‹ Noces d'or de la Saint-Jean-Baptiste [microforme]Chapitre 42 sur 98 · DISCOURS DE L'HONORABLE GÉDÉON OUIMET · texte numérisé non relu

DISCOURS DE L'HONORABLE GÉDÉON OUIMET

J'ai l'honneur de proposer la santé ‘LE CLERGÉ,” santé qui, j'en suis sûr, m'assure d’avance les sympathies de cette importante assemblée. Il vaudrait peut-être mieux pour moi garder un religieux silence, car cette énonciation “ le clergé ” renferme à elle seule et suscite dans vos esprits tout un éloge auquel mes faibles paroles ne sauraient rien ajouter. Mais, comme en ce jour, la nationalité canadienne a voulu convier, pour les mieux apprécier, les illustrations et les gloires les plus pures de notre pays, il ne serait pas juste de laisser dans l’ombre une de ces gloires, la plus belle et*la plus auguste de toutes, laquelle a besoin d’être proclamée par une voix amie, parce qu’elle est trop modeste pour se proclamer et s’aiñrmer elle-même.

Qu'il me soit donc permis d’esquisser à grands traits, de faire passer rapidement scus vos yeux cette grande figure du clergé, figure que nous avons appris à vénérer dès notre âge le plus tendre, que nous aimons toujours à contempler avec orgueil, parce que c’est en elle que nous retrouvons, comme en un type achevé, tout ce qu’il y a de beau, de noble et de grand dans nos âmes et sur nos fronts.

L'histoire du clergé, messieurs, c’est l’histoire du catholicisme, ou en d’autres termes, du progrès véritable, de la

vraie civilisation. Elle remonte jusqu’au jour où se fit entendre cette parole du maître : ‘* Allez, enseignez toutes les nations,” parole toute-puissante, dont les échos ont retenti depuis sur tous les rivages, dans tous les siècles, et sous laquelle toutes les nations de la terre se sont courbées. Ce jour-là, le clergé reçut sa mission divine, qui n’était qu'une continuation de celle du Sauveur. Pour célébrer dignement devant vous cette mission, il me faudrait vous faire assister à la transformation de l’ancien monde, comme à la formation successive du monde nouveau: formation prodigieuse qui a fait et fera éternellement l'honneur du clergé. Car, elle est bien grande, cette œuvre du clergé, c’est une œuvre de 19 siècles, et comment un regard borné comme le nôtre, pourraît-il parvenir à mesurer un aussi vaste horizon ? Nous devrons donc nous contenter d’un rapide coup d'œil.

Je me figure, messieurs, au milieu de l'immense plaine du monde, un arbre gigantesque, dont la tête touche les cieux, et les vigoureuses racines se promènent jusqu'aux extrémités de la terre. Les rameaux en sont nombreux, pleins de sève et de vie, quoiqu’à des degrés divers, et de cette riche exubérante nait une profusion non moins riche de fleurs et de fruits Au pied de cet arbre fécond, il y a place pour tous les peuples de l'univers ; plusieurs y étaient un jour au complet. Aujourd’hui, que de vides ! que de désertions ! un seul s’y trouve encore, remplissant toutes les places qui lui sont destinées.

Cet arbre, messieurs, c’est l'Eglise catholique.

La papauté en est le tronc, les racines sont les vertus secrètes qui l’alimentent ; les rameaux qui en épanchent la sève, ce sont les ministres de la foi, les membres du clergé. On le reconnaît, ce clergé divin, aux fleurs et aux fruits qu’il porte, c’est-à-dire, aux fidèles nombreux qu’il nourrit de ses travaux. Les peuple; accourus pour s’abriter sous cet arbre bienfaisant,

æt savourer les fruits mûrs qui s'en échappent, ce sont les sociétés chrétiennes, aujourd’hui hélas ! affaiblies et décimées par l'erreur et la persécution, Un seul peuple, avons nous dit, est là dans toute son intégrité et toute sa vie, c'est le peuplé auquel nous nous faisons gloire d’appartenir, c'est le peuple canadien-français, servi, alimenté par un clergé des plus pieux, des plus actifs et des plus dévoués.

