‹ Noces d'argent du régiment des Zouaves pontificaux, 1860-1885 [microforme]Chapitre 15 sur 84 · NS · texte numérisé non relu

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en re parituræ. Dans la nuit silencieuse, ce monument drapé d'une ombre cendrée parail faire un puissant effort pour se grandir jusqu'au ciel.

Voici des pommiers dans les champs. Cà et là des bouquets d'arbres. Les glaces baissées, nous respirons l'air de la nuit à travers l'umportement du train.

Le jour mystérieux de fa lune efface les maisons et les traces de culture. Rien que les grandes lignes, le clair obscur et les ombres d’un terrain ondulé. C’est la Campagne romaine.

Nogent-le-Rolrou! À ce cri du garde, plusieurs de nos camarades déjà somnolents bondissent sur leurs pieds et mettent la tête aux portières : « C’est ici que deux de nos bataillons entrèrent en campagne, en 1870. EL voilà, devant la station, l'emplacement du premier bivouac. » Tout le monde était couché à Nogent-le-Rotrou, sauf dans un café, sur la place où bivouaquèrent les zouaves,. Une voix de basse y chantait quelque ineptie à la mode, aux applaudissements du public.

Déjà quinze ans depuis cette guerre! C'est-à-dire que les moissons 21 les fleurs se sont succédé sur les champs de bataille; qu'une nouvelle génération a monté, et que les souvenirs de deuil et de gloire reculent déjà jusqu'aux lointains de l'oubli.

Le Mans! Pris et repris plusieurs fois par La Rochejaquelein et Marceau. I y eut d’effroyables massacres dans les rues de cette ville,

Au souvenir des guerres vendéennes se mèle encore celui du régiment, Un de nos compagnons de voyage avait assisté à cette bataille du 47 janvier 1874, où un bataillon des nôtres sauva d'un désastre la retraite de l'armée française. 1! nous indique cette route de Paris, bordée de peupliers, et ce plateau d'Auvours, où l’on combattait corps à corps sur la neige rougie.

Je fus tiré de mon sommeil par un ami, € Te rappelles-tu l« Louve de Paul Féval? Eh bien, nous allons traverser la forêt de Fougères. » Cette pensée que nous étions en Bretagne me réveilla en sursaut. L'aube éclairait le ciel pur de tout nuage, un pays touffu et vallonné m'apparut, Des arbres, partout des rideaux d'arbres dont la silhouette bleuätre émergeait d'un léger brouillard qui allait se dissipant, ÎL y avait comme de vastes étendues de forèts à l'horizon. De temps en temps, dans l'épaisseur de cette verdure, un grand toit de chaume, ou bien un

manoir trapu à large façade. C'était la Bretagne, ce pays de légendes, de fées,

de chevalerie et de chouans qui se déroulait devant nous avec la magie d’un décor de théâtre.

Tous les champs sont entourés d’une levée de terre. Sur cette levée de terre, une rangée d'arbres; plantés dru entre les arbres, des buissons d'aubépine. On comprend dès lors la chouannerie.

Saint-Malo est une vieille et sombre petite ville, bâtie sur le roc et battue de

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cendrée L tous côtés par la mer et les vents. Ceinte de remparts et flanquée d’un château fort

Ë construit par la duchesse Anne, le tout en granit, elle vous a un air de rudesse res. Les j' et de ténacité à braver les canons et l'Océan. Autour d'elle, des ilots et des récifs. é à lu train. | Ce peuple de marins, bercé dès son enfance par la plainte des vagues, a produit re. Rien : È de fortes âmes : un amiral, un corsaire, un poète, Duguay-Trouin, Surcouf, É C'est la Chateaubriand. }

4 Un mince filet de sable coupé de blocs de rochers et trois baigneurs nous éjà som- À représentaient pour le moment la station balnéaire de Saint-Malo. Mais il était 4 C'est ici six heures du matin, la marée montait et nous n'avions vu ni les hôtels, ni les î devant la à villas, ni le Casino, ni le petit paradis terrestre qui s'appelle Dinard. couché à 4 Déjà depuis la veille, des zouaves étaient arrivés. Îen vint par tous les trains zouaves. À ce jour-là. Les hôtels étaient bondés de monde, on logea « chez l'habitant » et s ments du les derniers venus se couchèrent sur des billards ou ne se couchèrent pas du

1 tout. Le marquis d'Audiffret-Pasquier, voisin de la Basse-Motte, avait mis à la les fleurs 1 disposition des hôtes du général, son château, ses gens et même sa cave. Pendant é a monté, 0 quarante-huit heures, Saint-Malo fut envahi par les pontificaux. Ses rues étroites # ntains de M et pittoresques, ses maisons noireies, la sonnerie des clairons de la troupe, les

k. longues heures passées au café nous rappelaient, hélas ! nos garnisons d'antan sur eau, y la terre romaine.

