L'UNIVERS
28 juillet
Le général de Charette a invité ses compagnons du régiment des zouaves et de la légion des volontaires de l'Ouest à se rendre auprès de lui, le 28 juillet 1885, à la Basse-Motte, pour célébrer ce qu'il appelle « les noces d'argent » de leur cher et glorieux régiment, créé à Rome, il y a vingt-cinq ans, en juillet 4860.
Nous n'avons pas à analyser la belle histoire de cette création catholique due au génie et au cœur de Pie IX, nous ne redirons pas le dévouement des zouaves pontificaux à Rome et leur conduite héroïque en France pendant la campagne de 1870-1871. Leur sang, qui a coulé partout, a consacré leur étendard, ce glorieux étendard brodé à Paray-le-Monial par les religieuses de la Visitation, et destiné par les dignes filles de saint François de Sales aux défenseurs de l'Ouest. Le drapeau du Sacré-Cœur, proposé au XVII siècle à la France par Notre- Seigneur, a les promesses de la victoire définitive et de la renaissance nationale, À Rome, le régiment des zouaves était essentiellement catholique; il était formé de toutes les nations civilisées; il ne s’est pas transformé en prenant et élevant son étendard contre nos ennemis. Sans changer sa consigne, et en restant ce qu’il était, il s’est trouvé tout français.
Pendant les dix ans qu'il a été à la solde du Souverain-Pontife, quinze mille hommes sont entrés dans ses lignes, et se sont nourris de sa forte et paternelle discipline. En France, pendant la guerre, comme légion des volontaires, il a reçu environ six mille recrues. Les soldats du général de Charette, ces soldats qui l'ont connu, l'ont aimé et l’aiment encore, comme des soldats catholiques savent aimer le commandement, le sacrifice et le dévouement, se monteraient done au nombre de vingt et un mille environ. Mais la mort a pris sa part parmi ces braves; el ce ne sont pas les moindres gloires du régiment qui ont reçu leur récompense. Soldats de l'honneur, défenseurs de l'Église et de la patrie, ils sont morts pour la vérité, et on n’est pas téméraire en les tenant pour martyrs. On connaît l'histoire de plusieurs de ces braves; la bravoure était la moindre des vertus de ces héros, chastes, modestes, pieux et obéissants comme des moines. Comment ne pas saluer le beau groupe qu'ils forment au sein de l'Église triomphante, entourant des palmes des martyrs leur drapeau brodé du Sacré-Cœur et du grand nom, du nom national pour nous, de saint Martin!
Ce drapeau est tout français en effet. Il a été demandé en France et pour la France. Les religieuses de Paray, qui ont songé en 1870 à accomplir, autant qu’il était en leur pouvoir, le désir exprimé deux siècles auparavant par le divin
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Te Maitre à leur bienheureuse sœur Marguerite-Marie, ces religieuses de Parayle-Monial ne sont pas seulement les filles de saint François de Sales, qui par son . génie et sa languc appartient si bien lui-même à la France; elles sont aussi les filles d'une grande Française, d'une Bourguignonne, sainte Jeanne-Françoise Frémyot de Chantal; et c'est en France surtout que leur Ordre s’est propagé pendant la vie de la sainte fondatrice. Elle à pu établir près de deux cents monastères de son institut. En comptant ceux de la Savoie et du Piémont, y en avait-il dix en dehors de la chère France? Oh! combien les anges de la patrie avaient raison d'accueillir et de fêter sainte Jeanne-Françoise lorsqu'elle vint de Savoie à Lyon y porter son petit institut! Bien que fondé en Savoie, ce cher institut de la Visitation nous apparaît bien comme un institut français. L’inspiration des sœurs de Paray-le-Monial, répondant à l'indication divine, a été aussi nationale que catholique. La dévotion et le patriotisme se confondent dans notre patrie, cette France bien-aimée du Christ et fille aînte de l'Église. À Rome, le régiment des zouaves, formé d'éléments cosmopolites, accomplissait une œuvre française en protégeant et défendant l'indépendance et la souveraineté du Saint- Siège. Ce n’est pas pour rien que la statue de Charlemagne veille aux portes de Saint-Pierre, au Vatican.
La fête du 28 juillet, qui est une fête toute catholique et se résume à célébrer et à entendre une messe, la fête du 28 juillet est donc en outre profondément française, La cause de la France est intimement liée à la cause de l'Église. On sait que cette fête, simple fête de famille, dit le général, sera présidée à la Basse-Motte par S. Exec. le Nonce apostolique, qui doit célébrer la messe, et adresser une allocution aux zouaves accourus à l'appel de leur général.