Dans une fête comme celle-ci, porter une santé au Clergé, c'est proclamer l’union féconde de l’élément divin avec la société humaine, et faire voir l'heureuse influence que le principe religieux exerce sur les destinées, même temporelles, d'une nation, sur sa fortune sociale, sur ses progrès de tout genre, artistiques, littéraires et scientifiques ; c’est montrer ce que fut le clergé pour la société en général, ce qu'il fut surtout pour notre cher pays en particulier: tâche facile à remplir, puisque nous n'avons qu’à laisser parler l’histoire.

Ouvrons donc les annales du genre humain: qu’y lisonsnous? Nous y lisons qu'à l’époque où l’Homme-Dieu vint habiter parmi nous, la société était “* stérile et vaine,’ les ténébres couvraient la face de l’abîme, comme au temps où l'Esprit créateur descendit sur la terre pour la féconder. Partout la corruption, partout l’abaissement le plus profond, la plus vile dégradation! Soudain paraît un homme, qui porte sur son front le cachet divin, et sur ses lèvres une céleste doctrine, des principes puissants et féconds de régénération. Mais à cetit: doctrine il faut des apôtres, à ces principes de vie il faut des instruments qui les répandent dans les âmes et dans tout l’organisme du corps social. Ces instruments et ces apôtres, qui seront-ils? Les membres du clergé, d’un clergé zélé, héroïque, dont Jésus-Christ s’entoure d’abord, dont son vicaire s’entourera désormais après lui, comme d’une garde inséparable et d’une infatigable milice.

Voyez-les à l’œuvre, quels labeurs ! quelle action ! quel

apostolat ! C'est le clergé qui apprend aux fidèles à confesser la foi sous les menaces de la tyrannie païenne, à respecter les Césars, mais à mourir pour Dieu. C’est lui qui court annoncer à l’esclave le dogme consolant de la fraternité humaine, à la femme, sa dignité et ses devoirs. C’est lui qui proclame à la face du Paganisme étonné, les éternels principes de droit, d’obéissance et d’autorité à la fois douces et rigoureuses, sur lesquels toute société qui veut vivre doit s'appuyer. Le monde, qui ne croyait qu'à la force, rejette d’abord et méprise ce nouvel enseignement, mais la voix du clergé, mille fois étouffée, continue à retentir plus haute et plus ferme, jusqu’à ce qu’enfin, sur le front d’un Constantin, à la couronne royale vienne s’allier la couronne du baptême chrétien.

Plus tard, quand les barbares, partis de tous les côtés à la fois, se seront disputés à l’envie les lambeaux d’un empire que le baptême de son chef n’a pu sauver, travaillant ainsi sans le savoir à la formation d’une nouvelle société, quel sera l'instrument ou plutôt le ciment précieux dont Dieu se servira pour réunir des éléments si disparates? Le clergé. Oui, le clergé avec sa triple auréole de sainteté, de science et d'autorité ; le clergé, adoucissant de sa parole simple et évangélique les populations sauvages, ou instruisant leurs chefs et faisant en quelque sorte la loi aux législateurs euxmêmes ; le clergé, arrêtant aux portes de Rome, par le prestige d’un Léon-le-Grand, Attila, le fléau de Dieu; le clergé, sauvant cette même Rome de plusieurs invasions sacrilèges, contenant les peuples barbares, et leur assignant pour ainsi dire la place que chacun d’eux devra désormais occuper dans les destinées du monde, et le plan de la providence divine ! A la voix d’un archevêque, le vainqueur de Tolbiac courbe la tête, et le fier Sicambre reçoit le baptème.: C’est le jour de Noël ; ce sera aussi le jour d’une glorieuse naissance pour la France, qui s’appellera dès lors ia fille aînée de l’ Eglise.

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Pardonnez-moi, Messieurs, si je m'’attarde avant d'arriver à un âge plus rapproché de nous, avant de vous parler du clergé canadien: fuire l’éloge de ses pères, c’est faire son éloge, puisqu'il en a si bien conservé l'esprit et le dévouement !

