‹ Noces d'argent du régiment des Zouaves pontificaux, 1860-1885 [microforme]Chapitre 67 sur 84 · LA · texte numérisé non relu

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colonel d'Albiousse et celui du Sacré-Cœur porté par Cazenove de Pradine, assisté du fils de Jacques de Bouillé, On connaît cette histoire. Le porte-drapeau Verthamon tombe mort, Cazenove le remplace : il tombe gravement blessé, Le marquis de Bouillé, quoique âgé, est là sous les armes; il s'empare du drapeau, tombe mort, et est remplacé par son fils Jacques, qui succombe à son tour. Cazenove, tout blessé qu'il soit, ressaisit le drapeau et tombe une seconde fois tout le bras droit mutilé, 1 lui appartenait bien de le tenir ce drapeau encore marqué de son sang, et nul ne pouvait mieux l'accompagner que le jeune Guillaume de Bouillé. Et le chant, comme il a été superbe! Je croyais, en écoutant le chant du Pater, entendre toute la France catholique demander à Dieu, au Dieu des Francs, ces fils aînés de l'Église : Adveniat regnum tuum ! Au nom de la Nouvelle-France, j'ai demandé de très bon cœur des jours plus heureux pour notre mère la vieille France.

Après la bénédiction apostolique accordée par Léon XIE, et donnée par Mgr Sacré, un va-etvient général s'établit : on se cherche, on se reconnait, on s’informe des absents, et on entend de toute part des cris de joie, on s'embrasse, on pleure et on rit. Mon Dieu, nous aurions bien passé la journée ainsi; mais la table hospitalière était dressée el nous dûmes rompre les rangs pour aller y prendre place. Un immense bâtiment dressé absolument pour la circonstance, contient plus de huit cents couverts. La salle est décorée des drapeaux pontificaux et du Sacré- Cœur, ainsi que des armes des zouaves des différentes nationalités et des noms des combats où se sont illustrés les diables du bon Dieu -— et vous savez s'ils sont nombreux. Les mets, je ne vous en parle pas; je ne les ai guère vus et encore moins goûtés, tant j'étais absorbé par les émotions. Après Me de Lamoricière et un couple d'autres noms, on appela les zouaves canadiens qu'on plaça à la table d'honneur (qui ne contient que vingt-cinq couverts).

M. le Dr Desjardins entre Me la comtesse de Coniac et la fille de Lamoricière, le glorieux duc de Castelfidardo, M. Richer entre cette dernière et Me de Kergariou, et votre serviteur entre Me Lamoricière et Mme la marquise Jacques de Bouillé en face Mr de Charette, Ditesmoi quand le Canada catholique eut pareil honneur?

Le général, en nous invitant à attaquer les pièces servies, continua à circuler par toute la salle en tirant la barbe à l'un, en donnant une tape à l'autre, en prenant une cerise ici, un verre de vin là, toujours le sourire aux lèvres et les larmes aux yeux. Vers la fin du repas, il s'avance sur la table d'honneur et commence à nous parler, comme il le fit en 1882, à Saint- Hyacinthe, avec ce ton ferme, ému, cet accent convaincu et partant de son noble cœur, et aujourd'hui comme alors, à Basse-Molte comme à Saint-Hyacinthe, il arrache des larmes à tout son auditoire. Vous pouvez juger vous-mèêmes, par le texte du discours que je vous inclus, de l'effet produit sur une assemblée où se trouvaient des héros de Castelfidardo, de Mentana et de Patay.

Mgr Sacré, malgré la difficulté que tout le monde sentait de parler après M. de Charette, fut très heureux et applaudi à outrance. Puis M. d’Albiousse vint à son tour remuer nos cœurs et provoquer les vivats les plus enthousiastes. J'ai entendu des orateurs puissants, renommés dans le monde eaitier, mais jamais homme ne m'a ému comme vient de le faire M. d'Albiousse. Comme nous l'aimions, et comme nous le lui avons bien prouvé par nos applaudissements et nos larmes, quand il a parlé du père des zouaves, M. de Charette, de la fille du régiment, Mie de Charette, de Me de Charette, cet ange qui sur la terre de France accueillit l'enfant qu'un autre ange avait laissé sur la terre d'Italie! À peine M. d'Albiousse a-t-il fini que de Charette vient l'embrasser et le presser sur son cœur, M'e de Charette vient lui presser la main, Mec de Charette pleurant à chaudes larmes embrasse le colonel qui baise respectueusement sa main, et tous nous applaudissions en pleurant.

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Ah! mes chers amis, pendez-vous de n'avoir pas été là.

Après Castelfidardo et les jours glorieux écrits dans l'histoire avee le sang de nos frères, celui-ci est le plus beau du régiment. |

Je vous enverrai, par le prochain courrier, des détails que je dois omettre aujourd'hui. J'en

aurai bien long à dire à mes anciens compagnons d'armes. D. Gén.

LA MINERVE

18 août NOS ZOUAVES CANADIENS

Nous avons reçu hier une nouvelle correspondance de M. l'abbé Gérin, qui représentait les zouaves canadiens à la Basse-Motte. Cette correspondance est accompagnée de la lettre suivante, que notre distingué collaborateur adresse à ses anciens camarades et qui sera lue par tous avec le plus vif intérêt :

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