On alla en bande déjeuner à Dinard, de l’autre côté du bras de mer. it. Un de 4 Dinard est à Saint-Malo ce que Monaco serait à Toulon. s er 4871, M Pendant que nous mangions en plein air sur la terrasse d'un restaurant, deux française. Napolitains, porteurs d’une harpe et d’un violon, vinrent nous jouer un répertoire k 'AUVOUrS, M complet d'airs italiens, de ceux que nous chantions là-bas. Le ciel bleu, la mer 6

à bleue, le brûlant soleil et de grands figuiers sur des murs ruinés, et la Santa » de Paul À Lucia, et la Sorrentina, et la Tarentella, résonnant en notes limpides..…. nsée que : Vraiment élions-nous à Civita Vecchia ou dans le goife napolitain ? si el pur de à A dire vrai, ces côles tourmentées, ces rochers abrupts couverts d'algues, ces s rideaux M deux vieux nids de corsaires, Saint-Malo et Saint-Servan, et ce récif devenu le

ji allait se tombeau de Chateaubriand s'accommodent mal d’un ciel sans nuages et d'une

temps en É mer calmée. Tout cela jure sous les caresses du soleil. L'azur des eaux à des bien un reflets d'acier, les murs et les maisons du port restent sombres en pleine lumière, de fées, L et l'horizon de la Méditerranée n’a pas cette brune grisàtre. À ces côtes bretonnes agie d’un î il faut la poësie bretonne, la sauvage mélancolie des bourrasques de novembre, le d k coup de vent des morts. Et c’est sur un fond de ciel déchiré et livide qu'il de de terre, À faudrait regarder le Grand-Bey, rocher jaunätre, où repose l'auteur d’Atala. Épine, On J Une pierre carrée et une massive croix de granit, sans le moindre ornement,

4 sans même un nom, à l'extrémité du roc qui surplombe la mer, voilà le tombeau battue de ! de Chateaubriand, mais il se l'est choisi lui-même.

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Faire concourir l'immensité des cieux et l'immensité des mers à la décoration de sa tombe est unc idée fière et solennelle, mais peu chrétienne. Chateaubriand a étudié son attitude dans La mort, comme un acteur qui cherche son effet final. C'est une faiblesse ; elle amoindrit l'homme, mais elle résume aussi, par un trail puissant, le caractère de son génie solitaire et sombre,

Qu'elle repose en paix, dans la paix éternelle, cette grande âme tourmentfe, généreuse et croyante ! La voix du large gronde au loin et vient gémir aux pieds de ce tombeau comme avec un rythme qui rappelle celui des phrases de Chateaubriand.

Le lendemain matin, 28 juillet, sur un vapeur frété par Ie général, nous remontàämes la Rance, large fleuve où plutôt bras de mer qui se termine en rivière à Dinan, Rives en falaises, fouillées, creusées et découpées en presqu'iles. De lun changement continuel d'aspect qui rend lt navigation intéressante. Et puis le ciel splendide bleuissait les eaux légérement agitées. Un guide imprimé à Saint-Malo signale bien des choses à notre admiration. Voici la « maison des égorgés, » de sinistre aspect du moment que l'on connait son nom. Une famille entière y fut massacrée en quatre-vingt-treize, Plus loin la cabane « du vieux prolétaire. » Esprit observateur du guide : ce prolétaire, on le voit quelquefois » à la porte de sa cabane, toujours debout, peut-être n'aime-t-il pas à être assis, » où peut-être encore ne possède-Æ-il pas de siège. »

Une ile, l'ile « du moine, » Plus heureux que le prolétaire, ce moine avait le rocher pour s'asseoir.