Jamais, peut-être, plus qu’à l’époque du moyen-âge, le clergé n’a joui de l'influence légitime qui lui revient, non seulement sur le caractère moral des peuples, mais encore, d'une manière indirècte au moins, sur leur gouvernement civil et politique. Aussi, cette harmonieuse union entre le sacerdoce et l'empire porta-t-elle, tant qu'elle dura, les fruits les plus consolants, et l’on peut dire que le corps social de cette époque, si injustement décrié, goûta alors, grâce à l'influence religieuse, une tranquillité, un bonheur qu’il n’a jamais retrouvé depuis.

Ce que le clergé faisait pour la société, il le faisait aussi pour les lettres, les sciences et les arts. Et n'est-ce pas à lui, à son activité, à ses fatigues que le monde moderne doit les inestimables trésors de l'antiquité qui, sans un travail obscur, souvent aride, mais éclairé, n’auraient certainement pu échapper au naufrage des siècles ! N'est-ce pas à la culture de son esprit, à ses talents, au génie même de plusieurs de ses membres, que les sciences et les lettres sont redevables de leurs plus beaux chefs-d’œuvre ? Que ne pourrais-je pas dire encore de l’encouragement donné aux arts par le clergé, en particulier par les souverains pontifes, dont les noms resteront à jamais gravés sur le marbre d’immortels monuments! Mais je dois me hûter.

Vers la fin du XVme siècle, grâce à l’indomptable courage dont s’honorent les deux mondes, l’ancien et le nouveau, un sillon glorieux s’ouvrait, à travers les flots du superbe Atlantique, vers des plages alors inconnues. A peine l’Amérique était-elle signalée à l'attention de l’Europe, que le

clergé, comme impatient de donner un nouveau cours à son zèle, s'élançait, intrépide, à la suite de nos grands découvreurs, et allait arborer au milieu des peuplades sauvages, avec le drapeau de la foi, celui de la civilisation.

Réjouissons-nous, Messieurs, notre patrie est découverte et fondée ; fondée sur le dévouement d’honnêtes colons français, fondée par le zéle d’un clergé qui, après avoir fait la France chrétienne, scientifique et littéraire, devient maintenant le plus fécond principe d'une France nouvelle, du Canada français et catholique, |

Ai-je besoin, Messieurs, de vous rappeler ce que fut le clergé: pour notre patrie naissante, pour ces pauvres colons que le découragement eut cent fois abattus sans la voix consolantedu prêtre, dont la mission ici-bas est d’instruire, d'aider, d'encourager, de fortifier? On l’a souvent répété, et c’est ici le lieu de le redire bien haut encore, le clergé nous a faits ce que nous sommes, chrétiens et patriotes. Chrétiens par la foi, patriotes par l’amour du sol natal, amour éclairé que la religion consacre, bénit et sanctifie. En voulons-nous des preuves? regardons-les, ces missionnaires, qui furent les premiers et fidèles compagnons do nos ancêtres! Ne comptant pour rien les privations et les peines de tout genre qu’ils ont à souffrir, ils sont partout, à la suite du colon canadien, pour l'aider, le soutenir, tantôt par le secours de la religion et tantôt par les conseils d’une prudence éclairée : souvent même on les voit marcher les premiers à la téte des plus grandes entreprises, fondant de nouveaux villages, allant à la découverte de contrées nouvelles.

Ecoutons, à ce sujet, un illustre historien de notre pays. (Garneau, vol. I, p. 240) :

‘ Un breviaire suspendu au cou, une croix à la main, ils: dsvançaient souvent les plus intrépides voyageurs. On leur-

on 40 0 << en

doit la découverte de plusieurs vastes pays, avec lesquels ils formaient alliance au nom du Christ et par la vertu de la Croix. Cet emblème religieux produisait sur l'esprit des sauvages, au milieu des forêts sombres et silencieuses de l'Amérique, un effet triste et touchant, et désarmait ces homries farouches mais sensibles aux sentiments profonds et VT'AÏS. eo. 00”

Voici ce que dit à son tour un historien des colonies anglaises (Bancroft) :

‘ L'histoire des travaux des missionnaires est liée à l’origine de toutes les villes célèbres de l'Amérique du Nord, pas un cap n'a été doublé, pas une rivière n’a été découverte, sans qu'un Jésuite en ait montré le chemin.”?

