluraer un dépôt qui a été mis sous la garde de son honneur. 'Ce dépôt je ne l'ai plus!... Mais Dieu qui sait tout, sait que le baron de Kervelane eût mieux aimé mourir de faim et de misère, lui et ses deux enfants,

que de toucher un denier de la somme qui lui avait été confiée.

— Qui oserait en douter?

— Et tous! tous, mes nobles aïeux! tous dont les portraits me regardent en ce momen t^ dont les pensées m'interrogent, dont les souvenirs m'entourent, vous, devant qui chaque jour le vieillard inclinait avec orgueil sa tète blanche, ai-je besoin de vous faire ici un serment? - — Oh!

non ! non! n'est-ce pas? Non, devant vous je me relève fier, la tète haute, le cœur droit, devant vous qui êtes ma religion à l'égale dexelle de Dieu; — dormez, dormez en paix dans vos tombes glorieuses; je le jure ici, tout ce que je possède servira à remplacer cette somme.

En parlant ainsi, la noble figure du gentilhomme s'était redressée grande et superbe. —

Tout le passé de sa &tnille semblait s'être écrit en lettres d'or sur son front, pour le justifier et l'absoudre.

Ce n'était plus cet honnne, tout à l'heure abattu, foudroyé, anéanti, sans voix, sansmouvement; — c'était Mme énergique et puissante qui se relevait, d'autant plus fière, qu'elle portait une auréole d'infortune et de douleur.

Le baron de Kervelane était redevenu luimême.

— Je ne le souffrirai pas ! s'écria le marquis de Nièvremont; ce sacrifice que vous voulez vous imposer, je ne le veux point, je ne l'acceple point! — Et que m'importe à moi cette somme!

Je suis assez riche pour qu'elle ne tienne même pas la plare d'un regret; non, monsieur le baron, oubliez ce dépôt, oubliez ce porlefeiiille,

oubliez cet argent qui vous a été enlevé^ — c'est un secret entre nous deux.

Le baron secoua ta léte négativement.

M. de Nièvremont continua :

— Vous êtes un étranger pour moi, avc2-vous dit : et le souvenir de mon frèrci croyez- vous donc qu'il soit entièrement effacé de ma mémoire? Cette affection dévouée qui vous a unis tous les deux pendant les dures épreuves qui vous étaient réservées^ est un héritage qu'il m'a légué en mourant, et que je viens réclamer aujourd'hui. Mon firère ne vous doit-il pas la vie ? Lorsque condamné à mort, traqué de toutes parts, poursuivi sans relâche parla voix sanglante du peuple, toutes les portes se fermaient devant lui, il errait^ attendant l'heure de la mort; car nul, nul, vous le savez, n'eût osé lui donner un refuge. — Si vous avez oublié tout cela, à moi de

vous le rappeler alors$ c*est vous qui êtes venu à ce pauvre Rodolphe^ qui n'osait pas venir à vous, car son amitié était mortelle; c*est vous qui lui avez ouvert votre maisonj qui lui avez donné un asile, qui l'avez caché aux poursuites de ses bourreaux; par vos soins, par votre dé« voûment, il a pu s'embarquer et quitter la France ; c'est par vous enfin que Rodolphe a été sauvé de l'éehafaud. — Et quel a été le prix de votre dévoùment? — la prison, l'insulte, la mort presque, si le hasard et la providence n'étaient venus k votre secours, comme à celui de toute la France. — • Et vous venez me dire que vous êtes un étranger pour moi ! et vous croyez avoir k vous justifier devant le frère de Rodolphe de ce que des misérables vous ont volé ! -— Dites, je vous le demande à vous-même, y a-t-il une autre pensée que celle de Kestime et de la i^*

connaissance qui puisse se placer enlre nous?

Pendant que le marquis parlait, an instant le visage du vieillard devint radieux^ et ses yeux s'animèrent d'un feu soudain.

C'était le souvenir des services rendus par lui au frère du marquis de Nlèvrecnont qui venait se placer dans son cœur, à côté du violent désespoir qui y débordait ; c'était le passé de sa vie qui étendait sur sa tète blanchie ses ailes protectrices, et protégeait sa vie présente contre la honte et le déshonneur; — c'était, enfin, soù ange gardien qui prenait une voix humaine pour raffermir son âme et relever son courage. — Mais ce fut un éclair qui passa dans l'orage de cette grande douleur concentrée dans sa poitrine.