Nous débarquons à Saint-Suliac, village breton. Une nuée de coiffes blanches d’un caractère plus tranché qu'à Saint-Malo. La coiffe blanche des Bretonnes doit bien dater du moyen âge; elle donne aux tèles un air gracieux et modeste, Et toujours des vêtements noirs, quelquefois relevés de velours noir. Toutes les femmes sont done en deuil, dans cette partie de la Bretagne? Saint-Suliac est à peindre. Vieille église du XI siècle avec un portail remarquable, orné de sculptures, puis des maisons irréguliérement construites, aux portes basses, cintrées, portant un millésime de 1600. Du granit, et partout du granit, depuis le haut du clocher jusqu'au sol de la rue.

Voitures et omnibus venus de la ville attendaient les invités au débarcadere, mais, épris de couleur locale, nous dédaignämes ce moyen vulgaire de locomotion et nous fimes à pied les quelques kilomètres qui nous séparaient de la Basse- Motte, en évoquant pour la centième fois les souvenirs de la chouannerie, IL y a de l'ombre dans les champs de Bretagne, mais ce doit être un rude métier que d'y chasser la perdrix ; une escalade tous les cent pas et d'énormes pommiers, aux branches pendantes, plantés tous les dix mètres au milieu des céréales; puis des chemins ravinés, encaissés, courant à travers ce dédale verdoyant,

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La Basse-Motle est un tranquille manoir, qui réunit le confort du cottage à la simplicité un peu austère d'une gentilhommière bretonne, Le grand attrait de cette propriété est le pare. Test vieux, plein d'ombre et de silence, coupé par une avenue de chênes; un coin du ciel vient S'Y mirer dans un étang. De ce pare s'élevait une rumeur de voix, On n'entrait pas d'emblée ; il fallait se faire connaitre,

Devant le château, une pelouse entourée de rroupes d'arbres où domine l'épicéa, En haut de la pelouse, un baldaquin rustique orné à l'intérieur de draperies de soie frangées d'or. Sous ce baldaquin s'élevait un autel, surmonté d'une statue du Sacré-Cœur, De chaque côté, des rangées de fauteuils et de chaises pour les dames,

C'est là que, pour un jour, se retrouvérent groupés, les éléments, dont l'ensemble formait le régiment des zouaves pontifieaux. Depuis la veille, avaient commencé les effusions, les poignées de main chaleureuses, les embrassements de vieux eamarades, qui se retrouvaient après quinze ans de séparation. Comme nous fimes rejelés en arrière dans notre existenee, revoyant, revivant cet inoubliable passé |

Et l'on ne se reconnaissait pas toujours à premiere vue, Les regards S'interrogeaient; on évoquait des souvenirs; on cherchait un nom et puis, tout à coup, un nuage semblait se dissiper, on retrouvait le frère d'armes, l'ami de jeunesse, C'était Sa voix, son geste, son accent de terroir, Fest vrai que bien des visages défraichis portaient l'inexorable ride, el bien des veux l'expression grave d'une âme qui a souffert.

Les uns étaient restés maigres, les autres, la quarantaine ayant sonné, eussent été gôênés dans la veste grise et la ceinture rouge; d'autres étaient poivre et sel, très salé, mais avec cela, un ensemble de « bonnes têtes, » des regards franes, un aspect général reflétant l'ancien troupier et le mousquetaire,

Cà et là, une note exotique : parmi ces types, la figure bronzée d'un Anglais, soldat de la reine, retour de Souakim. Même les barbes blanches vous avaient une tournure de vieux gentilhomme à porter la fraise dans un portrait de famille,

«€ Mon capitaine, » «€ mon lieutenant, » «€ mon commandant, » ces mots nous venaient naturellement à la bouche devant nos anciens supérieurs, et nous éprouvions un certain attendrissement à nous les entendre prononcer. Quelquefois, comme dans les chants bretons, toujours en mineur même au jour des noces, il y avait une sourdine funébre au milieu de notre joie. Un tel? — Mort, — Un tel? — Mort, Que de vides dans nos rangs |

Nous cherchions le général, TE n'a pas changé. On dirait que sur ce mâle visage, les linéaments révélant les qualités héroïques de l'âme se sont encore accentués, Cette physionomie me fait toujours songer à Richard Cœur-de-Lion, Je ne sais s'il existe une « pourtraieture » de ce chef de croisés, mais quand je lis son histoire, je me le représente sous les traits de Charette,

Et il était heureux le chef, le grand chef, comme nous l'appelons familiérement entre nous. Il était partout, secouant la main à celui-ci, embrassant celui-là, offrant le bras aux dames qui entraient, répandant son impétuosité naturelle, tout entière en tendresse pour ses anciens soldats.