Mais, Messieurs, pour cimenter les premières pierres de l’édifice national, le clergé canadien ne s’est pas contenté de donner le secours de son zèle: il nous a donné plus, il a, donné son sang, et l’histoire de l'Eglise catholique, ou dés grands peuples chrétiens, nés dans son sein, nous a déjà appris ce que vaut, pour les nations, le sang des martyrs.

Sur les premières pages des annales canadiennes se lit un nom, gravé en lettres d’or. C'est le nom du premier évêque de ce pays, de Mgr de Laval—Prélat illustre, vraiment digne d'ouvrir cette auguste série de pontifes qui ont su tenir d'une main si noble et si ferme,pendant plus de deux siècles, le sceptre de nos destinées religieuses. Honneur à l’Episcopat canadien ! Honneur à celui qui sut pour ainsi dire tracer à ses successeurs la marche glorieuse, mais difficile de l’avenir ! Mgr de Laval a été pour l’Eglise du Canada, ce que furent les Apôtres pour l'Eglise universelle : aussi que d'œuvres de dévouement, de charité, de sacrifices n’a-t-on pas vus sortir de ses mains! que de luttes n’a-t-il pas soutenues souvent contre l’opposition la plus vive et la plus acrimonieuse, que d'entreprises ardues

n’a-t-il pas su conduire à bonne fin pour le plus grand bien de la colonie! Mais Mgr de Laval n'’eñt-il fait que donner naissance à une œuvre comme le Séminaire de Québec, son titre à la plus profonde gratitude de tout cœur canadienfrançais lui serait à jamais assuré !

Soyons fiers, Messieurs, de saluer ici en passant cette vénérable maison qui a tant fait et fait tant encore pour la société comme pour la religion, d’où sont sortis des hommes illustres dans toutes les branches des sciences divines et humaines, des missionnaires qui ont semé la foi sur toutes les parties de ce continent, d’où est sortie enfin la plus grande institution catholique de l’ Amérique, je veux dire l’Université-Laval! Monument impérissable que les flots peuvent ballotter au gré de certains vents, mais qui surnagera et rentrera dans le calme pour notre plus grand bien et surtout celui de notre jeunesse.

Pendant que le Séminaire de Québec, dirigé par un clergé sage et habile, servait si admirablement la cause religieuse et nationale, d’autres institutions d’un mérite incontestable, comme le Séminaire de St-Sulpice, ici, et le Collège des Jésuites à Québec, se disputaient aussi l’honneur de contribuer au progrès de la société canadienne.

Dieu sait, Messieurs, tout ce qu’il a fallu de a buagine d’abnégation, de persévérance, chez le clergé, à cette première époque de notre histoire, pour poursuivre l’œuvre commencée, lorsque la pauvreté, les troubles, les guerres incessantes menaçaient à tout moment de lui faire perdre le fruit de ses travaux. Que de guerres aussi n’a-t-il pas réussi à prévenir par sa mission de paix auprès des barbares indigènes, par sa parole persuasive et son zèle désintéressé? Et quand l’heure du combat sonnait,—hélas ! elle sonnait souvent cette heure sanglante pour les premiers colons du Canada, —

NOCES D'OR DE LA ST-JEAN:BAPTISTE 153 n'est-ce pas le clergé qui les bénissait avant leur départ, avec leurs armées et leurs drapeaux ; ces intrépides pionniers de la civilisation ? N'est-ce pas lui qui voulait même les accompagner jusque sur les champs de bataille? N'est-ce pas lui du moins qui, au retour. de la guerre, tendait le premier les bras aux vaincus et aux vainqueurs, aux vaincus, pour les consoler, aux vainqueurs, pour entonner avec eux l’hymne de la reconnaissance,

Nous voici parvenus à l’époque néfaste où la patrie va bientôt changer de maître. Au milieu de ses troubles et de ses malheurs, elle se voit abandonnée seule à sa triste fortune, tandis que l’ennemi puissant et nombreux fond sur elle de toutes parts. Le ciel est sombre : pas une lueur d’espérance. C’en est fait—la lutte sublime de Montcalm ne pourra nous sauver ! Adieu—France ! on nous cède à l’Angleterre.

