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semble ne vivre que pour son père et sa nouvelle mère, Tout le régiment, comme le père, raffole de sa fille.
dy Athanase de Charette fils est un grand gaillard à la figure intelligente et à l'air déterminé, Il | aura plus tard à porter la vaillante épée de son père, il dirigera peut-être vos enfants sur les | ‘4 champs de bataille. Noblesse oblige; il sera digne de sa race, comme vos enfants le seront de vous et de la cause à laquelle est attachée notre existence, ; Le petit Anthony, né du dernier mariage, est âgé de cinq ans; c'est un bel enfant qui promet. Hi La France et l'Amérique devront en être fières. En parlant de cette magnifique famille, il faut y joindre Schmoderer. Vous rappelez-vous ce \| soldat zélé, fidèle, suivant son chef pas à pas, dans la mauvaise comme dans la bonne fortune? | Voilà plus de vingt ans que sa destinée est attachée à celle de M. de Charette, et aujourd'hui on 4 ne peut dire qui l'emporte du dévouement du serviteur ou de la confiance du maître, Enfant de l'Alsace, il ne veut pas devenir Prussien, il reste Français, catholique, zouave enragé. Quelles heures délicieuses passées sous ce toit hospitalier! Avec quelle émotion j'ai baisé le Sacré- Cœur porté par le vieux Charette au moment où il fut fusillé! Au nom de vous tous aussi, j'ai baisé pieusement le drapeau glorieux du Sacré-Cœur, le même qui conduisit nos frères de 4 ‘3 ; France à Patay, à Loigny et à Cercottes. Il est tout taché de sang et troué par les balles. J'ai | : tenté d'en détacher une parcelle. Je le regrette, dit M. de Charette, mais c’est impossible; c'est if : une relique sacrée dont la France catholique m'a établi le dépositaire; il doit rester intact \ comme votre calice. Le général m'a fait apporter un volume considérable, très richement 14 i relié et ayant pour titre écrit en lettres d’or : « Aime Dieu et va ton chemin. » Cest le récit de à son voyage au Canada. C'est charmant à lire. Tout est relaté avec clarté, précision et cœur. Rien è n'y est oublié; pas même sa courte visite à la petite paroisse de Saint-Justin. Si M. de Charette k le voulait, il ferait autant de bruit avec sa plume qu'avec son épée. Dans le même volume est intercalé feuille par feuille le Bulletin de l'Union faisant rapport de sa visite, ainsi que plusieurs
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J'emporte dans mon cœur, d'où il ne sortira jamais, le souvenir de cette journée et de celle du 28, Si jamais un Francais pousse devant moi le eri de détresse : « Nous n'avons pas d'homme, » sans hésitation je lui donnerai l'adresse suivante : « Baron À. de Charette, Basse-Motte, Bretagne. » El n'est-ce pas là la croyance de plusieur“, puisque à accourt toute la noblesse franaise en commencant par le duc de Chartres, le due d'Alencon, ete. ?
Vous avez lu in extenso le discours de M. de Charette. Le passage relatif aux fils de la Nouvelle-France a été acclamé par les cris enthousiastes de toute l'assemblée : Vivent les Canadiens! Vive le Canada! Si le curé Labelle eût été R!.. Le colonel d'Albiousse à du coup empoigné tous les cœurs.
Le régiment peut être fier de ses chefs, el au jour fixé par la divine Providence, de tout cœur eLavec confiance chacun remettra à leur entière disposition son bras et sa vie. Hélas! Je ne pourrai plus vous suivre! Si au moins M. Moreau consentait à me faire son assistant.
Vous avez pu constater le ton sympathique de la presse, Le Temps et le Gil Blas mème avaient envoyé des représentants. C'est probablement l'un d'eux qui répondit à un zouave se plaignant de l'absence des républicains : Que me chantez-vous A? IL y en a etils ne voient plus clair.