— Encore une fois, dit-il, merci du fond du

cœur, monsieur le marquis , des boDnes paroles que TOiis venez de prononcer; mais, mon parti est pKs, ma résolulio» est Inébranlable; je ue dois aï ne puis accepter votre offre si généreuse.

— Monsieur le baron...

— A côté de moi, cjui suis un vieillard, et dont la carnère touche à sa Un, j'ai deux enfants qui refuseraient comme je refuse; et entre moi et eux, un semblable secret ne peut exister. — Cinq cent mille francs, monsieur, m'ont été confiés, et je vous les remettrai, dussé-je, pour réunir cette somme, vendre tous les biens que je possède. — La pauvreté a son orgueil et sa noblesse; la misère achetée à ce prix-là, n'a jamais terni l'éclat d'un blason; la seule faveur que je réclame, monsieur, c'est un délai de

quinze jours, pcMir mettre la police à la recfaer* che des coupables:

La figure du marquis de Nièvremont était devenue soucieuse et pensive. On comprenait qu'il écoutait les paroles du baron de Kervelane, peut-être sans les comprendre. — Une pensée soudaine semblait conceutrer toutes ses impressions. — Un instant il hésita; puis il s'avança vers le vieux gentilhomme et lui dit d'une voix grave :

— Je n'ose insister davantage, monsieur le baron ; et quelque douleur que j'éprouve au fond de l'ime d'une résolution si cruelle pour vous, et si inébranlable à la fois, je dois m'y soumettre; mais il me reste maintenant une demande à vous faire. — Je suis seul au monde, sans affection, sans famille; tous ceux que j'ai-

— »8 — mais, D'ieu lésa l'épris un à un; la soliLude du cœur est la phis craelle de toutes. — Si mes cheveux blancs ne vous effraient pas, si vous avez quelque confiance en la loyauté de mon caractère, moi, marquis de Nièvremont, le frère de votre ancien, de votre meilleur ami , je viens vous demander de resserrer les liens de cette amitié sainte qui vous unissait à Rodolphe, en m'accordant la main de votre fîlle.

Le baron fît un mouvement de surprise que nulle expression ne saurait rendre, car il avait compris ta pensée de M. de Nièvremont et la noble délicatesse avec laquelle cet homme génél'eux voulait sauver en même temps et sou lionneur et sa fortune. Il lui tendit à la fols ses deux mains que l'émotion rendait tremblantes, et s'écria :

— Ob ! merci ! merci ! monsieur le marquis,

— c'est beau ! c'est noble ! ce que vous venez de Élire.

— Aaprès de vous, dit le marquis avec attendrissement, je retrouverai ma famille, ce bonheur intérieur qui manque à ma vie, et votre fille aura un père de plus pour Taimer et la protéger.

Combien k cette heure le vieux gentilhomme breton remerciait le ciel d'avoir, avant cet entretien^ interrogé Alice. Avec quelle joie intérieure, joie bénie, il se rappelait les paroles de sa fille dont le cœur était libre. — Il n'en pouvait douter. Tout ce désespoir comprimé, se changeait en un bonheur infini. — La misère s'éloignait du seuil de sa maison ; la misère !... pensée horrible qui brise le cœur et le courage.

— Je ne puis vous dire, reprit-il, combien je suis touché de cette marque d'estime ; mais avant

d'accepter ce qui ferait le bonheur el la consoUtiou de ma vieillesse, je dois parler à ma fille.— Il se fait tard, monsieur le marquis; demain j*espère avoir de bonnes nouvelles à vous apprendre : je dirai tout k ma fille et le mailiair affreux qui nous frappe et votre généreuse proposition. C'est elle seule qui doit décider; mais je connais trop la noblesse de soa cœur pour ne pas être certain de sa réponse.

— Dité^lui, monsieur le baron, que ma vie entière sera consacrée à son bonheur, et que cette demande est une prière que je vous ai supplié de lui adresser. «— A demain donci

— A demain.

€es dernières paroles étaient à peine prononcées, que le baron de Kervelane, dans son empressement, avait déjà quitté le salon.

