‹ Noces d'argent du régiment des Zouaves pontificaux, 1860-1885 [microforme]Chapitre 20 sur 84 · RE RS · texte numérisé non relu

RE RS

1. La Basse-Motte. — 2. La messe dans le parc. — 3. Les paysans de la Basse-Bretagne.

RÉUNION DES ZOUAVES PONTIFICAUX A LA BASSE-MOTTE (Bretagne).

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Alors, devant cette preuve de la puissance sans limite de l'idée de Dieu qui peut ee que ne peuvent ni les poètes, ni les rois, consoler une mère et lui arracher un second fils quand elle lui a déjà pris le premier, j'ai maudit une fois de plus le crime des êtres abjeets qui ont supprimé dans la patrie ce grand ressort admirable et qui s'imaginent ou font semblant de s'imaginer que là patrie marchera quand mème.

Devant ces hommes qui tous, du premier au dernier, étaient prêts à redevenir des soldats S'il le fallait, je me suis demandé quelle armée incomparable et invincible la France aurait si dans chaque régiment français une cérémonie pareille pouvait grouper sous l'œil de Dieu, sous le regard du chef et sous l'abri du drapeau, tous ceux qui ont servi ensemble, les pères et les enfants.

Hélas! c'était un rève, un beau rève de dormeur éveillé, car pour de semblables fêtes le souvenir des héros — nos régiments en ont eus — ne suffit pas ; ni l'amour du drapeau promené à travers les obus et les balles, ni l'histoire, ni la tradition, ni la légende, il faut encore une chose, il faut la foi, la foi religieuse, la foi des martyrs, la foi qui sèche les larmes des mères, la foi qui soude ensemble les âmes des hommes.

Si jamais vous rencontrez M. Thibaudin, ne lui dites pas mon rève, il me prendrait pour un fou.

N'allez pas croire au moins qu'il n’y avait là que des ascètes, des capucins déguisés, vous vous tromperiez étrangement, et rien ne ressemblait moins à un couvent, sans ressembler cependant à une caserne, que la petite maison du général de Charette, envahie par tous ces bons vivants et ces gais lurons. Ne vous imaginez pas non plus qu'il n’y avait que des membres de l'aristocratie française, Singulière serait votre erreur. J'étais à la porte d'entrée, au contrôle, et j'entendais annoncer pêèle-mêle les plus grands noms de France et les plus roturiers, je voyais s'avancer l’un après l'autre, dans l'étroit passage, un duc ou un marquis, en complet d'été, avec le chapeau de grosse paille au large ruban de moire, l'escarpin verni et le cache-poussière de soie écrue, suivi ou précédé d'un bon grand paysan vendéen en veste de futaine blanche, d’un petit et vif métayer brelon, au feutre rond brodé de velours noir, ou d'un modeste employé dont la redingote des dimanches portait encore les plis du tiroir où on l’enferme pieusement la semaine durant,

Tous se reconnaissaient, s’acclamaient, se contemplaient, s'admiraient, se félicitaient de n'avoir pas vieilli depuis Mentana ou Patay, se tutoyaient et finalement s'embrassaient à pleine bouche, confondus dans l’admirable confraternité des armes et de la foi religieuse. Rien n'était plus sainement et plus saintement démocratique.

On retrouverait mille fois plus de pose, de morgue, de quant à moi dans un

pas

= #0 — congrès de cochers où une réunion d'anarchistes que dans le régiment des zouaves, Où le grand seigneur arrivait jadis avec son domestique qui devenait parfois son caporal.

