‹ Noces d'or de la Saint-Jean-Baptiste [microforme]Chapitre 43 sur 98 · DISCOURS DE M. LE CURÉ SENTENNE · texte numérisé non relu

DISCOURS DE M. LE CURÉ SENTENNE

M. le Président et Messieurs,

Je ne puis m'empêcher, en entendant vos applaudissements, de sentir en mon cœur une vive et profonde émotion, Ces applaudissements, je le sais, ne sont pas pour moi, ils appartiennent au clergé que j'ai l'honneur, malgré mon indignité, de représenter dans cette €irconstance solennelle. Ils ne me surprennent pas, cependant, venant de votre part. Vous respectez, vous aimez vos prêtres, et c’est votre joie de les voir occuper, dans toutes vos fêtes, une place d'honneur. Ah! ce n’est pas sur vos lèvres, encore moins dans votre cœur, que nous trouverons ces regrettables paroles: le ss ou le cléricalisme, voilà l'ennemi !

Notre histoire le proclame bien haut, dans ce pays, le clergé et le peuple n’ont eu qu'un cœur et qu’une âme et ont toujours vécu amis. Pouvait-il en être autrement ? Nous avons combattu ensemble, nous avons souffert ensemble, nous avons travaillé ensemble, avec une même ardeur, au développement et au progrès de notre patrie et de tout ce qui nous est cher. Au jour d’une fête nationale, n'est-il pas juste de nous réjouir ensemble et d’applaudir au succès de nos labeurs? et comme, dans la voie du progrès il n’y a pas de limites, n'est-il pas juste et avantageux de profiter d’un si beau jour pour nous encourager mutuellement à suivre la marche ascendante qui est ouverte devant nous, grande et spacieuse comme nos fleuves, immense comme nos lacs? C’est pourquoi j'ai cru qu’il était de mon devoir d'accepter votre honorable invitation. Vous m'avez demandé l'éloge du clergé. Il me semble qu’il serait mieux placé dans une autre bouche ; cependant, j'obéis, tout en vous priant de me permettre d’abréger et d’être court. Cet éloge, je le trouve d'abord dans les paroles éloquentes de l'honorable surintendant de l’éducation, que vous venez d'entendre, je le trouve dans la soumission, le respect, la confiance et l'amour que vous avez pour vos pritres.

Des hommes intelligents et de cœur ne prodiguent pas ainsi leur affection à des personnes qui ne le méritent pas. Enfin, cet éloge, je le trouve dans cette vérité, répétée bien souvent et dont vous êtes convaincus, que c'est en grande partie au clergé que nous devons dans ce pays, non-seulement la conservation de notre religion, mais aussi celle de notre langue et de notre nationalité. Cette vérité, je me contente de la rappeler sans la prouver, C’est inutile, je viens de le dire : vous en êtes tous convaincus, et je me reprocherais de dérober aux brillants orateurs que vous allez entendre et applaudir avec enthousiasme un temps bien précieux. Je me contente-

rai de faire remarquer seulement que même dans les progrès et les développements de cette fête nationale, dont nous célébrons le cinquantième anniversaire avec tant de pompe et d'enthousiasme, le clergé a eu sa large part. Sans doute, eile a été fondée, cette fête, par un citoyen intelligent et de cœur, dont le nom restera immortel dans nos annales.

C'était en 1834; déjà on pressentait l'orage et on sentait le besoin de se connaître, de se compter de se grouper ensemble ; de là l’idée de se choisir au ciel un patron et de se rallier sous une même bannière. Mais cette idée belle, grande, aurait-elle pu vivre longtemps si le clergé, comprenant tout ce qu’elle avait de noble, de généreux et de fécond, n’eût travaillé à son développement ? IL comprit que ces premières agapes faites dans un jardin ou dans un hôtel par un nombre limité de citoyens ne pouvaient amener le résultat désiré. Alors il a ouvert les portes de ses églises, le peuple a répondu à son appel. En foule, il s’est groupé sous la bannière Saint-Jean-Baptiste.

Depuis lors, chaque année, il a présenté au monde le beau spectacle d’un peuple de foi venant dans le temple de Dieu avec une même pensée, une même affection, un même cœur, présenter au souverain maître ses hommages, ses prières et ses vœux ; spectacle magnifique, qui arrache chaque fois de nos cœurs cette exclamation du roi prophète : ‘ Quam bonum et quam jucundum habitare fratres in unum””’! Qu'il est beau, qu’il est touchant de voir tout un peuple de frères réunis dans le ‘temple de Dieu et ne former qu’un seul cœur pour faire -descendre sur les siens les bénédictions du ciel! Faut-il parler maintenant de ses enseignements ? le prêtre, au jour de la .Saint-Jean-Baptiste, est monté en chaire en profitant de cette fête patriotique pour rappeler au peuple ses devoirs comme -citoyens, pour lui rappeler son glorieux passé en lui disant que -ses pères étaient tous des héros chrétiens. Braves, jamais ils

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n’ont compté le nombre de leurs ennemis, et pendant x$0 ans, ils ont livré des batailles à des adversaires cinq fois, dix, quinze et vingt fois plus nombreux qu'eux, et ils repoussaient presque toujours l'adversaire ; ils ont été décimés par les victoires plus que par les défaites, Pleins d'énergie, ils se sont enfoncés dans nos forêts, ont sillonné nos grands fleuves et nos lacs, et partout ils ont laissé des traces ineffaçables nonseulement de leur énergie, mais aussi de leur intelligence, et l’on admire encore aujourd’hui la perspicacité et la connaissance des lieux qui leur ont fait choisir les postes les plus avantageux et les sites les plus beaux. Hommes de foi, ils ont toujours secondé les vues de leur missionnaire ou de leur prêtre. Interrogeons-les donc et toutes leurs actions seront pour nous un puissant enseignement : ‘‘ Interroga majores tuos et dicent tibi.”’ Ils nous ont laissé un glorieux héritage, que nous n’avons pas le droit de délaisser. Ils nous ont laissé un sol qu’ils ont fécondé de leur sueur et arrosé de leur sang. Ils nous ont laissé une histoire, une nationalité et des traditions qu’ils ont défendues au prix de leur vie.

C’est aussi notre devoir de transmettre ces choses sacrées à nos neveux au prix des plus grands sacrifices et, s’il le faut, au prix de notre sang et de notre vie. Ces sermons, le peuple les a toujours écoutés avec une religieuse attention. Immé.diatement la presse les reproduisait dans ses journaux et ils se répandaient rapidement dans tout le pays.

Voilà comment, dans la seule fête Saint-Jean-Baptiste, nous pouvons trouver pour le clergé de ce pays un glorieux éloge.

Je termine en disant que puisque votre union avec le clergé a toujours été vatre force, vous devez la conserver toujours. Permettez-lui de vous dire toujours franchement et énergiquement la vérité, comme le faisait Saint-Jean-Baptiste, notre glorieux patron. En agissant ainsi, nous grandirons nonseulement aux yeux des hommes, mais aussi aux yeux de

Dieu. Puissions-nous comme Saint- Jean-Baptiste, qui a été le plus grand des enfants des hommes, parce qu'il a été le précurseur de Jésus-Christ, devenir le plus grand peuple du monde, parce que nous avons été le peuple le plus chrétien et le plus catholique !

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