‹ Noces d'argent du régiment des Zouaves pontificaux, 1860-1885 [microforme]Chapitre 2 sur 84 · GAZETTE DU MIDI · texte numérisé non relu

GAZETTE DU MIDI

Marseille, 15 juillet 1885

Pour nous reposer de l'orgie crapuleuse du 1% juillet, nous voulons entretenir nos lecteurs d’une fête de soldats chrétiens qui sera célébrée le 28 juillet au fond de la Bretagne, près de Saint-Malo. Ainsi que nous l'avons dit, il y a déjà quelques semaines, le général baron de Charette a convoqué pour ce jour-là sous son loit hospitalier tous ses anciens compagnons d'armes, les zouaves pontificaux, pour célébrer les noces d'argent du régiment. Ils ne seront certes pas tous à ce rendez-vous; mais il en viendra de tous les points de la France, de la Belgique, de la Hollande, de l'Italie, de la Suisse, de l'Irlande et des divers pays qui ont naguère payé au Saint-Siège le volontaire tribut du sang; du Canada lointain lui-même, cette terre où l’on retrouve comme une vision de la vieille France qui garde le drapeau blanc immaculé avec la belle devise : « Aime Dieu et va ton chemin, » et où M. de Charette était reçu naguère eu prince avec des ovations que les princes n’obtiennent pas toujours.

Te Nonce du pape à Paris présidera « cette fête de famille, » comme disent les lett'es de convocation.

Franco-Belges, Zouaves pontificaux, Volontaires de l'Ouest, c'est toujours le même corps créé sous les yeux d'un héros africain, Lamoricière, par un ancien soldat d'Afrique, de Becdelièvre, dont on peut suivre la carrière à la trace de son sang semé abondamment à Rome et en France, et qui reste toujours à la disposition de l'Église, s’il plait à Dieu, à son Vicaire et aux événements.

Castelfidardo, Monte Libretti, Monte Rotondo, Mentana, Nerola, Viterbe, etc.,

Porta Pia, Loigny, Le Mans, voilà quelques-unes des glorieuses élapes marquées par l'histoire, sans compter celles où l'on affrontait obscurément un autre ennemi, le choléra, qui en un quart de siècle, ont procuré au régiment une renommée que n'éclipse la légende d'aucun corps des premières armées de l'Europe,

Le dévouement et la vaillance des zouaves du pape ont jeté un rayon de poésie sur la seconde moitié du XEX° siècle et prouvé que la foi est capable de ressusciter la chevalerie, Et nous sommes fiers de pouvoir ajouter que parmi les zouaves français, on ne comptait guère que des jeunes gens nourris dans nos convictions royalistes, tant il est vrai que les croyances robustes et les traditions sont les meilleures préparations au sacrifice de la vie que peut réclamer la cause religieuse, Ouverts à tous les catholiques prêts à mourir pour le Saint-Siège, les rangs des Zouaves ont vu les humbles fils des plus pauvres familles chrétiennes, coudoyer les représentants des plus grands noms de la France; mais il est juste de reconnaître que ceux-ci ont fourni le principal contingent. La noblesse des croisades S'y est rajeunie. « On dirait une liste d'invités à la cour de Louis XIV, » s'écriait un général ennemi, en comptant les survivants de la journée de Lorette où quelques centaines de héros s'étaient battus un contre dix. On ferait un livre d'or plus vénérable que celui de Venise, rien qu'en dressant les tables mortuaires des gentilshommes français du régiment tuês à l'ennemi.

Et que d'autres morts obseurément, mais saintemeut, reposent en terre de l'Église!

Rien n'a manqué au mérite des zouaves, pas même les insultes de leurs ennemis. Vaincus par des généraux italiens, mauvais juges de Ja valeur, traités de mercenaires par l'un d'eux, dont la révolution a bien pu faire un due, un sénateur, un ambassadeur, un cousin du roi de Piémont, mais non un gentilhomme, ils ont partagé les outrages, les humiliations et les mauvais trailements iafligés au Vicaire de Jésus-Christ.

Si nous avons bonne mémoire, le guidon des Franco-Belges fut donné par Pie IX à M. de Charette après la campagne de 4860. Le drapeau des zouaves pontificaux, tenu si haut sur la brèche des remparts de Rome, en 1870, ne tomba pas au pouvoir de l'ennemi. Un d’eux l’enroula autour de sa poitrine, sous l’uniforme, et quand les prisonniers embarqués à Cività Vecchia pour être rapatriès en France furent en haute mer, ses compagnons d'armes s’en parlagèrent les lambeaux qu'ils conservent comme les reliques de l'honneur sain et sauf.

La bannière blanche des volontaires de l'Ouest, portant le Sacré-Cœur et sortie d'un monastère consacré au Sacré-Cœur, est trouée par les balles et à moitié teinte du sang de ceux qui sont tombés sous ses plis et qui se la passaient de mains en mains, à Loigny, à mesure que le feu allemand couchait dans la neige et dans la boue ses impassibles défenseurs. Elle est ordinairement déposée

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ER Ve dans le sanctuaire de Sainte-Anne d'Auray, mais elle en est tirée quelquefois en des circonstances exceptionnelles ; assurément elle sera plantée à Châteauneuf le ?8 juillet, date des noces d'argent; beaucoup d'entre nous se rappellent avec une indicible émotion le jour où elle s'inclinait devant un cercueil royal à Goritz, et celle émotion était partagée par le chef actuel de li Maison de France, quand, agenouillé devant le lit funèbre de Frohsdorf, il la voyait tenue par le glorieux mutilé qui se nomme Cazenove de Pradine et qui disait à Charette : « Les hommes de cœur se retrouvent, »

L'histoire du régiment des zouaves pontificaux n'est pas close; il accomplira encore les « Gestes de Dieu. »

Charles GARNIER.

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