En effet, je ne crois pas qu'un seul assistant ait échappé à l'émotion. Le correspondant du Gil Blas, avant que d'expédier son article, l'a soumis à M. de Charette en s'engageant à bilter tout ce qui ne lui irait pas.
J'ai vu particulièrement MM. de Kermoal, Joly, Joubert, de Ferron, Niel, de Résimond, du Roux, Guérin, Aartz, de Kerwin, Tuccimei, les Pères Douceaux et Paaps, etc.
Tous m'ont parlé avec attendrissement des Canadiens et m'ont prié instamment de les rappeler à votre souvenir. Pauvre Niel ! il porte péniblement sa glorieuse jambe de bois ; il est pâle, languissant, mais pas abatu : il est prêt à se traîner à Rome pour y défendre encore le pape et la foi.
Les commandants de Saisy, Lambilly, d'Albiousse sont un peu vieillis ; le discours de ce dernier qui a parlé au nom de tous prouve que si les figures changent, les sentiments restent les mêmes. Joly regretiv de n'être pas venu nous rejoindre au Canada. La vie de vieux garçon parait l'ennuyer affreusement. Joubert arrive du centre de l'Afrique, où il est allé commander un détachement chargé de veiller sur la vie des missionnaires. C'est vous dire qu'il n'a pas blanchi. Kermoal, de Ferron, de Résimond, sont absolument les mêmes ; s'ils se conservent si bien, on sait pourquoi. Déjarres y était aussi; vous n'avez pas oublié son volume non plus que sa voix ; tout le monde l’a donc vu et entendu.
La plupart de nos anciens camarades sont en famille. Plusieurs n'ont rien à vous envier. De Kerwin, pour sa part, compte dix enfants. Tous paraissent occuper de bonnes positions et contents de leur sort, dès qu'ils ne peuvent ètre zouaves. Vous savez déjà que Wyard, Dujardin et Benoist sont religieux au monastère des Trappistes à Saint-Paul aux Trois-Fontaines; d'Esclée et Tortora, libraires à Bruxelles, La Hoyde, conducteur des malles entre Brindisi et le Havre, Vincenti habite Paris, Braün, mon adjudant, est cicerone à Rome. Je ne manquerai pas de me faire gontuire par lui. Mais impossible de vous parler de tous. À mon retour les autres détails.
Les zouaves belges et hollandais auront le 30 août prochain, à Anvers, une grande réunion qui sera présidée par M. de Charette. J'y serai avec Desjardins ; nous devons cela à nos braves et sincères amis des Pays-Bas. Richer retournera prochainement au Canada.
Vous avez compris l'abstention de Mgr di Rende : terreur des gouvernants. On a même signifié à certains évêques d'empêcher leurs prêtres de se rendre ce jour-là à Basse-Motte, Des
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oficiers n’ont pu obtenir de congé. Pourtant le mot liberté est écrit partout ; on en casse habituellement les oreilles du peuple, pur charlatanisme. On n'a que le mot, la chose n'existe qu'en espérance,
En 1870, à la fin de mai, ou au commencement de juin, j'écrivais de Rome une correspondance dans laquelle je me permettais de prédire la chute de Napoléon HE : « Le plébiseite, disais- » je, n'est que pour la galerie; pour qui connaît l'histoire et étudie les hommes du jour, la » carrière de Napoléon touche à sa fin, Avant peu il viendra à Rome, demander à celui qu'il » abandonne après l'avoir soumis pendant un an aux tortures de ses ministres et de ses » diplomates. »
Les directeurs d'alors de la Minerve trouvèrent que ça sentait trop le visionnaire et la prédiction fut retranchée, Napoléon n'eut même pas la consolation de se réfugier à Rome, asile naturel des grandes douleurs ; il dut demander protection à la geôlière de son oncle, Si je ne craignais le même procédé, j'essayerais encore de la prédiction, J'annoncerais la fin prochaine de la République francaise. Une culbute est imminente. Clémenceau va arriver, mettre le comble à toutes les sottises accumulées depuis quelques années, et alors la France comprendra qu'elle a été trop patiente, et qu'elle doit à sa conscience et à son honneur de secouer le joug impur des hommes du jour. Des murmures qui s'accentuent de plus en plus cireulent par toute la population; on est mécontent, fatigué, harassé, Un homme du peuple me disait l'autre jour : € L'ancien régime laissait à désirer, mais quant à être rossé, j'aime mieux l'être par un gentilhomme que par un homme de rien. »
Ah! si toute la noblesse francaise avait la dignité, la grandeur d'âme de ces familles chrétiennes que j'ai eu le bonheur de connaitre depuis mon séjour en Bretagne, il y a longtemps que la France servirait librement Dieu sous son roi!
