‹ Noces d'argent du régiment des Zouaves pontificaux, 1860-1885 [microforme]Chapitre 43 sur 84 · JOURNAL DE RENNES · texte numérisé non relu

JOURNAL DE RENNES

29 juillet LES NOCES D'ARGENT DES ZOUAVES PONTIFICAUX

Ce n’est pas, à coup sûr, dire une chose banale d'assurer qne le souvenir de la journée du 28 juillet restera profondément gravé dans la mémoire de ceux qui ont pris part à la fête de la Basse-Motte.

Tout était réuni pour donner à cette fête an attrait et un intérêt incomparables.

Dès huit heures du matin de nombreux zouaves arrivaient par loutes les routes et se répandaient dans le pare de cette charmante habitation, cachée comme un nid de verdure par les collines qui dominent la Rance. Quel plaisir de se retrouver, de se reconnaître, de se serrer la main après quinze ans de séparation! Les visages ont vieilli, les cheveux ont blanchi, mais le eœur n'a pas changé, et quand tous ces hommes sont groupés autour de leur général, on sent revivre en eux l'esprit du régiment des zouaves pontificaux.

Le général de Charette les accueille avec sa cordialité et son entrain habituels. Il faut voir avec quelle amitié chaleureuse, quelle effusion il embrasse ses anciens compagnons d'armes qu'il retrouve après tant d'années.

Il en est venu de toutes les provinces de France, de Toulouse et de Lille, de Lyon et de Bordeaux; il en est venu de Belgique et de Hollande; il en est venu du Canada, On remarque un grand nombre d'anciens zouaves en costume breton du Morbihan et du Finistère.

La messe était annoncée pour dix heures.

Dans le jardin, en face du château, un vaste baldsquin en bois rustique appuyé au trone des arbres a été dressé; 11 est décoré de tentures jaune d'or. Dessous est l'autel surmonté d'une statue du Sacré-Cœur.

Tous les anciens zouaves se groupent sur la pelouse, de’ int l'autel, et la messe commence. Elle est dite par Mgr Sacré, prélat romain, curé de la cathédrale d'Anvers, ancien aumônier des zouaves pontificaux. 11 est assisté par le Père Douceaux, des dominicains, aussi ancien aumônier, et par M, le curé de Chàteauneuf. Plus de quinze cents personnes sont là, priant à genoux, recueillies.

Un mouvement d'émotion saisit cette foule quand on voit paraître la bannière des zouaves, la bannière du Sacré-Cœur, sur laquelle sont encore marquées les traces du sang de ceux qui la portaient à Patay. M. de Cazenove, le glorieux mutilé, et le jeune Fernand de Bouillé, fils des héros qui furent tuës en la défendant, la tiennent d'un côté de l'autel. De l'autre côté, un drapeau aux couleurs pontificales est porté par le colonel d’Albiounsse.

Pendant la messe, une maîtrise de cinquante choristes, dirigée par le maitre de chapelle de Saint-Servan et dissimulée derrière l'autel, fait entendre des chants parfaitement exécutés,

Après la messe, la bénédiction pontificale est donnée, sur une autorisation spéciale venue de Rome par dépêche.

Le Nonce n'avait pu venir, comme il l'avait promis; il était retenu à Paris par l'absence du secrétaire de la nonciature, Mgr Averardi.

Bientôt les groupes se reforment, en attendant le banquet; on se répand à travers les allées de ce jardin délicieux, on cause, on rappelle ses souvenirs. Un grand nombre de dames sont venues; la marquise de Charette et M de Charette font avec une bonne grâce charmante les honneurs de leur habitation.

Disons qu'à l'entrée un contrôle sévère était exercé, les invités seuls étaient admis, et l’on remettait à chacun une carte nominative qui devait servir pour prendre place au banquet. Sur le recto de cette carte, un élégant dessin dû, nous assure-t-on, à M"° de Charette : une palme, le drapeau pontifical, l'étendard des zouaves sont groupés dans un trophée surmonté des armes du pape. Au bas, l’on aperçoit en perspective Saint-Pierre de Rome et le fort Saint-Ange. Au verso, la

simple indication des combats et des engagements auxquels ont pris part à Rome les zouaves pontificaux, eten France les volontaires de l'Ouest. La liste est longue ; elle ne comprend pas moins de vingt-huit noms. En dix ans, cela suffit pour illustrer un corps et lui créer des traditions et des souvenirs qui ne s'effacent pas.