Une jeune femme passa devant nous, s'arrêtant pour donner un dernier coup de main à la décoration de l'autel. Elle avait les cheveux noirs, un teint de créole, et dans les traits je ne sais quelle expression de fermeté imposante, qui nous faisait rêver de la voir à cheval, un soir de bataille, sur la lande, ramenant les gars débandés à l'attaque des Bleus. C'était Me de Charette, la sœur du général. Nous l'avions prise pour la châtelaine de ces lieux, mais on nous montra, au milieu d'un groupe, deux femmes vêlues de blanc et jaune, et coiffées d'un chapeau à larges bords, portant la plume blanche; un costume rappelant un peu par sa coupe celui des dames sous la Terreur.

L'une de ces femmes était la marquise de Charette et la plus jeune, la fille du général, Jamais hommages plus sincères ne furent déposés aux pieds de femmes plus dignes de les recevoir.

La fillette que nous avions vue à Rome, les boucles blondes flottant sur les épaules, était maintenant une femme. Figure douce et fier regard. Quelque chose de son père. Alerte et vive, elle allait et venait, surveillant les détails de la fête.

Tout le monde est rassemblé, Des paysans bretons sont là en costume national, chapeaux ornës de rubans de velours, vestes blanches ou noires, galonnées et semées de boutons, étoilées d'une médaille : Castelfidardo, Mentana, Médaille militaire; de père en fils ils combattent sous les ordres de Charette. Rudes types de chouans; figures hâlées, énergiques et pensives.

Mgr Sacré, ancien aumônier de Castelfidardo, remplaçant le Nonce retenu à Paris, revêt les ornements sacerdotaux. La foule se range en demi-cercle. Un espace demeure libre au milieu de la pelouse. La clochette annonce l'introït de la messe. Il se fait un grand silence et les voix de la maîtrise de Saint-Servan, accompagnées d’un harmonium, entonnent derrière l'autel l'Hymne à Pie IX de Gounod. Nous chantions cet hymne dans nos marches. Mais, composé un an peut-être avant la chute de Rome, il ne fut jamais pour nous le chant de la victoire, mais bien celui de la captivité, de l'exil, presque une prière ; nous l'écoutions comme un écho de notre vie militaire, sous le règne du pape que nous avons tant aimé.

À ce moment, le général remet au colonel d’Albiousse un drapeau pontifical et lui fait signe de se tenir à la droite de l'autel; puis appelant à la gauche un jeune garçon d’une quinzaine d'années, il lui confie l’étendard du Sacré-Cœur, l'étendard de Loigny.

Un frémissement parcourt l'assistance; cet enfant est Guillaume de Bouillé,

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A côté de lui, son oncle, Cazenove de Pradine, blessé en portant l’étendard,

Les zouaves étrangers à la France contemplent pour là première fois cette ulorieuse oriflamme. Elle est blanche, faite de soie, frangée d'or, portant un Sacré-Cœur rouge, entouré d'une couronne d'épines de drap vert, surmonté d’une croix et de cette inscription : Cœur de Jésus, saurez la France, Au dos, l'invocation : Saint Martin, patron de la France, priez pour nous. Un fer de lance termine la hampe, Çà et là une déchirure à peine perceptible, un effilement d'étoffe, indiquent le passage des balles, et du haut en bas, l'oriflamme est tachetée de sang; ici des trainées de gouttelettes, là des plaques larges comme la main, d'un gris rougeàtre,

Au soir du 2 décembre 1870, trois cents zouaves, commandés par Charette et déployés en deux lignes de tirailleurs, marchaient sur les positions prussiennes. Le général de Sonis voulait essayer de reprendre Loigny, mais ses régiments, terrifiés par le feu de l'artillerie et démoralisés par la défaite, refusaient d'avancer, Alors il fit un appel suprème aux pontificaux, espérant que leur exemple entrainerait le reste de l'armée, Charette comprit que le moment était solennel. La France demandait aux soldats du pape comment ils savaient mourir pour la patrie, I eut alors l'inspiration de mettre au vent cette bannière du Sacré-Cœur, que lui avaient envoyée les religieuses de Paray-le-Monial, et dont jusque-là il n'avait su que faire. Un vétéran, Henri de Verthamon, la porta.

