‹ Noces d'argent du régiment des Zouaves pontificaux, 1860-1885 [microforme]Chapitre 44 sur 84 · LES ZOUAVES PONTIFICAUX A LA BASSE-MOTTE · texte numérisé non relu

LES ZOUAVES PONTIFICAUX A LA BASSE-MOTTE

Le général de Charette disait avant-hier : 7 existe certains sentiments qu'aueune expression de langage ne peut traduire,

J'éprouve en ce moment le même embarras pour donner une idée de la magnifique cérémonie à laquelle j'ai assisté,

Certaines émotions échappent à l'analyse et la journée du 28 jaillet n'est qu'un tissu d'émotions successives,

Châteauneuf, petit bourg situé dans un pays perdu, boisé, pittoresque, la vallée de la Rance; hôtel de ln Croir-d'Or, où les zouaves font une halte avant d'aller au rendez-vous.

La Basse-Motte est environ distante de quinze cents mètres de ce village; on y arrive par de petits chemins, et tout d'un coup, sur la gauche, on débouche dans un immense pare, aux bois splendides, parfaitement peigné et soigné avec ses allées de sable multiples, ses bosquets, ete,

Nous voiei arrivés au lieu de réunion.

Des sapins élevés, une verdure ravissante, forment en cet endroit un immense fer à cheval d'un excellent coup d'œil.

Dans le fond, se détache une maison très simple, avec ses murs tout blancs et ses volets verts, une demeure champêtre qui semble respirer la vie heureuse qu'y coule le général, au milieu des joies de la famille,

En face, sur le monticule, se dresse l'antel, formé de quatre gros pieds de sapins que relie un dôme en baldaquin jaune, surmonté d'une croix en bois.

Sur l'autel, un Sacré-Cœur de Jésus; un tapis fleurdelisé recouvre quelques marches.

Tout cela forme un ensemble d’un goût artistique parachevé et auqnel certaines mains féminines n’ont pas dû être étrangères.

Comme fond de tableau, la masse noire du bois, an ciel bleu et un soleil ardent produisant les effets les plus inattendus dans toutes ces bigarrures et sur la foule compacte des zouaves et de leurs amis.

Ils sont tous venus au rendez-vous, les fiers soldats du Christ et de la France, tous autour de leur ancien chef, Et c’est plaisir de voir la cordialité, la simplicité qui règnent dans cette réunion; aucun cérémonial, aucune étiquette, des costumes de voyage; entre compagnons d'armes de toutes les classes de la société, séparés depuis longtemps, qui ne se sont peut-être pas revus depuis les plaines de

Loigny, qui se jettent dans les bras les uns des autres, il ne faut aucune barrière conventionnelle.

Le général donne l'exemple; en costume campagnard, chapeau de paille sur la tête, il passe en revue, comme autrefois sur le champ de bataille, son cher régiment, loujours alerte, l'œil brillant de joie, voulant dire un mot aimable à chacun de ses invités.

Un grand nombre de dames avaient daigné rehausser l'éclat de cette fête, et l'on apercevait dans un essaim M"° la baronne de Charette, dans une robe toute blanche, relevée simplement d'une ceinture et d'une traine en moire jaune, avec son large chapeau vendéen en paille fine, orné d'un superbe panache blanc ; M'e de Charette dans le même costume, toutes deux jolies à ravir.

Mais uae cloche sonne, les cierges sont allumés, la foule des zouaves se serre autour de l'autel rustique, une foule aussi nombreuse dés gens du pays admis à assister à la messe s'ajoute à eux,

La foule qui est là peut bien s'évaluer à près de trois mille personnes.

Mgr Sacré, prélat romain, célébre le saint sacrilice, en l'absence de Mgr di Rende, qui n'a pu se rendre à l'invitation qui lui avait été faite.

Il est assisté de M. l'abhé Douceaux, ancien aumônier du régiment, et de M. l'abbé Pinsonneau.

Au premier rang, les dames groupées des deux côtés de l'autel; à droite, le générai, tête nue, le chapelet à la main.

