‹ Noces d'argent du régiment des Zouaves pontificaux, 1860-1885 [microforme]Chapitre 68 sur 84 · MES CHERS CAMARADES · texte numérisé non relu

MES CHERS CAMARADES

Les journaux vous ont donné longuement les impressions de la journée du 98. On a écrit pour le public, pour tout le monde. Je comprends que vous, qui êtes du régiment, de la famille, avez droit à plus de détails. Cette lettre familière, intime, au style diffus, aux phrases coupées, est pour vous seuls; défense formelle à tout profane d’en prendre connaissance, Je vous parle comme à de vrais zouzous, en prenant mon café et en fumant ma cigarette,

J'arrive de la Basse-Motte, où j'ai passé la journée. Les décorations sont enlevées, le bruit a cessé; mais l'âme de la grande fête y est encore; de Charette est là, recevant une foule d'invités, répondant à des lettres, à des dépêches, courant iei et là, commandant, chantant, criant, ete., ete, Vous le voyez parler à un ami paraissant bien décidé à se tenir en repos; un instant après il est rendu à l'extrémité du pare pour recevoir ou reconduire quelqu'un; c'est ainsi qu'il va et vient sans cesse. Pourtant la Basse-Motte est extrêmement isolée. En venant se fixer ici, le général cherchait sans doute la tranquillité. IT oubliait sa popularité, le besoin que l'on a de le voir, de lui parler, de l'entendre, et quand il s’agit d'aller à Charette, la distance n'est jamais assez grande, ni les laillis assez épais pour nous empêcher d'arriver jusqu'à lui. Aussi à quelle épreuve n'a-t-il pas mis le dévouement des zouaves, en les convoquant de toutes les parties du monde, non pas au centre de la France, mais à une de ses extrémités, an fond de la Bretagne, loin, bien loin des grandes routes; et cependant plus de mille sont venus, et la plupart au prix de bien des sacrifices, et comme tous ont joui, ont été heureux !

Cette grande popularité repose sans doute sur le prestige attaché à un grand nom, à un passé

{ plein de gloire; mais encore et surtout, je crois, sur le fait que cet homme à la théorie joint

î la pratique toujours; il agit comme il parle, en vrai soldat chrétien. Ainsi de Charette, général

1] D de France, communie deux ou trois fois par mois; fait lui-même tous les soirs la prière avec

: ses domestiques; ne manque jamais au chemin de la croix le vendredi, et chaque matin, vous

: pouvez le voir se diriger, le chapelet à la main, vers Châteauneuf pour y entendre la sainte

messe, Quand arriva la nouvelle qu'il aurait certainement des Canadiens à sa fête, il se prit

à crier: « Schmoderer! Schmoderer! » Schmoderer arrive tout haletant : Mon général, et qu'est-ce

ï qu'il y a? — Ils viennent! Ils viennent... — Mais qui, mon général? —- Imbécile! tu ne com-

à prends rien! tu sais bien que ce sont les Canadiens. et quelques minutes après il prenait le

chemin de l'église de Châteauneuf pour y remercier Dieu de la faveur tant désirée, Aussi, avec

Il È quelle affection il nous a reçus et embrassés! Non content des honneurs donnés an Canada le 98,

1 LR il chargea le marquis de la Rochefoucauld de nous conduire sans faute chez lui le 30 pour

Non, y prendre le déjeuner, C'est ainsi que nous avons eu la bonne fortune de passer une partie de

RE cette journée avec la famille de Charette. La baronne, adorée de son mari, de ses enfants

| fi et de tout son personnel, fait royalement les honneurs de sa maison. Vous l'avez vue, vous

| À \ l'avez admirée au Canada; que ne la voyez-vous chez elle? Par sa simplicité si digne, son

| À extrème délicatesse, son sourire, son esprit vif, elle conquiert de suite l'admiration de tous.

| # Aussi la noblesse française parait orgueilleuse de compter dans ses rangs la Rose du Sud

2 (C'est ainsi que les Américains désignaient Mlle Polk dans leurs chants et leurs poésies).

| Ÿ Mie Henriette de Charette est âgée de vingt-un ans; on lui en donnerait à peine quinze. Elle | |

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