Pour le banquet, une tente immense a été dressée de l'autre côté de la maison. Elle est admirablement décorée de drapeaux, d'oriflammes et de tentures aux couleurs pontificales, jaune et blane; partont la verdure et les fleurs, disposées par des mains habiles, donnent à cette vaste salle un joyeux air de fête,

Au-dessus de la table d'honneur, un grand portrait de Léon XIE, à droite les armes du pape, à gauche les armes de France, partout sur les colonnes des éenssons aux armes du pape alternant avec la croix renversée de saint Pierre,

Chacun est appelé dans la salle du banquet et se rend à la place désignée d'avance, Tout se passe avec le plus grand ordre; c'est d'ailleurs une justice à rendre aux amis dévoués, qui sous la direction du général ont présidé à l'organisation de la fête; tous les détails matériels sont réglés avec un soin minutieux et une admirable entente.

La marquise de Charette prend place à la table d'honneur; à sa droite, M, l'amiral Véron, à sa gauche, M. Guibourg; en face d'elle, Mgr Sacré, Le temps et l'espace nous font défaut aujourd'hui pour indiquer, dans ce rapide compte rendu, les noms des principaux convives,

Le général, qui semble ravi de se retrouver an milieu de ses zouaves et plus que jamais animé de cet entrain, de cette furia qui lui donnent an charme incomparable, ne peut tenir en place; il va de table en table, serrant la main à celui-ci, disant un mot aimable à celui-là, rappelant un souvenir, un nom à un troisième.

Après un diner parfaitement servi, le général se tourne vers l'assistance ; — on ne peut dire qu'il se lève, car il ne s’est pas assis, — et prend la parole...

Inutile de dire que ce discours à été souvent interrompu par des applaudissements et des bravos enthousiastes, A la fin, des acelamations frénétiques ont éclaté et se sont prolongées longtemps.

Mgr Sacré a prononcé une touchante allocution, et enfin le colonel d'Albiousse a répondu au général en portant un toast dans un discours remarquable, rempli de traits heureux et charmants, qui a produit une profonde impression.

Dans l'après-midi, une cantate en l'honneur du régiment et du général de Charette a été chantée dans le jardin par M. Le Gentilhomme, soutenu par un chœur nombreux.

Enfin l'on s'est séparé, emportant de cette fête magnifique un souvenir qui ne s'effacera pas.

LES ZOUAVES PONTIFIOAUX

(Cantate)

Sonnez, clairons, flottez, drapeaux :

Dans li bataille, ah! qu'ils sont beaux | Les zouaves pontificaux !

A Castelfidardo, par le nombre écrasés, Ces fiers soldats du pape et de Lamoricière, | Un contre dix, hélas! martyrs, ils sont tombés, Pour défendre les droits du successeur de Pierre, Sonnez, elairons, flotte, drapeaux :

Dans la défaite, ah! qu'ils sont beaux Les zounves pontifieanux! |

Par eux à Mentana le droit a triomphé ; Suspendant ce jour-là ses étapes fatales, La Révolution d'un pas à reculé

[ Sans pouvoir raie ses bandes infernales, Sonnez, clairon. flottez drapeaux : | Dans la victoire, ah! qu'ils sont beaux ; Les zouaves poaliticanx !

Mais quel eri de détresse a soudain retenti” Cest le eri de la France, à son tour envahie, Accourus à Pappel, ils disent : Nous voici! l He Et leur sang généreux coule pour la patrie... jp He Sonnez, clairons, flottez, drapeaux; ce. Devant la mort, ah! qu'ils sont beaux Fi Les zouaves pontificaux !

| fl L les Comme autrefois mouraient les chevaliers croisés, Mie à Ils sont morts pour l'Église, ils sont morts pour la France; | | Et dans son Paradis Dieu les a couronnés, lit Ces héros pleins de foi, d'amour et d'espérance... ‘ à ü Sonnez, clairons, flottez, drapeaux; Al ? Devant l'histoire, ah! qu'ils sont beaux : | k Les zouaves pontificaux !

EL: Alphonse BouLoNGE, R ( | lé \ C2 [ û ( N k pa | tt

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