Ce sans-façon, ce laisser-aller, cette courtoisie mutuelle et familière étonnaient — je les voyais de ma place —- mes confrères de la presse, encore plus que la révélation inopinée de tempéraments oratoires de premier ordre, au milieu de ces soldats,

Que vous dire entin ! Je suis revenu émerveillé, rajeuni, ragaillardi, réchaufté, persuadé de cette vérité que je commençais presque à méconneitre, c'est qu'il y a encore en France quelque chose en dehors de la pièce de cent sous, et raffermi dans cette croyance indéracinable chez moi qu'un pays qui contient de pareilles réserves d'enthousiasme, de foi, de poésie, de courage, de dévouement et d'héroïsme n'est pas un pays près de mourir. C'est un pays encore sain, un pays par conséquent sur lequel tôt ou tard doivent disparaître, par l'effort même de sa vitalité, les insectes malsains qui le rongent à cette heure, comme les microbes du choléra et autres maladies infectieuses périssent dans un corps humain bien constitué,

Quand on a assisté à cette messe et à cette réunion de famille, il est aussi impossible de ne pas croire en ce Dieu qui anime de pareils cœurs qu’il est impossible aussi de ne pas croire aux destinées de la patrie qui les a produits.

J. ConNéLry.

Maintenant, mes amis, suivant le vieil usage Chantons le rendez-vous de nos noces d'argent, Et béni soit qui lui trouva ce nom charmant!

Oui, le plus doux foyer, du plus tendre ménage Les constantes ardeurs, c’est la fidèle image

De tes liens sacrés, immortel régiment !

Vingt-cinq ans ont passé depuis cet hyménée Qui fit de tous nos cœurs un mystique faisceau, Et celle qui reçut nos serments, étonnée,

Nous revoit tous serrés autour de son drapeau. Et comme les époux, à leur anniversaire, Retrouvant le parfum de leur joyeux matin, Regardent, l'œil humide et se pressant la main, La chaîne de leurs jours, assombrie ou prospère, Et s'aiment davantage après ce long chemin,

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Ainsi nous, séparés par d'étranges tempêtes, Nous, marqués tour à tour de destins si divers, Jadis tout à l'espoir, aux batailles, aux fêtes, Abreuvés maintenant des deuils les plus amers, Et chargés d'un repos qui pèse sur nos tètes Plus que sur des captifs le cachot et les fers, Qu'un appel nous rassemble... et soudain notre aurore Resplendit devant nous... notre ciel noir se dore, Les revers, les douleurs s'effacent dans l'oubli... Voici le gai soleil de Rome et de Terni!...

Rien n'est changé sinon que notre amitié sainte Nous dit, en palpitant dans notre chaude étreinte, Qu'elle était douce alors, et plus forte aujourd'hui... Si quelques tempes ont blanchi, les mêmes flammes Brillent dans tous les yeux, les flammes de vingt ans; La même foi sans peur déborde de nos âmes, Oui, nous sommes toujours les jeunes combattants ! Parlerons-nous, amis, de notre belle histoire? . Dans nos chers souvenirs qui, tant de fois, les nuits, Chantent autour de nous et bercent nos ennuis, Dites, que voulez-vous?... Gaîté, tristesse ou gloire?... Lesquels aimez-vous mieux? Ceux de nos premiers jours? Quand nous formions nos rangs à l'ombre de Saint-Pierre, Alertes et cherchant à l'horizon la guerre, N'ayant pour enivrer nos cœurs, d'autres amours Que la tiare sainte et notre veste grise, Et sûrs que notre nom de croisés de l'Église Serait de la victoire un divin talisman?..….

Ou nos adieux en pleurs au roi du Vatican, Et les sombres combats pour la France meurtrie, Lorsque le nombre ayant garrotté la valeur, Vaincus, nous apportions à la pauvre patrie Tout ce qui nous restait, nos bras et notre honneur? Que faut-il vous montrer?... Les coteaux de Lorette ? La charge que menaient Pimodan et Charette, Et ces enfants pareils aux troupiers de l'Alma?... Ou le camp d’Anzio, près de la mer qui brille, Et vivant avec nous, comme en une famille, Ce pape aimé de tous et qui tant nous aima ?

Ne vous semble-t-il pas, amis, l'entendre encore, Dans ce jour radieux, où, de sa voix sonore Bénissant nos drapeaux, nos armes, nos canons, IL proclamait ses droits devant les nations ? Voulez-vous nos refrains de marche dans la plaine, Lorsque, le sac au dos, nous allions au matin,

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