Il monta rapidement Tescalier qui conduisait

à la chambre de sa fille ; il senibbit a?oîr secoué dans ce moment terrible le fiordeau des années.

Il firappa àla porte; car tUe était fermée an dedans.

— Qai est là ? s'écria Alice, farosqnement ar* racnee a sa nevene.

-—Ton père^ répondit le baron d'une voix grave.

Alice se lera, s'arrêta qudqnes secondes en passant la main sor son front ; — - puis ses yeux s'illuminèrent d'une joie soudaine, et d'un bond elle s'élança vers la porte qu'elle ouvrit.

Elle ne laissa pas le temps à son père de s'avancer au milieu de la chambre; déjà dlel'afait enlacé dans ses bras, et déjà elle avait appuyé sa tète sur son épaule comme aux jours de son enfance.

^— Qh! mon père! lui dit-elle, je suis bien

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joyeuse de vous voir. — Quel est le bon ange qui TOUS t murmuré k roreille de venir me chercher à celle heure? — Qui vous a dit que voire Alice avait besoin de vous?

— C'est que moi aussi, mon enfant, j'ai besoin de loi, et je viens te parler de choses graves.

Alice posa sa petite main sur la bouche du baron.

— Une minute, père, laisse-moi quelques instants avant de t'écouter. — Tu sais : je suis une enfant pleine de défauts, tu m'as reproché souvent d'être fantasque, capricieuse, indocile. — Il faut avec moi prendre bien vite le rayon de soleil, quand il brille. — Eh bien ! père, ce soir, je ne sais ce que j'éprouve, je suis émue, troublée, je t'aime, s'il est possible, plus encore

que de «xmtniiie; tes Ikhidcs pu\4es de œ mafia vibrent sms œsK à moo <M>ei!Ie; noo cœw toat entier Tenl s*oavrir an tîen.

Et Âfioeemfansa encore le baron , loi ficnnant la bouche par ses caresKs ei sesbûsers.

— Père, — assieds-toi là, dans œ fiiuleoil, — approche ce petit tabouret de toi, et hisse-moi me mettre ainsi à tes pieds, — ma tête sar tes genoux, ma main entre tes mains. — Tout à l'heare, en r^ardant cette chambre, mille sou* ▼enirs d'antrefob revenaient à ma mémoire; — te rappelles-tu ce jour, où pour m*amuser, moi toute petite fille, tu essayais de faire une guirlande des fleurs que j'avais cueillies.** que de fois tu brisas le fil!... Quand elle fut finie, je la mis siur tes cheveux grisi et assise sur tes genoux, j'efTeuillai fleur h fleur la pauvre guir-

— lOfc —

lande feite avec tant de peine . Pais, qnand je fus malade, te rappelles-tu? mon berceau était là dans ce coin. — Que de nuits tu passas près de moi à veiller quand je dormais, à chanter pour m'endormir, quand le sommeil ne venait pas. — - Père, je pensais k tout cela quand tu es venu I — Je me disais que tu es bien bon, que personne, en vérité, n'a un meilleur père que moi, et que ce serait bien mal d'être ingrate envers toi !

•—Ingrate! Alice, interrompit le vieillard, toi ingrate ! ne m'aimes-tu pas?

— Oh ! si. — - Mais, ingrate, parce que j'ai été triste sans t'en dire la raison. «— Père, veux-tu tout savoir? veux-tu . connaître tous mes secrets? — Ce soir je suis repentante, et je vais te dire pourquoi ton Alice, depuis quelque temps, est soucieuse, triste^ agitée.

Le baron fit an moaTemait qa'U ne pat réprimer.

— Ta as des secrets, Alice..., dit-il avec anûëté, — et œ matin... œ qae tu m*a$ dit...

*^0h! ne me gronde pas, mou père... ce matin je n*ai pas osé, -^ j*ai ea pear.

Lesjoaesda baron de Kervelane devinrent aussi blanches qae ses cheveux ; mais il connais* sait le caractère de sa fille si timide à la fois et si fiinlasqae; il craignit par an seul mot d'arrêlcr Tavea qai était sur ses lèvres.

— Parle... parle... mon enfant.. • reprit-il d'une Toix calme ; mon cœur t'éconte.

Et il se tuty attendant avec une inquiétude déchirante les paroles d'Alice.

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