Mais je deviens imprudent, Si ces lignes tombaient sous les yeux de la police, au nom de la liberté je serais écroué. Vive le Canada !
D. Génix.
LA MINERVE
29 août
Paris, 8 août ISS5.
MoxsiEUR LE DIRECTEUR,
La Basse-Motte, je n'en doute pas, jouit actuellement de sa tranquillité ordinaire; ehacun a repris le chemin de son pays et y jouit des souvenirs de la belle fête du 28 juillet. On en parle partout de cette réunion; les plus indifférents questionnent, s'étonnent, et finissent par dire : Ces amis du pape nous donneron!’ des surprises à quelque beau jour. Mon Dieu, ce ne sera pas nouveau : Mentana, Patay, Loigny, Cercottes en ont donné assez. L'autre soir, je dinais dans un restaurant assez fréquenté; un grand gaillard, à la voix aiguë et prétenticuse, disait : Charette a réuni les gros bonnets du parti royaliste; il paraît qu’il veut prendre une part sérieuse aux prochaines élections. Évidemment les noces d'rgent du régiment des zouaves ne sont qu'un
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= 479 prétexte pour s'organiser, — Mais je ne crois pas, reprit quelqu'un que je ne pus voir; ç'a été réellement une réunion de zouaves et vous savez qu'il y en a duns tous les partis. Ainsi, on m'assure que des Canadiens sont venus de leur pays spécialement pour la circonstance. Il est difficile de penser que ces Messieurs aient fait un voyage de tant de fatigues et de frais pour les beaux yeux de la politique francaise,
Le provocateur allait répliquer quand un imbécile l'avertit de notre présence, Silence profond ; j'eus payé un autre diner pour voir se prolonger cette conversation.
Je n'ai pas laissé la Bretagne sans visiter Saint-Malo. Cette ville appartient à notre histoire, ou plutôt notre histoire lui appartient, De ses murailles élevées on ne peut regarder la mer sans se rappeler avec émotion ce qui s'y passait au XVE siècle, alors que Jacques Cartier frétait ses navires, recevait des compagnons de voyage et se lançait hardiment vers les profondeurs mystérieuses de l'Occident. Saint-Malo a conservé le souvenir de notre découvreur; son nom figure partout parmi ceux de ses grands hommes, tels que : Duguay-Trouin, Chateaubriand, Lamennais, ete., ete, En entrant au Musée de la ville, dans le premier compartiment, on voit sa statue fixée au centre d'un mur tout couvert de souvenirs de ses voyages au Canada, des habits et des armes sauvages, des débris de ses vaisseaux, etc., etc., etc,
L'inscription en grosses lettres, qui couronne tous ces objets, ne peut échapper à un œil cunadien : Souvenirs présentés à la ville de Saint-Malo, par la Société historique de Québec, en 1845.
IL est vraiment étonnant qu'on ne puisse dissiper l'obscurité qui enveloppe Ra fin de la currière de ce héros. M. Harout, qui «à fait et même publié des études spéciales sur le célèbre Malouin, m'ussure qu'il lui à été absolument impossible de découvrir où et quand il est mort.
On avait bien fixé l’année 1552 comme celle de son décès, mais il y a déjà quelques années que M. de la Borderie à prouvé, par un ariêt du gouvernement de Rennes, qu'il vivait en 1555.
