LE VIEUX CORSAIRE
Saint-Malo, 7 août NOCES D'ARGENT DES ZOUAVES PONTIFICAUX ET RETOUR DE NOCES
Le général baron de Charette a eu l'idée de fêter le vingt-cinquième anniversaire de la création du beau régiment qui se couvrit de gloire sous ses ordres, en Italie sous le nom de zouaves pontificaux, en France sous le nom de volontaires de l'Ouest.
La fête qui, au dire de tous, a été superbe, s’est passée à la Basse-Motte, propriété que le général de Charette et sa famille habitent depuis quelque temps, située à la Ville-ès-Nonais, charmante petite commune au fond d’une des plus jolies baies de la Rance. Quand l'archevêque de Rennes vint, il y a quelque trente ans, bénir la petite église de la nouvelle paroisse que l’on venait de séparer de Châteauneuf, il lui avait donné le nom gracieux de Sainte-Marie-sur-Rance ; le vieux nom de Ville-ès-Nonais, Ville-ès-Nonnettes écrivent d’autres, a prévalu.
Pour en revenir à la Basse-Motte, plusieurs personnes m'ayant manifesté leur étonnement de ce que mon journal n'ait pas parlé des splendeurs de la fête, je tiens à leur en lonner la raison.
Je considérais cette fête comme essentiellement privée, une vraie fête de famille, et si M. de Charette ne m'y à pas convié, cela pour moi signifiait qu’il n'avait pas le désir que j'en parle dans le Vieux Corsaire.
Pour Bonaban, c’est autre chose : j'ai eu le regret de n'avoir pu me rendre à la gracieuse invitation du comte et de la comtesse Christian de Kergariou, sans
quoi j'aurais été heureux de vous décrire leur fête à ma façon, c'est-à-dire racontant mes impressions et ce que j'aurais vu.
IL parait qu'elle a été merveilleuse, et qui connait Bonaban, énorme château féodal, peut se figurer ce qu'était une fête de nuit sous ces grands arbres, un feu d'artifice se reflétant dans les eaux profondes de la grande pièce d’eau enaissée de tous côtés dans des massifs de verdure, le tout borné par la nuit noire pesant sur la mystérieuse immensité de la mare Saini-Coulban.
Au dire de tous, le bal et le souper ont été très réussis, admirablement ordonnés, dignes des maitres de li maison et des hôtes qu'ils recevaient; la plus cordiale hospitalité, la plus franche gaieté, et pour une fois, pas plus de la politique maudite que dans le creux de la main.
Un cotillon monstre, admirablement conduit par le marquis de Portes et la tout à fait ravissante vicomtesse Guillaume, belle-sœur des maitres de la maison, a terminé cette nuit féerique, dont danseurs et danseuses garderont longtemps le plus charmant souvenir.
Même il serait à désirer pour tous que l'exemple donné par les châtelains de Bonabun fût suivi, et que, comme autrefois, la gaieté et les bonnes et aimables relations reprennent dans notre pays.
J'engage tous ceux qui voudraient lire le compte rendu de ces deux fêtes à se procurer les deux numéros du Salut où elles sont parfaitement racontées dans les plus menus détails.
Ceux qui désireraient en garder un souvenir plus direct, plus palpable, peuvent s'adresser à M. Ordinaire, photographe à Dinard.
Il a pris sur le vif la fête de la Basse-Motte ; les douze épreuves, que le temps peu favorable ne lui à pas permis de faire aussi réussies qu'il fait habituellement, sont néanmoins très curieuses. Preuve, les demandes qui pleuvent chez lui de tous côtés ; c’est à qui aura la photographie des noces d'argent des zouaves, et en disant qu'on se les arrache, on est à peine dans la stricte vérité,
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