Que fera le colon canadien, quand les nobles et les grands le délaisseront pour regagner la mère-patrie, emportant là-bas avec eux, déchiré et ensanglanté le drapeau fleurdelysé, —à jamais perdu pour nous ! Que fera-t-il ce pauvre colon ? Tout n'est-il pas perdu ? |

Non, Messieurs, tout n’est pas perdu. Canadien, consoletoi : dans tes malheurs, il te reste un ami, un ami constant et fidèle—c'est le clergé.

Le clergé, Messieurs, fut pour nos ancêtres l’inséparable compagnon d’infortune, et remplaçant auprès d’eux les chefs de la société qui s'étaient enfuis, pour ne point voir flotter sur nos murs le drapeau du vainqueur, il eut à conduire le peuple non-seulement dans les voies de la religion, mais encore dans l’ordre politique et les matières civiles. Tant il est vrai qu'aux jours de grande tristesse et de calamités suprêmes, l’amitié, fondée sur la religion, est da seule sur laquelle les peuples, comme les individus, puissent compter ! Sous le régime français, le clergé avait pu concentrer ses

efforts sur le développement progressif de la foi et de la civilisation. Après la conquête, une ère nouvelle s’ouvrait : ère de luttes vives, courageuses, opiniâtres pour la défense des droits acquis du catholicisme et du peuple canadienfrançais lui-même menacé jusque dans sa propre existence.

Messieurs, qu’eussent fait nos ancêtres sans le clergé, sans ces hommes dévoués, énergiques, éclairés, qui surent plaider avec tant de sagesse pour la cause de notre religion, sans un Plessis, par exemple, qu’on vit traverser les mers pour aller exposer au conquérant la position des Canadiens-Français, et faire valoir la justice de leurs réclamations? Le clergé sauva donc la religion de nos pères, et en la sauvant, il sauva par là même notre nationalité, puisque le catholicisme une fois perdu parmi nous, c'en était fait de notre vieux caractère français, de nos plus belles institutions, de notre langue et de nos lois.

J'allais oublier un des faits les plus mémorables de notre histoire. Quand la révolution américaine, tendant la main aux Canadiens dans des proclamations enthousiastes, les priait de prendre part au grand mouvement de l’indépendance, que vit-on alors ? Le clergé, prêchant partout la loyauté, et la fidélité à la couronne britannique, réussissant, par ia force de ses raisons et l’ascendant de son autorité, à arrêter: le peuple au bord de Ja voie périlleuse où il voulait aveuglé ment s'engager, sans prévision des fatales conséquences que lui préparait l’avenir. La loyauté des Canadiens, en cette occasion, leur valut des égards de la part de l’Angleterre, et à ce point de vue, c’est avec raison que nous pouvons attribuer, en partie du moins, à l'influence de notre clergé, les conditions de liberté et d'indépendance dont nous jouissons aujourd’hui.

Depuis plus d’un siècle, messieurs, que l’ Angleterre nous gouverne, pas une tentative n’a été faite pour angliciser le-

pays, sans que la voix du clergé ait hautement protesté, pas une atteinte n’a été portée aux droits de la nationalité canadienne, sans que notre cause ait trouvé dans les hommes de Dieu de véritables amis du peuple. Le clergé a été l’âme de nos. luttes, notre soutien, notre lumière, le guide de nos destinées ; et avec l'immense développement que son œuvre a pris dans la Province depuis quelques années, l'avenir du peuple canadien n'attend pas moins de sa douce et bienfaisante influence.