La Basse-Motte, ancien manoir, moitié ferme et moitié château, est une habitation ensevelie dans la verdure, presque au pied du monticule qu'occupe le château de Châteauneuf, dont.elle est distante de quelques minutes à peine. De magnifiques ombrages, des charmilles merveilleuses, des eaux abondantes et courant de toutes parts forment la beauté et le charme de ce modeste manoir. ILest à quelques kilomètres de Saint-Suliae, petit port sur la Rance.
La Rance, qui se perd dans la mer à Saint-Servan, devant Saint-Malo est jusqu'à Saint-Suliac, et bien au delà en remontant, plutôt un bras de mer qu’une rivière. C'est un golfe dont les rives se rapprochent et s'écartent tour à tour, offrant de toutes parts un panorama enchanté et varié, Les voiles remontent ou suivent les flots de la marée au gré du vent, et sillonnent de toutes parts ce beau golfe, qui, au dire de certains voyageurs, pour la grâce des contours, la beauté des eaux et le nombre des barques, n'aurait rien ou presque rien à envier au fameux Bosphore. IL y manque, il est vrai, Constantinople, et même Scutari, que ne sauraient suppléer ni Saint-Malo, ni Saint-Servan, ni la nouvelle ville de
a Dinard, Tout cela néanmoins est plein de vie et de charmes : c'est à l'Océan luimême une entrée ou une issue superbe et merveilleuse.
Tous les souvenirs de la Bretagne s’accusent aux bords de la Rance : la vieille cité d’Aleth, qui a reçu les premiers apôtres de la foi et qui a précédé Saint-Malo de bien des siècles, se pare de son monticule de la Cité et de sa vicille tour Solidor, qui domine deux de ses trois ports. Je ne dirai rien de Saint-Malo, fermé dans son ile, ct ne se rattachant au continent que par le Sillon qui s’est bien élargi ces dernières années, et que continue cette longue route de Paramé, où vient se briser la lame, ct dont les anciens et célèbres moulins à vent sont remplacés par une suite d'hôtels et de maisons dont la population hante tous les jours une des plus belles plages du monde. Je n'insiste pas sur ces détails du pays, ses beautés et ses souvenirs catholiques et nationaux. Chacun de ces parages porte le nom d’un saint. J'ai nommé saint Malo et saint Suliac, il faudrait nommer saint Énogat, saint Méen, et bien d’autres. Tout, dans ce beau pays de Bretagne et le long de ces rives de la Rance, se rattache au paradis et célèbre les gloires de l'Église triomphante.
Je reviens à la militante, et particulièrement aux zouaves pontificaux. Tout ce qui les concernait tenait singulièrement au cœur de Pie IX. Quand les recrues, nouvellement arrivées à Rome, étaient accueillies au régiment et portées au registre du corps, elles étaient conduites à l'audience et présentées à la bénédiction du Souverain-Pontife. En leur donnant cette bénédiction qa’accompagnaient toujours de bonnes et pénétrantes paroles, le pape embrassait ces enfants accourus de tous les points de l'horizon pour affirmer et défendre sa souveraineté temporelle, il les embrassait, disons-nous, et les enveloppait, pour ainsi parler, du regard de cette complaisance paternelle qui saisit tout et garde mémoire des moindres détails, C'était bien ses enfants qu’il avait vus; il les connaissait désormais, et avait conscience de chacun d’eux individuellement.
Après la spoliation du Souverain-Pontife, lorsque Pie IX était captif an Vatican et qu'il y attirait les foules de tous les points du monde, un catholique, qui n'avait aucun titre particulier à la bienveillance du Souverain-Pontife, se vit admis à son audience. On sait avec quelle bonhomie et quelle finesse Pie IX interrogeait ceux qui l’approchaient, et combien il avait le secret de remuer dans tous les cœurs les fibres vivantes; il en vint à parler à ce catholique de ses enfants, ct celui-ci se crut autorisé à se targuer d'en avoir donné un à l’armée pontificale, un des deux derniers zouaves admis au régiment en 1870. « Un des deux derniers zouaves que j'ai bénis, interrompit le Saint-Père, Eh bien! votre fils était-il le blond ou le brun? »
Faut-il ajouter que, par une circonstance imprévue, ces deux derniers zouaves bénis par Pie IX, le brun et le blond, se trouvèrent des premiers à recevoir la
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Ds bénédiction de Léon XII? Ils avaient été chargés par le général de Charette de porter au nouveau pontife l'hommage ct l'adresse des zouaves, et ce fut le jour même de son couronnement qu'ils furent présentés à Sa Sainteté et reçurent sa bénédiction pour tout le régiment.
