‹ Noces d'argent du régiment des Zouaves pontificaux, 1860-1885 [microforme]Chapitre 23 sur 84 · TTE · texte numérisé non relu

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= OÙ me chemins. L'Ille-et-Rance, la Formosa et le petit vacht de M. La Chambre en avaient débarqué un certain nombre à Saint-Suliac, Parmi ces derniers se trouvaient, paraît-il, deux ou trois journalistes parisiens, dont l'un raconte qu'étant entré pour se rafraîchir dans « l'unique » auberge du village «envahie dès l'aube par des bandes joyeuses et affamées » il a dû «confier son verre à la langue réparatrice d'un bouricot » qui gambadait librement «dans la cuisine » au milieu des consommateurs, Ne faut-il pas vraiment que ces Messieurs supposent à leurs nobles lecteurs une forte dose de erédulité pour les estimer capables de gober de pareilles sottises ?

A l'entrée de l'avenue, un piquet d'anciens zouaves, ayant à leur tête M. de Villèle, contrôle au passage, avec une sévérité qui sait rester courtoise, les cartes d'invitation, Les arrivants vont saluer d'abord M"° la baronne de Charette, qui se tient, avec sa belle-fille, sur le seuil du manoir, trop étroit pour une telle affluence de visiteurs; puis, ce premier devoir rempli, ils se répandent dans le pare, à la recherche du « général » qui, coiffé d'un chapeau de paille, et vêtu d'un veston noir, l'air d'un bonhomme, avec sa pipe qui sort sans façon de s: poche de côté, cireule d'un groupe à l'autre, serrant avee une égale effusion toutes les mains qui se tendent, offrant le bras aux dames et faisant à tous, sans dislinction, le plus amical accueil.

Au haut de la pelouse rasée de frais, se dresse, ombragé de sapins, un autel champêtre, C’est là que le Nonce du pape devait célébrer la messe, Ainsi qu'on aurait pu le prévoir, il s'est fait excuser, presque à la dernière heure, alléguant pour la forme qu’en l'absence du premier secrétaire de la nonciature, ses devoirs diplomatiques le retenaient impérieusement à Paris. Des personnes qui se prétendent bien informées assurent que c'est par ordre de Léon XIIE et pour éviter loute interprétation fâcheuse, que Mgr di Rende s’est abstenu d'assister à une fête dont il avait publiquement accepté la présidence, Son absence diversement commentée, a été, pour beaucoup des assistants, une véritable déception. I à été remplacé par un ancien aumônier du régiment, Mgr Sacré, prélat romain et curé d'Anvers, assisté de M. le curé-doyen de Saint-Servan et d'un ex-zouave devenu dominicain, le P. Douceaux.

Pendant la cérémonie qui est courte, M. d’Albiousse et M. de Cazenove se tiennent devant l'autel, portant l’un le drapeau pontifical blane et jaune, l’autre la blanche bannière des volontaires de l'Ouest, qu'il reçut lui-même à Patay, rougie de sang français et trouée par les balles prussiennes, des mains de Verthamon et des deux Bouillé, père et fils, tués tous les trois en la défendant.

Après la messe à lieu le banquet. Sous de vastes tentes pavoisées aux couleurs du pape et décorées d'une façon charmante, on avait disposé plus de 900 couverts. De vraies noces de Gamache, comme dit le Gaulois. Le service se fait avec ordre,

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les pâtés sont exquis et les vins généreux, à telle enseigne que le Figaro, peu difficile sur la qualité de l'encens qu'il brûle au nez de ses amis, s'écrie dans un accès de Ivrisme culinaire, que S'il n'était un général éminent, le maitre de céans serait un restaurateur sans égal. M. de Charette, paree qu'il s'est battu bravement, n'a pas la prétention de faire concurrence à Turenne, mais nous doutons fort que les lauriers de Vatel l'aient jamais empêché de dormir.

Au dessert il se lève, et dans nn long discours, interrompu presque à chaque phrase par les applaudissements, il retrace la brillante carrière du régiment dont il a eu l'honneur d’être le chef, Il n'est pas orateur, mais il sait être éloquent, de cette éloquence du cœur qui est la seule vraie. Qui done pourrait parler mieux que lui d'honneur, de fidélité, de vaillance? On peut en politique discuter les idées et même, si l'on veut, la personnalité de Charette, mais comme soldat il est de ceux dont le caractère et la conduite commandent le respect à tous les patriotes, qu'ils soient monarchistes ou républicains, « Nous avons toujours fait notre devoir, dit-il en terminant, et l’on nous trouvera toujours prêts à le faire, » Et comme le premier devoir d'un citoyen est de respecter les lois et les institutions de son pays, on peut être sûr que M. de Charette, qui n’a qu'une parole, ne conspirera jamais.

Pais, se tournant vers le prélat qui remplace le Nonce absent, il ajoute avec un geste superbe : « Allez, Monseigneur, allez dire à Léon NTI que le régiment reste fidèle à sa légende, qu'il est tout prêt, sur un signe de lui, à reprendre sa place parmi les défenseurs de la papauté et de la grande cause qu'elle représente, »

Ces paroles sont l'expression d'un dévouement dont la sincérité n'est pas douteuse, mais que l'avenir ne mettra plus à l'épreuve. Nous n'avons pas besoin d'ajouter qu'elles provoquent dans l'auditoire trié qui les écoute un enthousiasme indescriptible : « Vive Charette! » crie-t-on de toutes parts. Les acelamations durent encore lorsque Mgr Sacré porte un toast aux zouaves, à qui Dieu, s’il faut l'en croire, accorde beaucoup d'enfants pour mieux perpétuer les bonnes traditions. M. d’Albiousse lève ensuite son verre en l'honneur des dames : de la mère de Charette qui disait à son fils en le voyant partir pour la guerre : « Je prie Dieu qu'il vous fasse la grâce de mourir en gentilhomme et en chrétien; » de sa bellemère, Mme la duchesse de Fitz-James; de sa seconde femme qui a été l'âme de la fête, et de M'e de Charette qui a été la « fille du régiment sur la terre de Rome. »

Vers trois heures, à la suite du « général, » qui pleure et sourit en même temps, les zouaves se dirigent de nouveau vers le pare pour saluer une dernière fois leur ancien drapeau et se séparent au cri de : « Vive la France! »

Qu'ils eussent plus volontiers encore cerié : « Vive le Roil » personne n'en doute, Mais, et c'est une justice qu'il convient de leur rendre, une réserve dont

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il faut leur savoir d'autant plus gré qu'elle a dû leur coûter davantage, ils s'en sont abstenus, Malgré les bruits qui couraient, nous étions bien convaincus d'avance qu'il en serait ainsi, d’abord paree que M. de Charette avait formellement interdit toute démonstration séditieuse, et ensuite parce que dans une réunion où il y avait des blanes d'Espagne et des blancs d'Eu, des royalistes intransigeants, des légitimistes ralliés, des orléanistes plus on moins impénitents et même des honapartistes à peine convertis, l'accord n'était possible qu'à la condition de se taire.

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