En effet, la Province de Québec est fière aujourd’hui de compter dans son sein les huit Evêchés qu’elle possède, avec un Vicariat et une Préfecture apostoliques. Elle est fière de contemrler ce magnifique réseau de séminaires, de collèges, de maisons d’édu:ation de tous genres, dirigés de près ou de loin par le clergé: institutions qu’on pourrait appeler comme les riches joyaux de notre couronne nationale. Le reste des ministres sacrés, dispersés dans l’intérieur du pays, se livrant à un travail moins éclatant, mais non moins fructueux, et toutes ces florissantes paroisses qui remplissent la vallée du St-Laurent, ces églises pieuses, élégantes et cette colonisation vigoureuse, sont autant de témoignages des aspirations de la foi canadienne, en faveur du catholicisme et de notre clergé.

Le clergé s'attache au peuple comme l’âme au corps qu’elle pénêtre de sa vertu ; et quand le Canadien se voit forcé de déserter son pays pour aller exploiter là-bas, les richesses trop souvent trompeuses de nos voisins, le prêtre le suit comme son ange gardien : c’est le prêtre qui préserve les chers compatriotes de toute fausse doctrine et des influences malsaines d’une at.aosphère étrangère ; parce que c'est la charité qui brûle dans le cœur du prêtre, et que la charité est une flamme qui ne cherche qu’à s'étendre.

Messieurs, la providence divine æait choisi le clergé

comme l'instrument principal de ses éternels desseins sur l'Eglise et la société ; et cet instrument divin n'a pas failli à sa mission. L'histoire l’atteste, il l’a remplie avec éclat par le monde entier ; il l’a remplie avec un héroïque dévouement au milieu de nous, dans ce jeune pays qui a grandi à l'ombre de l'Eglise catholique, comme l'enfant à côté de sa mère.

Il ne nous reste plus qu'à désirer pour l'avenir du clergé canadien et de sa mission le succès dont nous parlent, avec tant d’orgueil les annales du passé. Loin de moi, Messieurs, la présomptueuse pensée de vouloir tracer au clergé cette mission glorieuse: il la connaît trop bien lui-même, elle lui est trop clairement tracée par le doigt même de Dieu, et un passé de 19 siècles, pour qu'il ait besoin des pâles lumières d'un simple laïque. Notre devoir est de suivre le clergé dans le chemin déjà frayé, dans lequel marche l'autorité religieuse, sous l'égide du Saint-Siège. Notre peuple, du reste, a si bien conservé la foi respectueuse et docile de ses pères qu’il lui suffit de voir un drapeau, arboré dans la main du prêtre, pour se jeter à sa suite et marcher. C'est le propre du clergé de tenir entre ses mains le cœur des peuples chrétiens. Raison souveraine, qui nous permet d’affirmer sans crainte, une fois de plus, que de cette influence et de cette action dépend l'avenir de notre pays! J'ai confiance, Messieurs, dans le clergé canadien, et s’il a su nous sauver par le passé, en nous faisant sortir victorieux des plus rudes épreuves nationales, c'est lui encore qui nous sauvera dans nos luttes présentes ou futures. Il nous sauvera par la science sacrée dont il est le dépositaire, qui fait les docteurs de la loi et les guides éclairés du peuple; il nous sauvera par les sentiments d'une piété sincère et éclairée, par sa charité, son désintéressement, son zèle dans la direction religieuse, intellectuelle et morale du troupeau confié à ses soins ; il nous sauvera par

l'exemple de sa soumission aux autorités légitimes, par son union, par cette harmonie si désirable à laquelle on ne peut porter atteinte sans réjouir les ennemis de l'Eglise, et sans contribuer, bien que souvent d’une manière inconsciente, à leurs œuvres destructives.

Ayons confiance, Messieurs ; ce n’est pas au moment où les plus graves questions sociales et religieuses se dressent devant nous que nous verrons le clergé abandonner les traditions de sagesse qui ont fait sa force et la nôtre dans tout le cours de «notre existence nationale, Sachons, nous, simples fidèles, nous montrer soumis et obéissants, il saura bien, lui, nous donner l’exemple salutaire de cette union qui naît du respect de l'autorité et de l'intelligence pratique des droits et des devoirs de la hiérarchie de l'Eglise. Fort de cette union, notre clergé, ce bon, vertueux et zélé clergé canadien, se montrera, comme autrefois, comme aux pius mauvais jours de notre histoire, notre guide sûr et éclairé, notre soutien notre gloire et le garant de notre prospérité.

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