Mgr Sacré monte lentement les marches : la solennité religieuse commence,

D'une voix forte, le général de Charette appelle MM. le colonel d'Albionsse et de Cazenove de Pradine, et leur remet deux bannières, le fanion pontitieal et l'étendard des plaines de Loigny.

Le glorieux drapeau de Patay laisse encore apercevoir sa belle devise : Cœur

» Jésus, saurez la France! malgré les trous nombreux des balles prussiennes, les souillures de la lutte.

ILest confié à M, de Cazenove, qui le porta si vaillamment jadis; le jeune fils du comte de Bouillé en tient la hampe. Et cette remise des drapeaux devant le régiment, devant l'autel, émotionne profondément, quand on voit cet enfant de quinze ans lenir le drapeau sons les plis duquel ont été tués son père et son grand-père |

Dès ce moment, tous les cœurs battent à l'unisson, profondément remués et par cette messe dite au fond d’un bois devant lout un peuple agenouillé, comme autrefois, pendant la grande querre, la messe des prêtres réfractaires devant les soldats de Dieu et du roi, et par ces sons et ces voix qui s'élèvent derrière l'autel, et se marient si harmonieusement aux bruissements du feuillage! Mais ce qu'il est impossible de décrire, c'est le spectacle inoubliable de l'élévation.

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Tous à genoux, abimés en ce moment sublime où le prêtre élève dans les airs la sainte hostie, pendant que le fanion pontifical et le drapeau des zouaves s'inclinent presque à terre.

Ah oui, c'était un tableau grandiose que celui de ces guerriers intrépides cl farouches courbant I tête, de ces étendards victorieux, qui ont toujours librement flotté, tenus d'une main haute et ferme, que rien n'a fait plier, même la mort de leurs héroïques soutiens, qui trouvaient la force dans le dernier râle de la passer brandie à un digne successeur; c'était un spectacle unique de voir ce régiment, ses drapeaux, son général, ses soldats saluant le divin sacrilice.

Lorsqu'on s'est r'levé, bien des larmes silencieuses avaient coulé; le général lire sa blonde moustache, porte sa main à ses veux d’un geste rude qui ne trahit que trop l'émotion à laquelle il est en proie.

Mgr Sacré à bientôt lu un télégramme de Rome envoyant là bénédiction pontiticale, et ici encore ont recommencé les scènes émouvantes de tout à l'heure.

La messe terminée, les zouaves s’éparpillent quelque temps dans le pare avant le banquet.

Un vaste hall en bois fortement charpenté, derrière le château forme une immense salle de festin, où près de quinze cents convives viennent s'asseoir.

Organisation parfaite, décor de très bon goût; l'écusson de France, les armes des différents pays qui ont fourni des zouaves et représentés à la réunion par deux Canadiens, un Belge, un Hollandais, un Espagnol, etc.

Des inscriptions des principales victoires remportées par le régiment : Mentana, Castelfidardo, etc.

La table d'honneur est sur une estrade, entourée d’un balcon; le portrait de Sa Sainteté Léon XIE se trouve au centre, entouré d'oriflammes pontificales. Citer des noms nous est impossible, signalons seulement la présence à la place d'honneur de Mgr Sacré ayant en face M"° la baronne de Charette, à leurs côtés respectifs, Me la marquise de Charette, M" de Lamoricière, M. l'amiral Véron.

Inutile de dire si la cuisine était bonne et s’il Y avait de l’entrain.

Mais le champagne saute et les crépitements répétés des bouteilles sont comme autant de coups de canon qui annoncent le général.

Il parait sur l’estrade, La salle éclate en bravos.

Nous reproduisons en grande partie ces paroles chaudes, vibrantes, ces cris du cœur qui ont transporté les assistants pendant près d’une demi-heure.

On y sent l’orgueil du chef fier de son régiment, aimant ses soldats comme un père aime ses enfants, ému de les revoir réunis après une longue absence...

Ce beau discours, fréquemment interrompu par des tonnerres d’applaudissements, à été salué par le cri mille fois répété de Vive Charette |

Après lui, Mgr Sacré évoque les souvenirs du régiment...

