CHEZ LES ZOUAVES
Mardi, à la tribune de la Chambre, M. Jules Ferry, que je n'aime pas, mais à qui je rends justice, mouillait deux chemises pour expliquer sa politique coloniale, Avec une ténacité indomptable, il passait à travers toutes les interruptions, toutes les objections, toutes les colères, comme un sanglier à travers un lillis d’épines, et il arrivait à ne rien prouver du tout, sinon qu'il a été le jouet des événements, qu'il n’a su ni prévoir, ni dominer, ni diriger.
Au mème moment ou à peu près, là-bas, au bord de l'Océan, près de Saint-Malo, réunis autour du héros qui les a menés contre les Garibaldiens et contre les Prussiens, les Zouaves pontificaux célébraient le vingt-cinquième anniversaire de leur admirable régiment,
Et du haut de la table d'honneur, au milieu d’un état-major qui suflirait à la uloire d’une armée et à la victoire d’un grand peuple, Charette, planant sur les huit cents convives, redisait l'épopée géante.
A un moment il s’écriait : Debout, Joubert, et nous tous, mes amis, levons nos verres en l'honneur de notre frère d'armes.
On vit alors apparaitre, timide et rougissante sous son hàle, une tête énergique et bronzée par les soleils équatoriaux. C'était Joubert qui saluait ses compagnons, Joubert, un zouave qui vient de passer trois ans au centre de l'Afrique, Joubert qui était parti escortant quelques missionnaires, les couvrant de son épée, du drapeau du Sacré-Cœur, Joubert, qui, sans demander aux journaux leurs réclames ct leurs flaflas, à la patrie des soldats et des navires, aux académies ct aux gouvernements des subventions ou des rubans, venait de suivre sans bruit la route parcourue par les Livingstone et les Stanley, Joubert qui était apparu aux noires peuplades, non pas avec des fusils pour les décimer, de l’eau-de-vie pour les abrutir, ou des cotonnades et des verroteries pour acheter leurs trésors, mais avec la Croix, avec les paroles d'amour du divin Maitre, avec des accolades de frère et un cœur d'apôtre.
Et le général retraçait en termes enflammés cette gloire nouvelle de son régiment.
De sorte que par une coïncidence étrange et mystérieuse, deux politiques coloniales, celle du Christ et celle de Ferry, se heurtaient à travers l’espace : la politique coloniale du Christ, c’est-à-dire l’ancienne politique de France, celle qui lançait sur les peuplades sauvages les missionnaires, ces héros modestes qui
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