J'ai visité les portes Cartier en compagnie de Mwe de Ferron, qui en a la propriété. La maison de Jacques Cartier, une gentilhommière assez vaste, entourée de murs épais, est complètement abandonnée : elle n'ubrite que des grains, des légumes et une vicille gardienne. La cheminée, assez bien conservée, annonce un certain luxe, Dans la partie du mur donnant sur la voie publique, sont les armes de Jacques Cartier. Deux vitraux ont été sauvés de la ruine : l'un est à Sherbrooke, Me de Ferron conserve l'autre précieusement, Ces ruines, si chères pour nous, ne deviendront-elles jamais la propriété d'un Canadien français?
La ferme de Limouillon est à quelques pas de R; la maison, d'apparence plus modeste que celle de Cartier, est également abandonnée.
Une mémoire bien conservée à Saint-Malo, c'est celle de Chateaubriand, La chambre 5 de l'hôtel de France est celle où il vint au monde. Le propriétaire de cet hôtel a eu le bon esprit de n'y rien déranger, elle est ce qu'elle était en 1768; mêmes meubles, même lit, mêmes tapisseries, On n'y a ajouté que le portrait de l'excellent écrivain, et une peinture représentant Atala et Chactas. Au-dessus de la porte sont les armes du vicomte avec sa devise : Mon sang teint les bannières de la France. Son tombeau, on le sait, est à quelque distance de Saint-Malo, sur la pointe d'un rocher qui domine la mer. C'est une simple pierre entourée d’une grille en fer et portant une croix de granit; pas même de nom.
Dès 1828, Chateaubriand avait choisi ce lieu pour celui de sa sépulture. Louis Veuillot s'est moqué beaucoup de cette volonté de l'auteur du Génie du Christianisme. Après avoir, dit-il, tant recherché les éloges des hommes pendant sa vie, il voulut avoir les hommages de l'Océan après sa mort. Pourtant ce tombeau me paraît mieux là, sous la croix, dans la solitude, en face
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de la mer et de l'immensité que dans ces villes des morts où il n'y a guère plus de paix que dans celles des vivants. C'est un lieu bien choisi pour dormir le grand sommeil.
Je n'ai rien à ajouter sur Saint-Malo. Surtout inutile de vous dire que c’est un beau port de mer; tous les Canadiens, même les enfants, le savent, De cette ville je me suis rendu à Rennes, pour y voir l'abbé Guillotin; malheureusement il était sur les bords de la mer à prendre ses vacances, Au moins j'ai l'adresse de cet érudit; au besoin je pourrai la communiquer aux lravailleurs de notre histoire. Rennes, ancienne capitale de la Bretagne, est aujourd’hui une petite ville propre, tranquille, mais sans importance, aussi je la laissai après quelques heures pour aller frapper à la porte du monastère de la Meilleraye, occupé par les RR. PP. Trappistes. Cest de là que sont partis les religieux de Notre-Dame-du-Lac. Gette communauté compte actuellement vingt-cinq établissements. Je ne vous ferai pas la description de ce monastère habité par une centaine de moines et entouré de jardins extrémement bien cultivés. Je ne chercherai pas à vous faire partager les émotions que j'éprouvai en visitant les cellules de ces serviteurs de Dieu. Leur lit de bois, leur réfectoire, leur cimetitre, leur chapelle où j'ai entendu des prières si ferventes, des chants si mâles et si touchants, tout cela demanderait un livre. Je me contenterai de rappeler que lors de la Révolution française, les Trappistes chassés de leur monastère se réfugièrent en Suisse, d'où le Père abbé fit partir pour le Canada don Jean-Baptiste, avec quelques autres religieux, ne leur donnant pour tout partage qu'une simple croix de bois. Mais en traversant l'Angleterre, un riche Anglais catholique, M. Weld, les arrèta et leur offrit une propriété qu'ils acceptèrent. Le fils du généreux Anglais fut plus tard nommé par Léon XII évêque d'Amyclée et coadjuteur du siège d'Hamillon dans le Haut-Canada; mais l'Angleterre s'étant opposée à cette mission, Mgr Weld alla à Rome où il fut, en 1830, créé cardinal par Pie VI. C'était le premier cardinal anglais depuis le célèbre Polus. La croix de bois, qui devait ètre plantée sur le sol canadien, est placée près de La porte d'entrée de l'église du monastère, avec une inscription qui se termine par ces mots : Ét nos habenrus eam pretiosissimam.