Ici commence l'épopée de cette étrange oriflamme, taillée et brodée par des religieuses cloitrées, un peu sur le patron des bannières de procession, et que, à l'origine, on aurait pu croire destinée à flotter sous un ciel tranquille, dans les fêtes religieuses, au milieu du chant des litanies et des fumées de l’encens. Voila que tout à coup la blancheur de son étoffe neuve vient trancher sur les couleurs assombries de ee champ de bataille : ciel d'hiver, lisière de bois noire d'uniformes ennemis, ton cendré des habits de zouaves se confondant avec celui du terrain; voilà que le fracas des canons et des obus, le crépitement de la fusillade épaississent autour d'elle une vapeur, elle aussi, teintée de bleu comme celle de l’encens; voilà que la bannière elle-même subit des soubresauts et disparait pour se relever, se relever encore, se relever cinq fois; et alors on dirait que son Sacré-Cœur rouge s'est élargi, qu'à chaque chute il a déteint sur les plis de l'étoffe.

« {ls marchaient sous la mitraille comme dans un quadrille de cérémonie, » a dit un jour le Figaro. Ce fut une épouvante chez les Allemands, quand ils virent, du sein de cette armée battue, s’avancer sur eux ces trois cents jeunes hommes, au pas, franchement, crânement, comme sur le terrain de manœuvre, dédaignant de s'arrêter pour engager le feu et bondissant tout à coup sur eux, la baïonnette en avant. De Sonis et tous les officiers montés gisaient à terre, Charette,

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ayant son cheval tué, conduisit la charge à pied jusqu'à Loigny où il ton sé, L'ennemi refoulé, débandé, reculait précipitamment., I prenait c mée d'audacieux pour l'avant-garde d'une colonne, Hélas! les zouaves ? « SUiVIS que par un bataillon de mobiles et deux compagnies de francs-ti is étaient

partis trois cents, il en revint soixante, mais avec le drapeau.

Verthamon, le comte de Bouillé, son fils Jacqnes de Bouillé, son gendre Cazenove de Pradine avaient successivement porté l'oriflamme; tous les quatre étaient couchés dans la plaine, les trois premiers morts,

De sorte que cet enfant, aux pieds de l'autel, tenait nn drapeau teint du sang de son père, de son aïeul et de son oncle, Et lui-même était l'arrière-petit-fils de Bonchamp, l'héroïque chef des armées vendéennes, dont le dernier soupir fat un eri de grâce pour les prisonniers bleus qu'on allait fusiller.

En ce temps-là ce fat sussi un jour de sombre et furieuse bataille, D'un côté Kléber et Marceau, au milieu des Mayençais qui se laissaient décimer en chantant la Marseillaise; de l'autre, La Rochejaquelein chargeant avec son artillerie et Bonchamp blessé, se faisant porter dans un fauteuil pour conduire ses hommes à l'attaque.

Le sang répandu pour Dieu dans les combats, depuis 1793 jusqu'à nos jours, semblait offert par cet enfant à l'autel du sacrifice divin, Et ses jeunes mains, purifiées par l'holocauste de tous les siens au Sacré-Cœur, pour le salut de la France, étaient dignes de pareille offrande.

On sonne à l'élévation, Tout le monde s'agenouille, les drapeaux $'inelinent elle chœur entonne un chant grégorien de la chapelle Sixtine, Le soleil mettait des tons d’or dans l'ombre des sapins et des acacias; au-dessus de nos têtes le ciel resplendissait, Le vent agilait légèrement les drapeaux. L'oriflamme du Sacré- Cœur couvrait amoureusement de son ombre, tantôt la tête de l'enfant, tantôt celle du glorieux blessé. Sur le fond vert sombre des massifs le drapeau pontitical étalait ses plis de moire éclatante. Il me semblait qu'il s'engageait entre ces deux bannières sœurs je ne sais quel affectueux et mystérieux colloque.

Le drapeau pontifical nous représentait Rome, l'armée, et surtout notre vieux drapeau du régiment, troué à Mentana et disparu au lendemain lugubre du 20 septembre, comme un navire de guerre, que l’on fait sauter pour ne pas le rendre à l'ennemi. Nous le regardions ainsi que l'on contemple le portrait d’une personne aimée, qui n’est plus, en nous disant : C'est bien son image, mais ce n’est pas lui,

Et je reportais ma pensée vers l'époque où le régiment, dans toute sa vigoureuse splendeur, étalait à droite et à gauche de son drapeau, ses cinq bataillons fourmillant de guêtres blanches et pailletées d’étincelles d'acier.

Etil me souvenait aussi d'une messe à laquelle nous assistâmes tous, dans cet appareil guerrier,

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