Cette bénédiction du Souverain-Pontife, S. Ex. le Nonce va la porter de nouveau le 28 juillet à tout le régiment, F1 ne pourra être tout entier à la Basse-Motte; il y sera représenté au moins par le général et plusieurs des principaux officiers. Les étrangers s'y méleront aux Français. Il ne faut pas compter parmi les étrangers les Canadiens, ces Français de l'Amérique du Non, dont plusieurs sont déjà annoncés « attendus à la Basse-Motte. IL y à huit jours à peu près le général avait près de cinq cents réponses : la plupart sans doute sont de France ; mais la Suisse, la Belgique et la Hollande, qui ont notamment fourni tant de défenseurs au Saint-Siège, doivent être représentées. Je ne fais pas ici une mention officielle et je note simplement des souvenirs perçus bien rapidement, J'ai vu le général Charette à la Basse-Motte, la semaine dernière. Je l'ai trouvé au milieu de ses préparatifs.
On arrive à la Basse-Motte après avoir abandonné un petit chemin qui vient de Châteauneuf et se rend je ne sais où, on arrive à la Basse-Motte par une magnifique et large avenue de ces grands arbres, ormes, chènes et hètres, qui sont la parure de la Bretagne. Une tente immense, recouvrant des tables où pourront s'asseoir sept ou huit cents convives était dressée dans la cour; le général espérait pouvoir encore multiplier les tables. IT tient à asseoir tout son monde. Mais si nombreuses que soient les tables, elles pourraient être insufisantes; ce qui sera toujours assez large pour aceueillir et embrasser les zouaves, tous les zouaves, c'est le cœur du général. Je n'ai rien à dire de la fierté, de l'amour, de la reconnaissance, de la gloire que ce grand cœur laisse entrevoir quand on vient à lui parler de ses soldats. Nous avons dit, ou plutôt nous ne pouvons pas dire combien tous ceux-ci aiment leur général; mais pour concevoir et deviner combien le général aime ses zouaves, il suffit de lui en entendre dire un mot. Que d’orgueil, que de fanfares même dans ce cœur modeste et brave ! Quelles affections ! Quelles tendresses ! C'est un mystère, un mystère charmant que ces attendrissements et ces faiblesses de l'affection dans une âme héroïque et si virilement trempée.
Derrière la maison, en haut de la pelouse, sur laquelle s'ouvrent les portes et les fenêtres du salon et des autres appartements qui occupent le rez-de-chaussée, se dresse un autel rustique composé de troncs de sapin, couvert de verdure, et que les doigts et le goût de la baronne de Charette doivent orner et envelopper de fleurs. C'est là, à cet autel rustique et magnifique, que sera célébrée la messe. L'assistance couvrira la pelouse et remplira sans doute les bocages et les charmilles
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NT ee qui l’enveloppent de toutes parts. Aux pieds de la Victime eucharistique immolée par les mains du Nonce apostolique s’affirmeront et se nourriront la foi, le dévouement et l'honneur de tous ces braves cœurs unis dans le Sacré-Cœur.
On imagine la fête, la joie de toutes ces âmes ; quelles effusions d'amour et de désirs s'élèveront vers Dieu en se réunissant et se recueillant dans le cœur même du Souverain-Pontife ! Comment douter que Léon XIEE, présent dans la personne de sor Nonce, ne soit mêlé à Loutes les prières et à tous les vœux de ces âmes héroïques vouées au Sacré-Cœur et à la Papauté |
En me conduisant à travers ses préparatifs et en me faisant visiter sa maison, le général m'avait introduit dans sa chambre de travail, et tout en me parlant de ses zouaves, — car de quoi parlerait le général de Charette S'il ne parlait du régiment et la bouche parle de l'abondance du cœur, — le général me mit en main un petit cadre un peu vieilli dans sa magnificence, qui contient sur un morceau de toile un Sacré-Cœur brodé en soie rouge. C'est le Sacré-Cœur que portait sur sa poitrine le général de Charette Le 29 mars 1796, quand il fut fusillé à Nantes. C’est bien là une relique pour la famille, C'est une relique aussi pour tous les zouaves.
Avant d’être brodé sur leur glorieux fanion, qu'ils verront déployé auprès de l'autel de la Basse-Motte, le 28 juillet prochain, le Sacré-Cœur protégeait leurs origines. Il enseigne à tous le sacrilice. Il protège la France. Je n’insiste pas. Le Sacré-Cœur, Rome, le Souverain-Pontife, la patrie, toutes les grandeurs, tous les héroïsmes, vont être de la fête, Les grands morts de Loigny, du Mans, de Coulmiers, de Castelfidardo, de Monte Rotondo et de tant d’autres liens, ne seront pas oubliés et feront sentir leur présence. Vive Dieu et vive son Église!
Léon AUBINEA.
LE GAULOIS
28 juillet
LES NOCES D'ARGENT DES ZOUAVES PONTIFICAUX
Curieuse animation à Saint-Malo, à Saint-Servan, sur le cours de la Rance et sur toutes les routes de la contrée. L'affluence à la fête de demain sera magnifique. La place manque dans les hôtels des villes voisines; beaucoup d'invités ont amené leurs familles, Les préparatifs sont superbes. À la grille du parc de
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