J'ai rencontré avec bonheur dans ce célèbre monastère un ancien condisciple de collège, le Père Jérôme, le même qui a tenté à la patrie un établissement pour son Ordre. Voilà déjà virgt ans qu'il vit sous la règle sévère de saint Benoit. Pourtant ses amis croyaient difficilement à sa vocation. À Nicolet pas un élève ne se donnait autant de soins : lit de plumes, double oreiller à l'étude, pension recherchée, rien n'annonçait en Péloquin le futur trappiste. Il est heureux et chante de tout cœur : C'est ici le licu de mon repos, le nid où je mourrai : In nidulo meo moriar.
Je n'ai pu visiter les fermes du monastère, mais d'après ce que j'ai vu et entendu, je n'hésite pas à affirmer que l’agriculleur peut trouver là beaucoup à apprendre. Ge sont plus que des fermes modèles.
J'ai laissé bien à regret la cellule Saint-Jean-Baptiste où l'on m'a logé. Les deux jours passés sous ce toit solitaire et hospitalier seront un des plus beaux souvenirs de ma vie.
Impossible de passer à Nantes sans y arrêter. Outre les grands souvenirs historiques se rattachänt à cette ville, j'y trouvais les tombeaux de Lamoricière et du petit Louis Guérin, tous deux bien célèbres dans les annales du régiment des zouaves pontificaux. Inutile de dire ce que fut Lamoricière, son généreux dévouement à la cause catholique. Aussi les Nantais aidés des souscriptions des soldats de Pie IX, lui ont élevé dans la cathédrale nn monument digne de lui.
La description de ces chefs-d'œuvre se trouve dans la vie de ce grand guerrier. J'ai baisé avec respect ce riche mausolée, et repassant dans ma mémoire l’oraison funèbre de ce héros prononcée par l'illustre évèque d'Orléans, je me suis arrêté avec consolation à ces paroles toujours pleines d'actualité : « Depuis les martyrs des premiers âges jusqu’à nous, que de causes
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en apparence vaincues et pour lesquelles le jour de la victoire ne devait point tarder à reluire! Où chercher le point de départ de leur succès? Dans le dévouement de ceux qui avaient lutté pour elles jusqu’au dernicr instant et contre l'espérance même.
» [y a dans le sacrifice, quelque infructueux qu'il paraisse sur le moment, une vertu qui lui survit, qui passe d'une âme à l'autre, qui fait germer à l'heure marquée de nouveaux sacrifices ; et quand après les victoires passagères de la force, arrive le jour où le droit et la justice reprennent leur empire, la postérité plus équitable que les contemporains, salue de son admiration et de sa reconnaissance l'héroïsme de ceux qui avaient préparé par leur défaite les triomphes de l'avenir. »
Le tombeau du petit Guérin est à deux milles de la ville, dans le cimetière du séminaire de Nantes. En 1860, Louis Guérin faisait pieusement ses études théologiques à Nantes. Il entend parler de l'invasion des États pontificaux ; de suite il demande à se faire zouave et offre sa vie à Dicu en expiation des injures que reçoit le saint sacrement de l'autel en France. Arrivé à Rome, il endosse courageusement l'habit militaire, marche sur Castelfidardo et tombe dès le commencement de la lutte frappé d'une balle ennemie. On le transporte à l'hôpital d’Osimo, où il meurt après quelques jours. Son corps, exhumé en 1863, fut trouvé parfaitement conservé, transporté en France, exposé pendant deux jours dans le parloir du séminaire de Nantes et déposé au lieu que je viens de désigner. 1 se fait des miracles sur son tombeau, et on assure que Pie IX songeait sérieusement à le canoniser et à le donner pour patron aux zouaves pontificaux. Son souvenir est bien conservé, si l'on en juge par les couronnes de fleurs qui couvrent ses cendres. On y voit aussi plusieurs ex-volo.