RSR NT EU

Eutin le discouis de M. le colonel d’Albiousse est tout simplement un petit chef-d'œuvre oratoire et la fin un vérilable bijou...

Mais le suecès final appartient encore à Charette :

« Comment, s'écrie-t-il, un général qui à un pareil colonel ne se déclarerait-il » pas le plus heureux homme du monde!

» Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mes chers amis, mais je suis bien » content... Vous dire ce que je ressens... je le sais et je crois que vous le » savez aussi... mais certains sentiments ne peuvent ètre exprimés. »

N'oublions pas le chant militaire des zouaves répété à la fin du banquet...

Nous ne pouvions mieux terminer cette faible analyse qu'en remerciant nos hôtes de la splendide fête à laquelle nous avons été invité, Disons-leur encore merci.

Le vingt-cinquième anniversaire des zouaves pontificaux est un événement important et consolant.

Ia prouvé que les liens qui relient les zouaves à leur général sont indissolubles, et que quoi qu'il arrive, sur un signe de leur chef, ils sont prèts à mourir pour Dieu et la patrie !

Il a montré aux zouaves toute l'admiration et la sympathie qu'ils inspirent.

Et entin ces noces d'argent si belles donnent l'assurance de noces d'or non

moins magnifiques.

L'ANJOU 29 juillet HONNEUR AUX ZOUAVYES

Un grand spectacle était donné hier à la France et au monde entier.

Les zouaves pontiticaux, groupés autour de leur général, célébraient au pied de la croix leur vingt-cinquième anniversaire.

C'était la fête de l'honneur, du patriotisme et de la foi chrétienne.

Ces hommes, qui tant de fois et sur tant de champs de bataille, ont bravé la mort, se réunissaient pour affirmer leur existence et pour dire à la papauté et à la France

« Nous sommes encore prêts à verser notre sang pour l'Église et la patrie. »

Quel enseignement les héros de Mentana et de Patay ont ainsi donné aux sceptiques et aux découragés du siècle |

Quelle leçon ces volontaires de Dieu ont apportée aux politiciens qui s'efforcent en vain de rendre aux nations l'union perdue!

Quoi ! vous dites qu'il n’y a point de place au XEX° siècle pour les hommes de

hot

| de

— NI — cœur ? Quoi! vous dites que la concorde nationale n'a plus de fondement solide el aucun pays ?

Regardez donc les zouaves ! Ils ont prouvé, depuis vingt-cinq ans, que l'on pouvait toujours se battre et mourir pour la plus sainte des causes! Is ont prouvé que l'union, la concorde, l'unité indissoluble avaient loujours pour base et pour unique base la foi religieuse.

Nous espérous pouvoir publier demain ix extenso le discours du général de Charette, retraçant l'histoire du régiment, Quel glorieux récit! Quelle belle page d'histoire! Quel universel témoignage en faveur de l'Église, et quel honneur pour la France de compter parmi ses enfants le fondateur, les chefs et la plupart des soldats du régiment des zouaves !

La politique quotidienne nous fournit tant de sujets de tristesse que nous avons bien le droit d'arrêter un instant nos regards et notre pensée sur la fête de famille de la Basse-Motte.

Que le général devait être heureux, hier, en serrant lt main de ses Compagnons d'armes ! Beaucoup sont morts; bextcoup manquent à l'appel; mais, comme au temps des croisades, on envie le sort de ceux qui sont allés recevoir au ciel la grande récompense, et leurs noms sont prononcés maintenant avec respect ct admiration.

Les républicains peuvent se ruer sur la France chrétienne : ils peuvent multiplier leurs attentats contre la religion; jamais ils n'etfaceront le souvenir de Menlana ni de Patay, jamais ils ne souilleront le drapeau du Sacré-Cœur. Il y a des choses qui sont hors de leurs atteintes, et ces choses s'appellent le patriotisme et la foi religieuse.

Honneur aux zouaves pontiticaux ! Hs ont servi 1a papauté et la France et ont rappelé deux grandes idées, l'idée de la chrétienté et l'idée de la patrie.

LLERVÉ-BAzIN.

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