LE SALUT
Saint-Malo, 4-5 août LA FÊTE DE BONAB.N
Jeudi dernier, M. le comte Christian de Kergariou, ancien zouave pontitical, donnait dans sa magnifique propriété de Bonaban une fête à ses anciens camarades de régiment, un véritable retour de noces, suivant l'expression de notre confrère Fidelis, du Gaulois.
La somptueuse demeure de Bonaban, château monumental du temps de Louis XIV, est entourée d'un vaste parc, de frais ombrages, de sites pittoresques prètant leur merveilleux décor à cette soirée artistique et mondaine.
La fête a été splendide.
Les zouaves étaient restés dans les châteaux d’alentour, admirant les magiques beautés de nos paysages et se promettant la joie d’une nouvelle et magnifique réunion chez un de leurs camarades, qui avait invité pour cette journée exceptionnelle toute La gentry des environs.
Vers quatre heures et demie, la grande avenue, longue de six cents mètres et plantée d'arbres séculaires, était sillonnée d'équipages amenant au perron d'honneur une foule élégante qui, après avoir salué le maitre et la maitresse de la maison, se dispersait dans les jardins. On allait admirer les splendides échap- ‘ pées de verdure et les arbres séculaires du pare où les rayons du soleil versaient çà et là des coulées d'or bruni.
Des terrasses on découvrait de merveilleux horizons dans le lointain d'un azur sans nuages. L'air était tiède et doux, le ciel radieux. Les toilettes féminines, de nuances et de goût exquis, rivalisaient de grâce et de fraicheur avec les fleurs.
A sept heures, le coup d'œil des salons était superbe. On eût dit une corbeille de fleurs animées sous la baguette d’un magicien.
Le général de Charette, la baronne et M'e de Charette viennent d'arriver, Succès d’admiration pour la bravoure et la beauté.
On dine bientôt en plein air. Ah! le joli repas sur la verte terrasse, eût dit fanchonnette.
Vingt longues tables sont dressées en face du château et dans les allées. C'est véritablement un gracieux tableau que celui de ces convives attablés au milieu des fleurs ; les uniformes de hussards et de dragons piquent d’une note éclatante comme l'aile d’un papillon sur ies coro!les embaumées la nuance poétique des toilettes claires et des dentelles blancues.
Une lectrice curieuse demande à connaitre le menu de celte garden party, où tout à été jusqu'à la fin de si bon goût et de si grand lon. Soyez satisfaite, Madame, le voici :
Potages Saint-Germain el Sévigné Bouchées à la reine Filet de bœuf portugaise èle de veau en lortue Chaudfroid de volaille Dindonneaux sauce Périgueux Pâté de foies gras Haricots panachés l'lombitre
M. de Kergariou voulait recevoir dignement ses hôtes et y a complètemeut réussi, N'ont-ils pas souffert ensemble pendant la guerre contre la Prusse, mangé le pain dur sous la tente? Jeudi, un brillant menu était, ma foi, bien permis.
Le diner s’est achevé, et tandis que la lune monte lentement dans le ciel bleu, les jardins sont constellés de lumiéres. Un are de triomphe lumineux conduit à un kiosque de verdure orné de guirlandes de feu rattachées à un lustre étincelant qui en forme le sommet,
Des fusées montent dans l'éther, au bord de l'étang qui reflète leurs fleurs d'or. C’est l'heure du feu d'artifice, admirablement composé par M. Kervella.
On s’extasie sur la pièce principale unissant en lettres de feu deux dates : ‘28-30 juillet 1885, la date des noces d'argent de la Basse-Motte et celle du retour de noces à Bonaban.
Le général de Charette était émerveillé,
Cà et là, les masses sombres de l'épaisse verdure des pares s'éclairaient tout à coup des clartés des feux de Bengale, et les détonations des pièces d'artifice saluaient les guerriers qui affrontèrent si brillamment le feu des batailles. Un splendide bouquet, véritable éruption de fusées multicolores, termine ce spectacle pyrotechnique absolument réussi, comme tout le reste.
Les salons sont étincelants, et les accords d’un double orchestre annoncent le bal, qui a été des plus brillants et des plus animés.
Nous sommes aussi embarrassé que nos confrères parisiens pour citer des noms féminins dans cette splendide réunion. Notons cependant d’abord M" la baronne et M'e de Charette, puis la vicomtesse du Puget, les comtesses de Jacquemont et de Saint Gilles, M"° Louis et Alain de Charette, comtesse de Couëssin et de la Messelière, vicomtesse de Lorgeril, vicomtesse de Champeaux, M"* de Traversay, de Villède, de Lavalette, de Kerdrel, de Cintré, Me de France, marquise de Gouyon de Beaufort, M"* Houitte de la Chesnais, Guibert, de la
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Villarmois, vicomtesse de Charnact, des Garets, de Mircuille, Me de Rubercey, Legentilhomme, Me et M'e J, Blaize, de Fourcroy, M" Vigour, P. Lemte, Me Michel, ete., etc.
Après un cotillon conduit par le marquis de Portes, lieutenant de hussards, et la gracieuse vicomtesse de Kergariou, un souper à terminé la fête,
Comme le général de Charette, les camarades de M. le comte de Kergariou et ses invités reconnaissants garderont longtemps le souvenir de la splendide fête de Bonaban.
P. Bazouce.