Dans le même cimetière, repose le corps de Mgr Daniel, décédé en 1879.
Nommé aumônier, dès 1860, Mgr Daniel est resté attaché au régiment des zouaves pontificaux jusqu'à sa mort. En Italie comme en France, il fut tout dévoué à ses compatriotes. Il tenait régulièrement un journal où il relatait les événements importants et auquel il confiait ses craintes el ses espérances, ses peines et ses consolations. L'abbé Allard en à extrait un joli volume qu'il appelle l'histoire du régiment, Je viens de le parcourir. M'est avis que l’histoire n'est pas complète, Pour ce qui regarde les Français, rien n'y est omis. Mais comment se fait-il qu'il oublie entièrement les Canadiens si aimés du Saint-Père et si appréciés de leurs chefs? Dans tout le volume on ne trouve qu'une seule ligne où notre nom soit mentionné : c’est pour annoncer l'arrivée à Rome du premier détachement. Comme appendice se trouve la liste de ses chers morts. Elle est longue; on y lit des noms belges, hollandais, espagnols, ete., elc.; pas un seul nom canadien! Pourtant, neuf des nôtres dorment au cimetière Saint-Laurent.
La lettre que M. Richer vient de recevoir du capitaine de Kermoal nous dédommage amplement de cet oubli ou de celte distraction. Je l’insère dans cette correspondance. Non seulement les anciens zouaves, mais tous les Canadiens seront heureux de savoir ce que pense de nous celui qui fut le plus à même de nous connaitre :
« Saint-Brieuc (Côtes-du-Nord), 3 avüt 1885.
» Mon cuer Ricen,
» J'ai été trop heureux de vous rencontrer chez notre cher général comme représentant des zouaves canadiens, pour avoir oublié la promesse que je vous ai faite de vous envoyer ma photographie.
» Elle vous dira ct elle dira à tous nos amis du Canada que j'aimais tant combien leur premier capitaine fut content d'eux et que s’il les mena un peu rudement, ce fut parce qu'il comprit dès leur arrivée à Rome ce qu'il y avait en eux de dévouement, de cœur, de bonne volonté.
» Je pensai que le meilleur moyen de me montrer votre ami était de vous aider à devenir de vaillants soldats; et je le dis avec joie, j'ai bien réussi, car votre réputation est faite maintenant.
» Aime Dieu et va ton chemin » fut votre devise en venant aux zouaves pontificaux; vous ÿ avez ajouté l'amour pour la France, car je sais combien vous avez pris part de R-bas aux douleurs de notre pauvre pays, berceau de la plupart de vos ancètres; nous vous disons merci. Nous vous disons encore merci, nous, les vieux du régiment, pour l'accueil grandiose et si plein de cœur que vous avez fait à notre chef aimé le général de Charette,
» 1 m'est impossible de vous dire tout ce que je ressentis en vous voyant l'autre jour, j'étais ému et heureux, dites-le bien à tous vos camarades sans oublier personne, de revoir des Canadiens que j'aimerai toujours. Ne m'oubliez auprès de personne, je vous prie; je ne veux en nommer aucun, je me souviens de tous et vous serre à tous bien affectueusement la main.
» Croyez, mon cher Richer, aux meilleurs sentiments d'affection de votre bien dévoué,
» Adolphe DE KERMOAL. »
Mgr Gravel, évêque de Nicolet, est à Paris, en route pour le C::ada. Tous les Canadiens actuellement à Paris se sont empressés d'aller lui présenter leurs félicitations et lui exprimer leur sympathie.